Gilets jaunes. Le Monde fait mieux que Le Télégramme

Tout journaliste faisant preuve d’un peu de curiosité se doit de s’intéresser aux cahiers de doléance déposés dans les mairies. Pour Le Télégramme, l’affaire est facile à mener grâce aux journalistes installés dans les rédactions locales et au réseau de correspondants. Pourtant le résultat est maigre : une demi page en prenant en compte la caricature de Nono (Lundi 14 janvier 2019). Pendant ce temps, Le Monde parachute une journaliste dans le Finistère pendant cinq jours. Résultat : deux pages (13-14 janvier 2019).

Un travail de terrain qui mérite un coup de chapeau

Ça, c’est du journalisme. Du vrai. Du travail de terrain qui mérite un coup de chapeau. Avantage de l’opération : il permet au Monde (dimanche 13, lundi 14 janvier 2019) de sortir de la routine et des lieux communs. Pendant cinq jours, une journaliste, Anne Michel, a parcouru le Finistère afin de consulter les cahiers de doléances installés dans les mairies. Résultat : du vivant, du vécu, de l’humain.

À Landerneau, un Breton écrit : « Monsieur le Président, arrêtez de nous pomper de l’argent et demandez plutôt aux riches qu’aux pauvres ». « Lorsque j’ai voté pour Emmanuel Macron il y a dix-huit mois, j’ai cru au Père Noël (…) je trouve le Père Noël qui habite à l’Élysée très arrogant », regrette un autre. Un refrain apparaît ici et là : « On ne vit plus, on survit. »

À Carhaix, on trouve un bon résumé des réclamations : rétablissement de l’ISF, revalorisation des retraites, augmentation du SMIC, baisse de la TVA sur les biens de première nécessité. Mais la mairie a aussi installé une urne spéciale Gilets jaunes qui permet à ces derniers d’ajouter : baisse du carburant et des taxes afférentes, ainsi que la redynamisation d’un service public de proximité. Et comme nous sommes dans un territoire rural, un habitant souhaite attirer l’attention des élus sur « les retraites de misère des paysans ». Et un autre sur le coût des transports qui l’empêche de trouver du travail.

À Concarneau, « Chantal » s’emporte : « Il est temps que ça change ! Est-il normal que les lobbies se voient attribuer des avantages fiscaux (…) alors que les personnes au RSA (seniors ou jeunes) se voient attribuer moins que le minimum vital ? Sans oublier les grandes entreprises qui font du business en France sans y payer d’impôts ».

À quoi servent les journalistes du Télégramme ?

Ces quelques extraits du long reportage d’Anne Michel montre l’existence d’un fort mécontentement dans la Bretagne d’en bas en général et du monde rural en particulier. Autre observation : il est tout de même singulier que ce travail soit effectué par une journaliste parisienne alors que Le Télégramme dispose d’un maillage de journalistes et de correspondants qui lui permet de prendre la température de la population en temps réel. Et donc de s’intéresser au contenu des cahiers de doléance. Encore faut-il le vouloir. En attendant une leçon de journalisme vient d’être donné au quotidien breton. Les lecteurs attendent d’eux de la curiosité, pas de la passivité.

On peut souligne également la différence de ton entre les deux quotidiens. Au Télégramme, on a sélectionné des propos « gentils ». Au Monde, la journaliste a trouvé des déclarations un peu « piquantes », voire plus « tranchantes ». On veut bien comprendre que les gens de Morlaix ne veulent fâcher personne. En faisant peu.

Bernard Morvan

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