La gestation pour autrui (GPA) est souvent présentée comme respectueuse de la femme et de l’enfant lorsqu’elle est pratiquée de manière « encadrée » dans un certain nombre de pays ou d’Etats des Etats-Unis.

Un conte de fée d’après les promoteurs de la GPA

Pour faire la promotion de cette pratique et militer pour sa légalisation, des commanditaires de GPA témoignent régulièrement en France de leur expérience, expliquant que tout se déroule parfaitement grâce aux agences qui veillent sur l’ensemble du processus et grâce aux avocats qui s’assurent que le cadre juridique est respecté. Ils soulignent aussi, systématiquement, que les mères porteuses sont volontaires et qu’elles acceptent le principe du contrat de mère porteuse en connaissance de cause. Ils précisent également que cela ne pose aucun problème pour la femme concernée parce qu’elle est suivie médicalement et parce qu’elle est rémunérée ou indemnisée (selon les Etats américains ou les pays).

Les promoteurs et militants pro-GPA affirment également que la mère porteuse « sait que ce n’est pas son enfant » : elle est donc souvent présentée comme« femme » porteuse et non comme « mère » porteuse. Paradoxalement, ils reconnaissent également que la mère porteuse garde des liens (par Skype le plus souvent) avec les enfants qu’elle a attendus et mis au monde. Un véritable conte de fée…

Une triple expérience unique de mère porteuse

Kelly a réalisé trois gestations pour autrui : deux par l’intermédiaire d’agences américaines, pour un couple homme-femme espagnol et pour un couple d’hommes français. Tirant les conclusions des méthodes et de la réalité des agences commerciales de GPA, elle a réalisé une troisième GPA de manière directe, c’est-à-dire sans l’intermédiaire d’une agence, avec un couple homme-femme américain qui lui a été présenté. Ce sera sa dernière GPA.

« Big fertility », un film événement

Kelly était la mère porteuse idéale : les grossesses et les accouchements s’étaient très bien passés pour les trois enfants qu’elle a eus avec son mari, raison pour laquelle elle a intéressé les agences et les couples. Agée aujourd’hui de 34 ans, Kelly a donc eu cinq autres enfants dans le cadre des gestations pour autrui qu’elle avait consenties à faire.

Première GPA

Kelly et son mari Jay ont des problèmes financiers. Kelly voit passer une annonce de recrutement de mère porteuse et prend contact avec l’agence : « être mère porteuse est le meilleur moyen, se dit-elle, de gagner de l’argent rapidement ». Elle et son mari acceptent, sur les conseils de l’agence, de porter un bébé pour un couple d’hommes français. Une fois la grossesse démarrée, Kelly se rend compte qu’elle n’a plus le choix : elle ne peut qu’obtempérer aux demandes successives de l’agence et du couple sous peine d’avoir à rembourser tous les frais engagés, ce qu’elle n’estévidemment pas en mesure de faire. Il lui sera notamment demandé de figurer sur l’acte d’état civil des jumeaux – alors qu’elle avait précisé à l’avance ne pas vouloir -, de faire croire à un adultère au consulat de France, de faire des centaines de kilomètres quelques heures après un accouchement éprouvant, etc.

Seconde GPA

Alors qu’elle se fait accompagner pour se remettre de son expérience de mère porteuse, le psychologue qui la suit parle à Kelly d’un couple infertile qu’elle pourrait aider.

Kelly et son mari rencontrent ce couple et décident de les aider. Ils pensent que tout sera plus simple puisqu’il n’y a aucune agence intermédiaire : la GPA est « altruiste ». Mais juste après s’être fait prélever ses ovocytes, la femme tombe gravement malade. L’embryon du couple conçu in vitro est malgré tout transféré et la nouvelle grossesse de Kelly démarre…

Troisième GPA

Après un certain temps, à nouveau pour des raisons financières, Kelly envisage de faire une troisième GPA. Elle prend contact avec une autre agence qui lui propose de porter un bébé pour un couple espagnol, lequel souhaite avoir un garçon et une fille.

Finalement, Kelly est enceinte… mais de deux garçons.  Le couple reproche alors à Kelly cette grossesse qui ne répond pas à leur attente alors qu’ils avaient payé un supplément important à l’agence pour avoir un garçon et une fille. Les relations deviennent très difficiles : le couple est totalement indifférent à ce que vit Kelly – qui frôle la mort par éclampsie -, leur unique préoccupation étant les sexes des bébés. Au cours de la naissance, le couple ne dit pas un mot à Kelly, puis quitte en douce les Etats-Unis, sans payer aucune des factures de la clinique, laissant la famille Martinez dans une situation dramatique, abandonnée aussi par l’agence…

La Manif Pour Tous a convié Kelly à venir en France à l’occasion des Journées internationales des droits de l’enfant (20 novembre) et de lutte contre les violences faites aux femmes (25 novembre) : le mouvement lancera en France, avec Kelly, et la réalisatrice Jennifer Lahl, la version française du film « Big fertility » sur la GPA aux Etats-Unis. Ce film documentaire est retenu dans la sélection officielle du Silicon Valley International Film Festival.

Les dangers de la transcription automatique

L’incroyable expérience de Kelly, avec trois gestations pour autrui dont les contextes diffèrent à chaque fois, est aussi à mettre en regard de la volonté actuelle de la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, d’automatiser la retranscription des actes de naissance des enfants nés de GPA à l’étranger. Cela relativiserait considérablement l’interdiction légale de la GPA inscrite dans le droit français. Comme le disait Manuel Valls lorsqu’il était Premier ministre : « autoriser la transcription automatique des actes étrangers, cela équivaudrait à accepter et normaliser la GPA ».

Il rappelait alors que la GPA « est une pratique intolérable de commercialisation des êtres humains et de marchandisation du corps des femmes. » Et il ajoutait qu’ « il est incohérent de désigner comme parents des personnes ayant eu recours à une technique clairement prohibée… tout en affirmant qu’ils sont responsables de l’éducation des enfants, c’est-à-dire chargés de la transmission de nos droits et de nos devoirs. Il ne faut pas laisser dire non plus que ces enfants sont sans filiation ni identité. Ils ont une filiation et une identité, mais établies à l’étranger. 

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