L’État islamique est tenu en échec territorialement en Syrie et au Levant. Mais après son éphémère existence en tant qu’État, l’organisation terroriste se réinvente pour ne pas disparaître.

Et pour ne pas tomber dans l’oubli ou se voir supplanter par d’autres organisations, l’État Islamique devrait concentrer ses efforts sur ses points d’ancrage en Afrique mais aussi mobiliser ses sympathisants en Europe pour perpétrer des actions terroristes.

Au Proche-Orient, l’organisation semble territorialement plus affaiblie que jamais sur le territoire syrien où elle ne contrôle plus que quelques villages sur une vingtaine de kilomètres à la frontière irakienne.

Les attaques menées d’une part par l’alliance arabo-kurde soutenue par les Occidentaux mais surtout par l’armée syrienne et ses alliés chiites pro-iraniens ont considérablement réduit la menace, éliminant des centaines de djihadistes. L’arrivée de combattants étrangers a aussi connu un très net recul… de 30 000 combattants il y a six mois, il ne resterait qu’un demi-millier de soldats dans les rangs de l’EI.

En revanche, le pays est toujours en proie à des attentats suicides.

Même tableau en Irak, les terroristes ont perdu militairement et se cantonnent à des opérations de guérilla meurtrière : à savoir près de 1 300 assassinats ciblés et de nombreux attentats.

Selon des sources américaines, ces attaques seraient quatre fois moins nombreuses qu’il y a un an. En Irak, l’État islamique semble avoir gardé une assise plus forte qu’en Syrie puisque des cellules opérationnelles seraient présentes dans près de 30 secteurs du pays.

Entre 3 000 et 4 000 partisans en Libye

En retrait dans ses principaux bastions irakiens et syriens, Daesh demeure cependant puissant en Libye avec entre 3 000 et 4 000 partisans qui, selon les Nations Unies, auraient une force de frappe lui permettant de lancer des attaques au-delà des frontières libyennes. La Libye serait même devenue l’une des filiales les plus développées de l’organisation, notamment grâce à l’envoi de cadres irakiens et du réservoir tunisien de Daesh en Syrie.

En Égypte, ils seraient encore un millier de combattants dans le Sinaï… Les mesures musclées du gouvernement, qui pratique la politique de la terre brûlée, freineraient d’ailleurs la collaboration de la population à la lutte antiterroriste. Les combattants de Daesh demeurent puissants, en témoignent les tentatives d’assassinat des ministres de l’Intérieur et de la Défense qui faillirent aboutir il y a quelques mois. Au pays des pharaons, Daesh poursuit également ses objectifs via des attaques terroristes.

En recul dans les pays arabes, Daesh semble cependant maintenir la pression en Afrique de l’Ouest  et notamment au Nigéria. Dans ce pays, Boko Haram, passé du giron d’Al-Qaeda à celui de l’État islamique, demeure une organisation puissante qui a entrainé depuis 2011 le déplacement de plus de deux millions de personnes. Cette organisation serait à l’origine de près de 16 000 morts.

Boko Haram, dont le nom était Groupe sunnite pour la prédication et le jihad jusqu’en 2015 est devenu l’État islamique en Afrique de l’Ouest cette année-là. Ses exactions ne se cantonnent pas au Nigéria mais se déplacent également au Cameroun, au Tchad et au Niger.

Cette extension de Daesh en Afrique noire pourrait permettre à l’organisation de ne pas perdre la face après des revers importants dans les États arabes.

Crée en juin 2014, le califat de l’État islamique n’a pas fait long feu mais a su faire des petits et surtout se diversifier dans ses modes opératoires et ses théâtres d’opérations. En effectuant un repli en Afrique de l’Ouest et en incitant aux attentats sur le sol européen, Daesh fait plus que survivre, l’organisation opère seulement sa mue. Le départ ou non des troupes américaines de Syrie n’aura probablement peu de conséquences face à ce phénomène.

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