Ainsi donc, le représentant de la France à l’Eurovision sera Bilal Hassani, artiste franco-marocain sélectionné par le public français de l’Eurovision (audience à confirmer) à l’occasion d’un vote samedi 26 janvier. Une sélection qui suscite un torrent d’insultes, de menaces et de haine sur les réseaux sociaux, qui font s’interroger.

Après Madame Monsieur, groupe défenseur des migrants qui n’avait séduit qu’en France (13ème de l’Eurovision) c’est donc un jeune artiste qui se définit lui même comme queer ( mot anglais signifiant notamment « étrange », « peu commun », « bizarre » ou « tordu ») et homosexuel, qui représentera la France pour un concours européen… à Tel-Aviv.

Sur Youtube, son titre Roi – qui sera le titre en partie en anglais qu’il interprétera pour son concours le 18 mai 2019 – a déjà atteint plus de 6 millions de vues.  Avec une audience globale estimée à 55 millions de téléspectateurs en moyenne pour estimation optimiste, loin des 200 millions souvent glanés par les commentateurs du show européen, ce concours est une véritable vitrine puissante pour les artistes qui s’y produisent.

Sa notoriété, Bilal Hassani la doit sans doute un peu à sa production artistique. Cependant, il suffit de voir les tendances Youtube actuelles pour se rendre compte qu’au pays des sourds musicaux, les malentendants sont rois. Mais il la doit également incontestablement à ses réseaux tissés depuis sa participation à The Voice Kids en 2015, et à sa réussite incontestable en tant que Youtubeur (réussite en terme de vues, pas forcément en terme de qualité des vidéos produites).

Ce qui interpelle aujourd’hui, c’est la haine qu’il suscite, sachant qu’il n’est ni au pouvoir, ni criminel, ni ne possède aucun rôle sociétal majeur, et qu’il n’a donc « rien fait de mal ». Il le dit lui même, ce sont essentiellement les personnes qui le détestent qui sont parvenues à lui faire de l’audience, et même à le faire financer, un peu comme une prise de judo.

Bilal Hassani est une marionnette qui ne mérite pas toute la haine qu’il reçoit. Tout d’abord parce qu’insulter, menacer, détester via les réseaux sociaux, qui plus est quelqu’un qui apparaît comme particulièrement fragile, c’est faire preuve d’une lâcheté sans nom qui dessert ceux qui commettent cela (et accessoirement, qui peut les mener devant les tribunaux). Le lynchage a, d’où qu’il vienne, cette odeur répugnante qui devrait faire immédiatement s’en démarquer les honnêtes hommes.

Ensuite, parce qu’en tant que marionnette du système – comme l’an passé, ce fût Madame Monsieur en pleine crise des migrants – ce n’est pas à lui, mais bien à ceux qui se servent de ce qu’il est, qu’il faudrait adresser des reproches. C’est bien le service public qui le met en avant un samedi soir de grande écoute et qui, peut-être, cherche à susciter des vocations chez vos enfants. Ce sont bien les homosexuels militants, qui en fond « une icône pour la jeunesse LGBT+ française ».

Un nombre incalculables d’insultes et de menaces proviendraient avant tout de personnes issues de la communauté maghrébine…

Ce sont bien ces médias, qui aujourd’hui montent au créneau pour le défendre, sans pour autant expliquer aux lecteurs qu’un nombre incalculable d’insultes et de menaces proviendraient avant tout de personnes issues de la communauté maghrébine, qui ne supportent pas de voir « un des leurs » avec cet aspect physique.

Ce sont bien les organisateurs de l’Eurovision qui cherchent, année après année, de manière revendiquée et transparente, à faire avancer certaines causes, et notamment la cause homosexuelle militante. Il faut la dissocier bien entendu des homosexuels qui vivent leur sexualité dans leur sphère privée sans avoir besoin de revendiquer en permanence. Avec 23 millions d’euros pour organiser cette sauterie chaque année, on comprend qu’ils aient les moyens de le faire.

Fermer sa télévision le 18 mai

En attendant, plutôt que de s’en prendre à Bilal Hassani, l’indifférence à ce personnage est sans doute la meilleure réponse à lui apporter. Pour ceux qui ne l’apprécient pas, il suffit de couper leur télévision, de ne pas partager sur les réseaux sociaux de publicité pour l’Eurovision et, enfin, d’exiger du service public, pour lequel chaque détenteur d’un poste de TV paye une redevance de 139€ par an, un peu plus de neutralité sur des questions sociétales particulièrement clivantes.

Oui, Bilal Hassani a le droit d’être qui il veut. On pourrait d’ailleurs parfaitement s’interroger sur les causes sociétales de la construction de son identité. Comment et pourquoi l’on devient Bilal Hassani en France, en 2019. Tout comme les contribuables et leurs enfants ont également le droit d’exiger que leurs impôts servent à ce qu’on leur propose d’autres modèles de société.

Vous n’appréciez pas Bilal Hassani ? Plutôt que de l’insulter lâchement sur les réseaux sociaux, fichez lui la paix et éteignez votre télévision le 18 mai 2019.

Julien Dir

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