« Peut-on débattre avec Christophe Guilluy ? », interroge Libération (lundi 15 octobre 2018). Car notre homme « consultant et essayiste, géographe de formation, a la réputation de refuser les débats avec des universitaires ou les interviews dans certains journaux, comme Libé » ; Guilluy n’est donc pas un bon client ! Évidemment, les thèses que développent ce dernier, ne peuvent pas plaire au monde académique et médiatique, chantre du libéralisme économique et culturel. Dans son concept de « France périphérique », on retrouve l’ancienne classe moyenne blanche et les classes populaires reléguées dans les espaces ruraux et périurbains ; c’est-à-dire hors des métropoles. Et ces perdants de la mondialisation possèdent des préoccupations rejetées par les élites : « Souverainisme, protectionnisme, préservation des services publics, refus des inégalités, régulation des flux migratoires, frontières » (No Society, Flammarion, page 179).

Dans cet ouvrage récent, Guilluy aborde d’une manière peu commune l’élection présidentielle de l’an passé. À Nantes et à Rennes, « l’ancienne bourgeoisie conservatrice a choisi François Fillon, de son côté, la bourgeoisie progressiste a voté Emmanuel Macron et plus marginalement pour les candidats de gauche comme Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon. Si au second tour, et à l’échelle nationale, Emmanuel Macron a bénéficié du report de 71% des voix de Benoît Hamon, de 52% des voix de Jean-Luc Mélenchon et de 48% des voix de François Fillon, ces reports ont été encore plus massifs dans les grandes villes bourgeoises » (page 107, op.cité).

L’importance déterminante des nouvelles classes supérieures dans les villes mondialisées

Une donnée explique ces mouvements. Entre 1982 et 2013, la part des cadres et des professions intellectuelles est passée de 14,7% à 27,6% de la population active à Nantes. En 2011, 85% des ingénieurs de l’informatique, 75% des professionnels de l’information et de la communication et 69% du personnel d’étude et de recherche se concentraient dans les dix premières aires urbaines (page 127).

On le sait, les nouvelles classes supérieures ou « classes aisées » (d’après le Crédoc, centre de recherche pour l’étude des conditions de vie.) rassemblent 20% de la population (Jean-Pierre Robin, Le Figaro Économie, jeudi 8 octobre 2018) ;  ce sont elles qui font tourner le Système. Pour Christophe Guilluy, « cette nouvelle bourgeoisie représente pour partie les gagnants de la mondialisation. Concentrées dans des métropoles mondialisées, les catégories supérieures ne se confondent pas  avec l’hyper-classe, mais n’en soutiennent pas moins le modèle économique et sociétal dominant. Que ses revenus soient modestes ou élevés, cette nouvelle bourgeoisie fait partie intégrante du monde d’en haut et participe à la domination économique et/ou culturelle du monde d’en bas » (page 75).

Difficile de comprendre les prochaines élections municipales à Nantes et Rennes si on ne maîtrise pas l’ensemble de ces données – en particulier l’importance de chaque classe sociale. En clair, la droite est condamnée à être battue et le RN-FN à faire de la figuration dans les deux métropoles bretonnes. Ce qui devrait faciliter la tâche de Nathalie Appéré et de Johanna Rolland, chargées par le Système de gérer la boutique au quotidien.

Bernard Morvan

Christophe Guilluy, No Society, La fin de la classe moyenne occidentale, Flammarion, 18 euros

Crédit photo : Duch/Wikipedia (cc)
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