Catalonophobie. Joan-Pere Pujol : « La Catalogne est la vache à lait en titre de l’Espagne » [Interview]

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Les habits neufs de la catalonophobie. Tel est le titre du dernier ouvrage de Joan-Pere Pujol, militant nationaliste catalan historique et fervent défenseur de la Catalogne.

« La catalanophobie développe des préjugés, des interprétations diffamatoires, des attitudes haineuses à l’encontre de personnes appartenant à la communauté catalane. Elle a marqué maintes fois l’histoire de l’État espagnol. Elle s’est longtemps incarnée dans les doctrines politiques, les institutions et les lois de ce pays. Les campagnes anticatalanes ont constitué l’expression de l’impuissance espagnole à séduire et assimiler les Catalans. Elle se fonde sur la désinformation historique et sur la manipulation de la réalité. Elle se manifeste à travers des profanations, des propos diffamatoires sans compter la répression policière. Il est donc vain d’attendre que l’État espagnol la combatte, la poursuive et la condamne. » écrit M. Pujol.

Nous l’avons interrogé, sur la victimisation induite par le titre du livre, mais aussi sur la situation en Catalogne, et notamment en Catalogne Nord.

Breizh-info.com : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Joan-Pere Pujol :  C’est toujours délicat de parler de soi. Permettez-moi donc de reprendre les informations me concernant publiées dans Viquipèdia (édition catalane). « Né à Perpignan le 4 juin 1946, il a été un des fondateurs du catalanisme politique en Catalogne du Nord. Il a été secrétaire de mairie à Perpignan et à Villelongue-de-la-Salanque. Actuellement retraité, il réside à Saint-Genis-des-Fontaines en Roussillon. En 1967, il a été un des fondateurs du Grup Cultural de la Joventut Catalana. En 1970, il a créé avec Miquel Mayol et d’autres militants, Comitat Rossellonès d’Estudis i d’Animació (CREA) qui s’est transformé par la suite en l’Esquerra Catalana dels Treballadors (ECT), l’un des premiers partis politiques catalans dans la région [en fait le premier avec l’ARC]. Sous le pseudonyme de Joan-Lluc Vilarnau, il a collaboré à La Falç, publication qui a joué un rôle important dans le catalanisme entre 1970 et 1981. En 2000, il a constitué le Cercle Alfons Mias qu’il préside depuis cette époque. Cette association édite des brochures en catalan ou en français sur les Pays catalans et sur la question nationale. Aujourd’hui, il est sans doute le personnage le plus représentatif du nationalisme orthodoxe en Catalogne du Nord ».

On peut également trouver quelques renseignements à propos de mes activités militantes sur deux sites Internet :

https://sites.google.com/site/ppccweb/home

https://sites.google.com/site/publicationsjoanperepujol/

Breizh-info.com : Qu’est-ce que le nationalisme catalan, et quel sens a-t-il notamment en Catalogne Nord ?

Joan-Pere Pujol :  Le nationalisme catalan est le mouvement d’émancipation du peuple catalan dans son ensemble. Cela dit on rencontre des « nationalismes régionaux » visant à aboutir à des États valencien ou majorquin, mais il ne peut pas exister un nationalisme nord-catalan proprement dit. Il ne peut exister chez nous qu’un mouvement irrédentiste qui suppose le soutien à (et de) l’État catalan en gestation.

Breizh-info.com : Vous sortez un livre sur la catalanophobie. Est-ce une nouvelle forme de victimisation, vu que chaque communauté semble vouloir actuellement faire la course à la victimisation ?

Joan-Pere Pujol : En effet, j’ai relevé cette question de la concurrence des victimismes dans une de mes précédentes brochures intitulée Le bon Beur et la fripouille corse. Toutes les minorités opprimées sont forcément des victimes, mais toutes ne l’expriment pas avec la même intensité. Les Corses paraissent très sensibles là-dessus, alors que les Occitans, semble-t-il, ne réagissent pas. Cela dit, il n’y a que la vérité qui soit révolutionnaire (comme disait Rosa Luxemburg). C’est très bien que les Tsiganes ou les Témoins de Jéhovah dénoncent à présent les malheurs dont ils furent victimes. C’est très bien, parce que ces discours ne sont pas « politiquement corrects » et brisent les visions manichéennes qu’on nous impose…

pujol

Breizh-info.com : La Catalogne, une des régions les plus riches si l’on compare aux autres régions espagnoles, est-elle vraiment oppressée ?

