Richard Dessens vient de publier un ouvrage intitulé L’Europe chrétienne ou la mémoire perdue (éditions Dualpha).

Enseignant pendant plusieurs années dans une école préparatoire aux concours d’entrée aux IEP et Écoles de journalisme, Richard Dessens crée et dirige parallèlement une troupe de théâtre dans la région de Montpellier. Docteur en droit, DEA de philosophie et licencié en histoire, il est l’auteur d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idées politiques, de relations internationales. Il a, entres autres livres, publié aux éditions Dualpha Henri Rochefort ou la véritable liberté de la presse, La démocratie interdite et Histoire et formation de la pensée politique.

Présentation de l’éditeur :

Le christianisme universel et totalitaire a engendré finalement des pseudo-démocraties totalitaires refondées et modernisées par l’idéologie totalitaire des droits de l’homme.

La première grande migration des idées vers l’Europe fut celle du christianisme, qui mit dix siècles à s’imposer et à investir les valeurs et les esprits européens en détruisant leurs racines naturelles dans le sang de massacres successifs. Son premier fils, l’humanisme, suivi de son puiné, le libéralisme, entourèrent la naissance de leur fille cadette, la démocratie moderne. Tous se penchèrent enfin sur le berceau du petit dernier : l’individualisme et ses avatars droits-de-l’hommiens.

Il répond ci-dessous aux questions de Fabrice Dutilleul :

Votre dernier ouvrage aborde la question du christianisme et de sa diffusion en Europe il y a deux mille ans, d’un point de vue très politique et critique. Pourquoi une telle remise en cause à l’encontre des analyses communément admises ?

Richard Dessens : En effet, le christianisme est habituellement considéré comme le sauveur de l’Europe livrée aux « Barbares » après la chute de Rome. L’Église fut le continuateur de l’organisation romaine qui permit le redressement progressif de l’Europe. L’analyse est un peu courte et écarte le fait que, même sans le christianisme, l’Europe se serait restructurée, certainement autrement, mais sans en tirer un quelconque jugement de valeur. À l’inverse, elle n’intègre pas les mutations profondes que le christianisme a entraînées dans les valeurs humaines et l’approche de la nature. Enfin, le christianisme a généré peu à peu, à travers ses propres valeurs, un système politique à son image qui a fini de détruire la mémoire identitaire des peuples européens.

Sur quels fondements vous basez-vous pour rejeter le christianisme qui est pourtant le socle de l’identité européenne aujourd’hui ?

Richard Dessens : Je conteste absolument cette affirmation pourtant défendue par beaucoup. Le christianisme est une religion « révélée », c’est-à-dire d’origine humaine en réalité, même « inspirée », « révélée » par un Dieu putatif, venue d’Orient et qui puise ses racines (la Bible) dans le judaïsme. Le christianisme est à ce titre une religion d’importation, par nature incompatible avec les valeurs propres de l’Europe et ses religions naturelles. Plaquer une religion venue d’ailleurs, avec ses concepts, ses structures mentales, son vivre ensemble, ses racines originelles, même édulcorées, sur des peuples différents aux identités distinctes, ne peut apporter un réel épanouissement à ces peuples, privés de leurs liens ancestraux, déracinés fondamentalement, dont on a gommé la mémoire.

En quoi le christianisme aurait-il « perverti » les peuples européens ?

Richard Dessens : D’une part la mixité imposée entre l’Orient et l’Europe par cette première grande migration des idées a produit un système de pensée en effet pervers : la colonisation du monde au nom du Christ, le mépris de la nature au nom de son lien avec les anciennes religions et considérée comme étant au service de l’homme, par exemple. La puissance des peuples européens jumelée avec les concepts du christianisme oriental a eu un effet dévastateur à terme pour l’Europe. D’ailleurs, l’Europe ne pourra jamais se construire sans rejeter les concepts chrétiens qui la minent.

Vous évoquez en effet longuement la nature et l’approche de l’humain comme des éléments fondamentaux d’un christianisme « destructeur ».

Richard Dessens : Oui. Le christianisme a extrait l’homme de la nature, en en faisant un être dominateur sans prédateur, après qu’il ait détruit tout ce qui le gênait dans la nature. Ainsi le seul prédateur de l’homme c’est l’homme lui-même. D’un homme, simple élément d’un tout naturel, on est passé à un homme déconnecté des obligations imposées par la nature. L’homme devenu l’égal de Dieu au fil des siècles, sous l’impulsion pervertie mais logique des dogmes chrétiens, a méprisé puis détruit la nature. Quant à l’approche de l’humain, le caractère sacré de l’homme, créature suprême de Dieu, « à son image », elle a entraîné, entre mille autres conséquences, celle, fondamentale, de la prolifération humaine incontrôlée au détriment de l’ensemble des autres espèces. La surpopulation du monde est une calamité mère de tous les troubles auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Je ne crois pas à une telle sacralisation de l’homme dont la vie ne peut être considérée comme supérieure à celle des autres espèces.

Vous attaquez les écologistes. Pourquoi ?

Richard Dessens : Parce que les écologistes constituent une imposture. Aucun ne considère la surpopulation comme la cause réelle de l’immigration, du réchauffement climatique et de toutes les calamités qui nous menacent. D’autre part, leur philosophie post-chrétienne (droit-de-l’hommiste) continue de faire de l’homme le centre du monde. En réalité si les hommes ont besoin de la nature, la nature, elle, n’a pas besoin des hommes, si ce n’est en nombre limité.

Vous établissez une descendance mortifère au christianisme. Pouvez-vous en préciser les termes ?

Richard Dessens : Les préceptes du christianisme, mépris du pouvoir temporel, sacralisation de l’individu, mépris de la politique, croyance dans une mort rédemptrice dans un monde meilleur (la Cité de Dieu), ont généré l’humanisme, puis le libéralisme, puis la démocratie moderne, puis l’individualisme jusqu’à sa quasi-judiciarisation sacralisée dans les droits de l’homme, devenus la nouvelle religion de la modernité. Cet enchaînement procède d’une logique qui puise ses racines dans la philosophie chrétienne, marquée par des manipulations hypocrites qui, au nom de la charité, de l’altruisme et de la générosité désintéressée, a détruit les libertés fondamentales de l’homme européen, le transformant en proie facile pour ceux qui n’adhèrent pas à sa philosophie.

L’Europe chrétienne ou la mémoire perdueRichard Dessens, Éditions Dualpha, collection « Patrimoine des Héritages », dirigée par Philippe Randa, 308 pages, 29 euros.

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