Gilles Pennelle, président du groupe RN-FN au conseil régional de Bretagne, a raison de le rappeler : « Aujourd’hui, ce sont les fonctionnaires qui dirigent la région » (Ouest-France, Bretagne, 17/10/2018). C’est ainsi dans de nombreuses collectivités territoriales. Compétence et présence font que les fonctionnaires l’emportent sur les élus, lesquels, souvent, ne font que passer à l’occasion des réunions plénières. De ce fait, ces derniers ne suivent pas – ou peu – les dossiers. Et comme tout se décide en commission, les absents ont forcément tort. Dans l’hémicycle du Conseil régional, les différents groupes font leur numéro, puis on passe au vote. Et la majorité de Loïg Chesnais-Girard l’emporte facilement.

Il va de soi que le cumul des mandats et des activités, ainsi que l’éloignement géographique, aggravent cette situation en favorisant l’absentéisme. Et Gilles Pennelle n’y échappe pas. Conseiller régional et conseiller municipal (Fougères) d’un côté, assistant parlementaire du député européen Gilles Le Breton de l’autre (jusqu’au 1er avril 2018), mais délégué national du RN-FN chargé des fédérations depuis cette date, l’intéressé a fort à faire. Agir sur trois fronts – Bruxelles puis Paris, Rennes et Fougères – relève de l’exploit. Maîtriser les dossiers devient difficile dans ces conditions.

Il est question que Pennelle soit candidat aux prochaines élections européennes : « Je pense que la Bretagne a besoin d’être représentée », affirme-t-il à Ouest-France (17/10/2018). Certes. Mais est-il le mieux placé pour défendre les intérêts bretons au Parlement européen ? On a le droit d’en douter. Cadre d’un parti jacobin anti-breton, Pennelle n’a pas la tripe bretonne. Il a une excuse : il est normand, parachuté à Fougères pour des raisons professionnelles et personnelles. S’il est l’un des seuls à s’opposer courageusement à l’installation de migrants en Bretagne, fidèle à ses convictions centralisatrices il demeure malheureusement hostile au Conseil régional à tout ce qui peut faire avancer la cause bretonne dans la bonne direction – par exemple le droit à l’expérimentation. Conclusion : mieux qu’en Bretagne, Pennelle serait plus à sa place en Normandie…

À coup sûr, aux élections régionales de 2020, le RN-FN perdra son monopole du jacobinisme au conseil régional de Bretagne. Tout simplement parce qu’on verra apparaître un groupe de la France insoumise. La concurrence sera rude entre les jacobins de différentes obédiences ! Mais tant qu’un esprit favorable à la régionalisation demeure au conseil régional grâce à la majorité de Le Drian (ou de son successeur) et à l’opposition de droite (Marc Le Fur), l’essentiel est sauvé.

Paul Le Ster

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