Le général Didier Tauzin, ex-candidat à la présidentielle 2017 – il a échoué à obtenir les 500 parrainages nécessaires – a déjà soutenu les Gilets jaunes. Il nous explique pourquoi il craint que ce mouvement social dur vire à l’insurrection, voire à la guerre civile.

Général Tauzin. « Les Gilets jaunes sont autour de chez moi, je suis très en phase avec eux et complètement d’accord avec leurs revendications » Crédit photo : capture d’écran Facebook

Breizh Info : Mon général, que pensez-vous des Gilets jaunes ?

Général Didier Tauzin : J’habite en pleine campagne, les Gilets jaunes sont autour de chez moi, je suis très en phase avec eux et complètement d’accord avec leurs revendications – il est inadmissible qu’en France il y a des gens qui se demandent s’ils vont manger du caviar pour le déjeuner et d’autres qui se demandent s’ils vont manger tout court. Ils affrontent cependant une situation dont Macron n’est pas le seul responsable et qui a été mise en place depuis près de cinquante ans.

Breizh Info : Que pensez-vous des scènes d’émeute à Paris samedi dernier ou en province depuis l’entrée dans le mouvement des lycées de banlieue, de certaines facultés etc. ?

Général Didier Tauzin : Les Gilets jaunes sont instrumentalisés par des fauteurs de troubles. Les Gilets jaunes ne veulent pas dans leur grande majorité la guerre civile. Il ne faut donc pas qu’ils montent à Paris ce samedi – c’est un piège. Qu’ils continuent en revanche à manifester paisiblement près de chez eux.

Breizh Info : Pensez-vous que Macron a été à la hauteur de la situation ?

Général Didier Tauzin : Non, il a fait ce qu’il fallait pour que ça explose. Il a réformé contre le peuple, eu une attitude très méprisante. Le problème c’est qu’il ne connaît pas la France, comme son gouvernement composé d’énarques et de technos. Ils ne savent pas ce qu’est gouverner.

Breizh Info : Vous dites que la situation contre laquelle se battent les Gilets jaunes ne date pas d’hier.

Général Didier Tauzin : C’est dans la droite ligne de ce qui se passe depuis cinquante ans – ça me rappelle notamment ce qui se passait sous Valéry Giscard d’Estaing. C’est une situation où la politique n’est plus au service des français, voire contre eux.

Breizh Info : Certains pointent une situation insurrectionnelle. Qu’en pensez-vous ?

Général Didier Tauzin : Je ne sais pas, c’est samedi qui va parler. Aujourd’hui nous ne le sommes pas encore. Dans ma vie j’ai connu quatre guerres civiles – le Liban, la Yougoslavie, le Rwanda et le Mali. Tout peut déraper en une nuit.

Breizh Info : Pensez-vous que l’engrenage de la guerre civile est activé ?

Général Didier Tauzin : Oui, l’engrenage est commencé mais il est encore temps de l’arrêter.

Breizh Info : Le moratoire [sur les taxes prévues au 1er janvier 2019 pour un an] est-il une solution ?

Général Didier Tauzin : C’est de la gnognotte, le mal est déjà fait.

Breizh Info : Quel conseil donneriez-vous à Macron pour sortir de cette crise profonde ?

Général Didier Tauzin : Qu’il retourne à l’école – mais pas l’ENA – pour apprendre ce qu’est la politique. Cela ne signifie pas de se battre avec les autres partis pour la queue du mistigri comme les enfants sur un manège, mais de servir la France. Notre culture est fondée sur le fait que l’Homme est très grand, lui applique une politique qui écrase l’Homme. Ou alors qu’il appelle quelqu’un qui connaît la musique.

Breizh Info : Comme le Général de Villiers, appelé à la rescousse par certains Gilets Jaunes ?

Général Didier Tauzin : Pourquoi pas, ce sera déjà mieux que ce qu’on a maintenant. Cependant, il me semble un peu trop atlantiste. Or le mal français est aussi le mal de l’Occident, il risque d’avoir d’autres épisodes comme les Gilets jaunes en Italie, en Espagne ou même aux États-Unis où des dizaines de millions de personnes n’ont rien à manger.

Breizh Info : Aux États-Unis pourtant Trump se targue de remonter l’économie ?

Général Didier Tauzin : Oui, mais ça profite à 0.1%, les autres crèvent de faim. L’économie doit être commandée par le politique – afin qu’elle serve le pays et que chaque citoyen puisse s’épanouir.

Breizh Info : Aujourd’hui, personne n’a la tête à Noël – ce qui se voit sur les résultats du commerce, dont l’activité baisse alors que le mois de décembre est en théorie un très bon mois. Pensez-vous qu’il y aura quand même une trêve des confiseurs ?

Général Didier Tauzin : Je ne sais pas, mais en tout cas ce ne sera qu’une trêve. Car le mal est très profond.

Breizh Info : Depuis des années, mais surtout en ce moment, policiers, militaires, employés du ministère de la Justice ont le moral dans les chaussettes. Le nombre des suicides dans les forces de l’ordre explose. Une compagnie de CRS aurait refusé en bloc la prime offerte par Macron en solidarité avec les Gilets Jaunes.

Général Didier Tauzin : Rien d’étonnant. On leur demande d’assurer l’ordre et la paix sans qu’ils puissent se servir de leurs moyens. Un casseur doit être traité comme un casseur, mis en taule, jugé. Quand on les voit ressortir, c’est impossible à vivre pour les policiers. Ils ne se sentent pas soutenus, ne sont pas assez nombreux, n’ont pas les moyens, ont un travail très difficile.

Breizh Info : Le refus par une compagnie de CRS de la prime de Macron et la lassitude extrême de certains policiers semble témoigner de forces de l’ordre au bord de la sécession. Qu’en pensez-vous ?

Général Didier Tauzin : Il y a eu 40 ans de démagogie et de politique ridicule, avec des gouvernements qui instrumentalisent les black blocks, qui créent des milices parallèles comme le SAC. Le moteur de la politique, c’est le conflit. Cela conduit nécessairement à des troubles graves.

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