Joan-Pere Pujol : La Catalogne est la vache à lait en titre de l’Espagne. C’est également le cas d’autres régions des Pays catalans comme le Pays valencien ou les îles Baléares. Je conserve dans ma bibliothèque un article publié autrefois dans une revue bretonne qui établit une distinction entre le nationalisme des pays sous-développés et celui des régions favorisées sur le plan économique. Est-ce le cas pour l’Écosse ? Sans doute oui. Pour la Catalogne, la situation paraît limpide : spoliation économique et oppression culturelle, linguistique et politique. Cela dit, que cela plaise ou non, l’Espagne est un pays beaucoup plus démocratique que l’Hexagone ! Beaucoup de Nord-Catalans se contenteraient bien du régime d’autonomie de leurs compatriotes du Sud.

Breizh-info.com : Quelle désinformation mène selon vous l’État espagnol ?

Joan-Pere Pujol : La désinformation et la propagande conduite par l’État espagnol et les intellectuels à sa solde ressemblent énormément à celles conduites par l’État jacobin. Ce sont les mêmes méthodes, les mêmes arguments fallacieux. Cette dernière publication en constitue justement une dénonciation avec exemples à l’appui.

Breizh-info.com : Comment jugez-vous le procès et la répression visant les dignitaires catalans ?

Joan-Pere Pujol : Les responsables du référendum de 2017 sont victimes d’un procès totalement inique et délirant. Le parquet a du mal à démontrer le délit de rébellion qui était la principale accusation contre eux. Ce n’est pas étonnant quand on connaît le genre de personnages qui dirigent l’État espagnol et la magistrature de ce pays. Mais le véritable scandale, c’est le silence étourdissant de la plupart des autres États et des dirigeants de l’Union européenne.

Breizh-info.com : De l’extérieur, beaucoup voient dans le nationalisme catalan la main mise de l’extrême gauche (aide aux migrants, autogestion, questions sociétales…) Qu’en est-il ?

Joan-Pere Pujol : Il ne faut jamais perdre de vue que les Catalans constituent un peuple, pas un parti politique. Depuis ses origines, le catalanisme s’est toujours révélé très varié dans ses orientations (du carlisme à l’anarchisme et c’est toujours le cas). L’extrême gauche est effectivement présente à l’intérieur du mouvement nationaliste catalan, elle n’est pas pour autant majoritaire. Une chose m’a frappé lors des manifestations nationalistes à Barcelone : la présence massive des drapeaux étoilés à triangle bleu et blanc face aux quelques drapeaux à triangle jaune et rouge. Le premier représente le nationalisme orthodoxe alors que le second la gauche catalaniste. L’extrême gauche s’agite beaucoup, mais il existe une majorité « silencieuse » (!) qui mène le jeu.

Breizh-info.com : Comment percevez-vous la campagne de Manuel Valls pour la mairie de Barcelone ?

Joan-Pere Pujol : J’anime sur Facebook, un petit groupe « frontalier » : « Viure al Massís de l’Albera ». J’y publie régulièrement divers articles trouvés un peu partout concernant le personnage en question. On sait que cet individu, cet aventurier, est désormais « un mort politique ». Il tente piteusement de survivre en retournant dans sa cité d’origine. Pour beaucoup de gens au Principat et en Roussillon, sa tentative de revenir à la vie politique est vouée à l’échec. En tout cas, ses déclarations et ses appuis (plus que douteux, voyez BHL), déclenchent chaque fois une vague d’indignation dans le public.

Breizh-info.com : Quel avenir pour la Catalogne au XXIe siècle du coup ?

Joan-Pere Pujol : Honnêtement comme la plupart des mes amis, nous passons du désespoir à l’espérance la plus folle. Bien que je m’intéresse depuis longtemps à l’ésotérisme, je ne suis pas devin ! Je conserve la foi du charbonnier dans mon pays et je continuerai à le défendre jusqu’à mon dernier souffle. La satisfaction de ma vieillesse est de constater que les catalanistes sont enfin ici sortis de la marginalité alors que tous les groupes et partis politiques contestataires disparaissent sous nos yeux.

On peut se procurer l’ouvrage (papier ou électronique) à l’adresse suivante :

https://www.thebookedition.com/fr/les-habits-neufs-de-la-catalanophobie-p-362075.html?fbclid=IwAR1xrY5H7N_WmiTdm600dPt6rBISB9oz-u821bSR5SeYgQsbBdJ_KBAt728

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

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