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Le bateau Mare Ionio de l’ONG Mediterranea Saving Humans, est arrivé à Lampedusa. Ce 18 mars, sans attendre l’arrivée des vedettes de secours libyennes, comme commandé par le gouvernement italien et comme prévu par les règles de sauvetages, l’ONG a fait monter à son bord 49 migrants clandestins se trouvant sur une barque à la dérive du fait d’une panne de moteur. Le bateau s’est amarré au sud de l’île de Lampedusa pour se mettre à l’abri du mauvais temps. Mais pour le moment, comme le confirme le chef de mission Luca Casarini (ex-dissident et figure de proue de l’extrême gauche), « ils ne peuvent pas bouger de là » à cause de l’interdiction de débarquer.
La garde côtière leur a permis de rester où ils sont arrêtés, encore au large, mais pour le moment ils n’ont pas encore de port sûr de débarquement. Le bateau est gardé à vue par la douane : ils avaient interdit à l’ONG d’entrer dans les eaux territoriales, donnant l’ordre par radio de couper les moteurs. Toutefois, l’embarcation a tout de même continué son chemin pour arriver au large de Lampedusa.
Parmi les personnes secourues, 12 sont présumés mineurs et une évacuation médicale a été requise pour un migrant qui pourrait avoir une pneumonie.
Le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, réaffirme sa volonté de garder les ports fermés. Par ailleurs, le bateau est italien et donc le gouvernement ne peut pas lui intimer l’ordre d’aller débarquer les clandestins dans le pays représenté par le pavillon.
Le Viminale est clair : « Les opérations de secours et de navigations décrites, constituent une manifestation concrète d’une activité de secourisme inappropriée, qui viole les normes internationales sur le droit marin, et de fait portent atteinte au bon ordre et à la sécurité du pays côtier. Ainsi, le passage du bateau de secours dans les eaux territoriales italiennes met à mal le bon ordre et la sécurité de l’État italien, dans le sens qu’il vise à introduire sur le territoire des migrants en situation irrégulière, privés de papiers d’identité et provenant pour la plupart de pays étrangers à fort risque terroriste. Tout comportement inconforme aux règles peut être interprété comme une action préméditée pour transporter en Italie des migrants clandestins et donc favoriser un trafic d’êtres humains. Dans les eaux libyennes, ce sont aux Libyens d’intervenir ». La ligne du ministère de l’Intérieur ne laisse donc aucun espace à diverses interprétations.
La garde côtière libyenne était à « 5 milles de la barque en panne et était en mesure de récupérer en sécurité toutes les personnes à bord. L’intervention du bateau de l’ONG Mediterranea n’était pas nécessaire et n’était qu’un prétexte ». C’est le rapport du porte-parole de la garde côtière libyenne, Ayoub Qassem, qui vient confirmer la version du Viminale. « Nous ne comprenons pas pourquoi ils ont à tout prix voulu prendre les migrants alors qu’ils étaient dans les eaux libyennes. À notre demande d’explication, ils nous ont répondu que les migrants se trouvaient en situation de danger, ce qui est faux, il ne s’agissait pas d’un naufrage mais seulement d’une panne de moteur ». Le bateau de secours libyen s’est ensuite « tenu à l’écart car à ce moment les migrants pour ne pas retourner en Libye auraient mis en danger la vie de l’équipage », conclut Ayoub Qassem qui accuse les ONG de mettre un obstacle aux opérations de sauvetage « pour des intérêts qui ne sont certainement pas humains ».
À Lampedusa, toutefois, le maire, Salvatore Martello, réaffirme, défiant Matteo Salvini, que « le port est ouvert, il n’y a aucun canon pointé ». Mais le bateau n’a pas bougé pour le moment.
« Si un citoyen force un blocage de police sur la route, il est arrêté. Je compte que ce soit bien ce qui advienne […] Vous ignorez les indications des gardes-côtes libyens qui étaient sur le point d’intervenir, vous avez choisi de mettre le cap sur l’Italie et non la Libye ou la Tunisie, mettant en danger la vie de ceux qui étaient à bord, mais surtout vous avez désobéi à l’ordre de ne pas entrer dans les eaux italiennes », affirme Matteo Salvini en parlant de l’équipage du Mare Ionio. « Ce bateau est celui des centres sociaux car il a comme porte-parole, on a Luca Casarini : vous voyez les antécédents pénaux de ce monsieur connu pour être le leader des centres sociaux du Nord-Est. Et à bord, il y a d’autres figures de gauche et d’ultra-gauche, qui, à mon avis, commettent un nouveau délit d’encouragement de l’immigration clandestine, parce qu’ils ont recueilli des migrants en eaux libyennes ». Et de pointer du doigt la gauche particulièrement indulgente envers certains personnages : « Voici Luca Casarini, connu entre autre pour l’ouverture de l’auberge “Au flic mort”, jugé de nombreuses fois, câliné par le PD et la gauche, aujourd’hui à la tête de centres sociaux flottants arrivés devant Lampedusa ! Et nous devrions céder à ces personnages ? Non, nos ports restent fermés ».
Le commandant du Mare Ionio, Pietro Marrone, a été convoqué dans la nuit du 19 mars, dans les bureaux des douanes de Lampedusa qui lui ont notifié le séquestre provisoire du bateau. Pietro Marrone, s’est présenté en compagnie de l’armateur Beppe Caccia, camarade de Luca Casarini, et du député de gauche italien, Erasmo Palazzotto. Ce 20 mars se tenaient, à la Capitainerie du port de Lampedusa, les interrogatoires de tout l’équipage.
Le parquet, dirigé par Luigi Patronaggio, enquête pour « encouragement de l’immigration clandestine », mais pour le moment personne n’est mis en examen. Les magistrats, qui en août dernier avaient mis en examen Matteo Salvini, pour séquestre de personnes, devront juger si le bateau a agi correctement et si la manœuvre de son équipage était légitime. En particulier, avec focalisation sur la communication radio entre les douanes et le bateau. Les douaniers avaient en effet ordonné la halte durant la navigation mais le bateau a continué parce qu’il y avait soi-disant « des vagues très hautes ».
Toutefois, la décision du parquet arrive après les contrôles de la douane : le séquestre du navire et le débarquement des 48 migrants dans le port de Lampedusa. De plus Pietro Marrone, le commandant est mis en examen. « Nous avons appris la validation du séquestre du Mare Ionio – écrit sur twitter Mediterranea – Il est évident que nous ferons appel dans les prochains jours. Nous ne jouissons d’aucune immunité, mais nous sommes sûrs d’avoir agi dans le respect du droit et nous sommes heureux d’avoir sauvé 49 personnes ».
Matteo Salvini, en revanche, exulte : « Il y a finalement le séquestre d’une de ces embarcations ! »
Traduction : Hélène Lechat
Sources : Il Primato Nazionale (19 mars 2019), Il Primato Nazionale (19 mars 2019), Il Primato Nazionale (19 mars 2019), Il Primato Nazionale (20 mars 2019), Il Giornale (20 mars 2019)
Crédit photo : Flickr (cc Matteo Penna)
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