En cessation de paiements, le quotidien communiste l’Humanité a été placé « sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny ». La décision du tribunal sera rendue le 7 février prochain.

C’est son directeur Patrick Le Hyaric qui a annoncé la nouvelle il y a quelques jours. Il revendique la solidarité, pour les 175 salariés et 124 journalistes qui y travaillent. Il appelait lundi dernier dans un billet ses lecteurs à la « mobilisation générale », souhaitant qu’un « soutien populaire et citoyen » se mette en place pour aider le journal à surmonter ses difficultés financières tandis que le SNJ, syndicat des journalistes, appelait également à soutenir le quotidien.

Un soutien affiché et assumé à Mao et à Staline

Une chose est certaine, ni Mao, ni Staline, ces deux grands criminels anciennement chouchous du journal, ne pourront plus lui venir en aide. Ce que n’ont pas manqué de souligner quelques personnalités :

Nous vous proposons de découvrir ci-dessous quelques morceaux choisis de l’appel à l’aide de Patrick Le Hyaric :

Dès la fin de la période des états généraux de la presse en 2015, un million d’euros ont été retirés à l’Humanité au titre de quotidien à faibles ressources publicitaires quand d’autres y accédaient sans augmentation des budgets du ministère de la Culture et de la Communication. Ces éléments ont contribué à dégrader la trésorerie de l’Humanité, notamment durant l’été dernier, alors que nous continuions à nous battre pour mettre en œuvre ce plan global. Malgré nos tenaces efforts, jusqu’aux premiers jours du mois de janvier, rien ne s’est produit (…)

Il ne s’agit pas d’abord d’un enjeu comptable. C’est une question politique de premier ordre qui interroge une société soucieuse de l’expression du pluralisme des idées, de la démocratie. Au moment où tant de débats et d’inquiétudes s’expriment sur les « fabriques » de « fausses nouvelles », laisser mourir l’Humanité reviendrait à affaiblir la presse de qualité et à assécher encore plus le débat contradictoire. Au moment où les médias connaissent une telle crise de confiance, l’engagement constant de l’Humanité aux côtés des travailleurs, des milieux populaires, des « invisibles », des penseurs qui contestent le système, des créateurs qui portent haut la culture constitue un atout pour le journalisme et un atout pour l’exercice de la citoyenneté (…)

Nous proposons aux élus progressistes et républicains de contribuer à donner leur juste place à nos journaux dans les bouquets de presse des bibliothèques et médiathèques, comme dans les lieux d’accueil au public. Nous appelons l’État à prendre de nouvelles initiatives pour défendre le pluralisme de la presse, à augmenter l’aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires, à ne pas démanteler les fondements de la loi Bichet de distribution de la presse. Dès maintenant, nous plaçons l’Humanité sous protection populaire et citoyenne.

Une grande bataille pour sauvegarder et développer l’Humanité doit s’engager. Une des composantes historiques de la presse française ne saurait disparaître.

De Miche Drucker à Laurent Delahousse, des soutiens très médiatiques

Le soutien du journal l’Humanité, il y a quelques décennies à deux des pires criminels de l’histoire de l’humanité n’a pas empêché le journal de s’attirer quelques soutiens médiatiques : Xavier Durringer, François Busnel, Jean-Pierre Kalfon, Jack Dion, Didier Varrod, Lionel Thompson et le SNJ-CGT de Radio France, Aude Lancelin, Ali Rebeihi, Catherine Sinet, Antonio Fischetti de Charlie, Pouria Amirshahi, Laurent Delahousse, la compagnie Jolie Môme. Corinne Masiero… Quant à Michel Drucker, il a affiché son soutien en posant avec la une de L’Humanité en compagnie d’Olivier Dartigolles.

Google et l’État viennent en aide au journal communiste

Pour rappel, L’Humanité, perçoit chaque année de grosses sommes d’argent de la poche du contribuable : le journal a touché 4 191 650 euros d’aides à la presse en 2017. Le tout pour une diffusion particulièrement faible pour un quotidien : 33 947 exemplaires payés chaque jour en 2017.

L’OJIM, l’observatoire des journalistes et des médias, n’avait d’ailleurs pas manqué de souligner la véritable perfusion que l’Humanité reçoit de l’État, et désormais, du symbole n°1 du capitalisme (drôle pour un journal communiste), c’est à dire de Google :

« Le long chemin de croix du quotidien du Parti communiste suit la descente aux enfers du parti. Chaque année les subventions de l’État ou l’appel aux lecteurs comblent le trou financier. Parfois l’État donne un vigoureux coup de pouce comme en 2014 où il procède à un abandon de créances de 4M€, le journal ne pouvant rembourser. En 2016 (source Lettre A) le fonds Google avait financé deux projets numériques du journal communiste. Le premier Cerise prenait la forme d’un réseau social. Le second Partage social club (PSC) se présentait comme une plate forme de partage de vidéos et d’informations. Ni l’un ni l’autre n’ont connu le succès escompté.

En 2018 Google remet au pot sous la forme d’une aide pour la réalisation d’Humagora, le futur support digital du journal. La responsabilité en a été confiée à Valère Staraselski qui n’a aucune expérience en la matière mais présente l’avantage d’avoir été le directeur de la culture de la Caisse centrale d’activités sociales (CCAS) du comité d’entreprise EDF. La CCAS a servi de tiroir caisse pendant de nombreuses années au PCF et à la CGT, l’ami Valère saura se montrer loyal.

Humagora se présenterait sous la forme d’un site de débats style FigaroVox. Google remettra la main à la poche (comme sans doute l’État). Il semblerait qu’aucun projet d’aide de Google ne soit prévu pour aider un quotidien du bord opposé, le national catholique Présent lui aussi en difficulté. Cherchez en la raison.»

Visiblement, même avec l’aide de l’État et de Google, cela ne suffira pas à faire revenir des lecteurs qui ont peut être décidé de voler loin du petit père des peuples, vers d’autres cieux, notamment à proximité de la presse alternative, qui elle, voit son lectorat populaire ne cesser de croitre.

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