Automatisation et numérisation contre le Pacte pour les migrations

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« Les pays occidentaux dont la natalité chute ont besoin des migrants pour faire face à une pénurie de main-d’œuvre » : cet argument classique des partisans de l’immigration est rafraîchi par les débats autour du « Pacte mondial pour les migrations ». Interrogée par Le Figaro voici quelques jours, Louise Arbour, l’une des chevilles ouvrière du Pacte, affirmait ainsi que certains pays européens « confrontés à un déficit de main-d’œuvre, gagneraient à ouvrir des voies d’accès au marché du travail pour les migrants ».

L’argument n’est pas neuf. Déjà au 18e siècle certains justifiaient l’esclavage par la nécessité de disposer des bras nécessaires à la mise en valeur des colonies. Dans la seconde moitié du 20e siècle, on disait qu’il fallait des immigrés « pour se charger des travaux que les Français ne veulent plus faire » (bel aveu de racisme implicite, soit dit en passant). À présent, il s’agirait de remplir les berceaux vides de petits Français.

Cet argument peut paraître marqué à la fois au coin du bon sens paysan et de la sagesse technocratique : puisque la démographie des pays européens annonce une diminution de leur population, il faut combler le déficit par des populations étrangères. Étrangement, ces démographes d’occasion ne s’intéressent qu’au recul de la démographie occidentale, non à l’explosion démographique africaine.

Non, l’Europe ne manque pas de bras

Il ne s’interrogent pas non plus sur la notion de « pénurie de main-d’œuvre ». Depuis 25 ans, le taux de chômage en France a rarement été inférieur à 10 %. Aujourd’hui, en situation de reprise économique après la crise de 2008-2009, il est encore de 9,1 %. Est-il légitime d’accueillir un seul migrant pour occuper un emploi en France tant qu’il reste un seul citoyen français au chômage ? Les pays de l’Europe méditerranéenne ne sont pas mieux lotis : en forte baisse du fait d’une politique économique sévère, leur taux de chômage reste tout de même très élevé.

Même l’Allemagne censée avoir atteint le « plein-emploi » comptait 3,8 % de chômeurs en 2017. Il est vrai qu’une petite proportion de la main-d’œuvre disponible est en réalité inemployable. Mais rien ne garantit que les migrants soient davantage employables. De plus, la situation peut se retourner vite en cas de crise : en 2005, le taux de chômage allemand atteignait 11 %.

Surtout, le raisonnement purement quantitatif des partisans de l’immigration ignore complètement les évolutions du travail. Les progrès constants de la productivité (environ 0,8 % par an en France) font qu’il est possible de réaliser le même travail avec de moins en moins de travailleurs. Déjà, une population stable condamne à une croissance permanente, pas forcément bonne pour la planète. Or la quasi-totalité des experts pensent que la productivité va s’accroître rapidement dans les prochaines décennies du fait de l’automatisation et de la numérisation (ou « digitalisation », pour ceux qui ont du mal à jongler entre le français et l’anglais).

L’automatisation inquiète les Afro-américains

Une étude publiée récemment par le grand cabinet international de conseil en stratégie McKinsey a récemment souligné que, aux États-Unis, cette évolution risque d’être très défavorable aux Afro-américains. Voici le constat établi par David Baboolall, Duwain Pinder, Shelley Stewart III et Jason Wright : « Quand nous avons superposé la représentation raciale et les prévisions d’automatisation de près de 2 000 activités professionnelles dans plus de 800 métiers, nous avons constaté que les travailleurs afro-américains se concentraient démesurément dans les rôles de soutien qui courent le plus de risques. De plus, nous avons constaté que les efforts destinés à faciliter le passage de la main-d’œuvre à un avenir automatisé pourraient en fin de compte aggraver les disparités raciales existantes dans les revenus, les perspectives et le patrimoine. »

Pour éviter une montée en flèche des inégalités dans les années à venir, McKinsey préconise essentiellement un énorme effort de formation et de requalification visant les métiers où les Afro-américains sont nombreux. Il ne paraît donc pas opportun pour la France de se doter aujourd’hui d’une nombreuse main-d’œuvre « afro-française » peu formée dont elle n’a même pas besoin aujourd’hui et qui risquerait de lui imposer une charge colossale dans l’avenir.

Il faudrait être atteint de « complotisme » pour penser que les partisans de l’immigration s’activent aujourd’hui afin de créer une situation irréversible avant que les évolutions technologiques ne condamnent leurs positions. Mais ça y ressemble quand même.

Illustration : « Marche des esclaves » à Nantes, DR
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