L’objectif d’Yves Cochet : des champs, des bois, un étang, tout ce qui permet d’être autonome au maximum quand l’effondrement surviendra. C’est la vie de l’ancien ministre de l’Environnement à Gahard (35).

Yves Cochet ne fit qu’une petite carrière politique en Bretagne. À Rennes, l’écolo qu’il était se heurtait au tout-puissant Edmond Hervé (PS) qui ne voulait pas voir émerger dans sa ville un leader écolo. Donc Hervé barra la route à Cochet. Petite consolation pour ce dernier, aux élections municipales, sa liste contraignait Edmond Hervé à passer par le second tour. Mais ce n’était qu’un jeu qui ne débouchait sur rien de positif pour Cochet. C’est pourquoi un « arrangement » national organisa le déménagement de Cochet à Paris où une circonscription de « gauche » lui fut attribuée. Résultat des courses : Hervé était débarrassé d’un gêneur et les écolos entraient dans la majorité, tandis que Cochet pouvait devenir un  politicien d’envergure nationale. D’abord en tant que dirigeant des Verts, ensuite comme ministre de l’environnement lorsque Lionel Jospin fut Premier ministre (1997-2002).

Un raisonnement qui sort de l’ordinaire

C’est un autre homme que le magazine Bretons (avril 2019) a interviewé. Devenu président de l’institut Momentum qui travaille sur la collapsologie, Cochet s’intéresse donc à un « courant de pensée qui regarde froidement les données scientifiques et avance que notre monde a irrémédiablement dépassé les limites de notre planète ». Voilà un raisonnement qui nous sort de l’ordinaire.

Selon Cochet, « l’effondrement systémique mondial » signifie « qu’il n’y a plus aucun État digne de ce nom à la surface de la planète ». Sa conviction : « Cet effondrement est imminent » ; « ça peut être vers 2020, c’est probable vers 2025, certain dans les années 2030 ».

Il a évidemment raison de rappeler qu’au cœur de la civilisation actuelle se trouve le pétrole. « L’or noir, le pétrole, est une drogue extrêmement dure. On y est complètement addict. S’il n’y avait plus de pétrole, ce serait la barbarie en France. » À coup sûr, un vaste chaos s’emparerait aussi bien des États-Unis que de l’Europe. «  C’est ce qu’on peut appeler la fin du monde tel que nous le connaissons », souligne Cochet.

L’ancien ministre s’est donc organisé en conséquence ; il s’est installé à Gahard, petite commune rurale située au nord de Rennes. Il a acheté en tenant compte de ces critères : « être loin de la ville, mais avoir un peu de voisins, un peu d’eau et de bois. Avec du bois, vous pouvez faire un peu d’énergie, et de l’eau pour survivre. Parce que vous pouvez toujours dire : ce qui compte c’est la culture et Mozart. Mais quand vous crevez de faim et de soif, vous n’écoutez pas Mozart pendant longtemps. »

Les voisins plus utiles que Facebook

Et là, Yves Cochet s’est trouvé une autre raison de vivre : « On regarde ses voisins. Moi, j’ai un voisin qui est président de l’association des chasseurs de la commune. Il est de droite. On discute avec lui ! Il vient nous aider avec son tracteur quand on est embourbé. Il faudra faire non pas avec son groupe Facebook, parce qu’il n’y aura plus d’Internet, mais avec les voisins. Et les voisins quels qu’ils soient, quelle que soit leur opinion politique, leur couleur… ».

Très pessimiste, Yves Cochet annonce à ses petits-enfants « que c’est bientôt la fin du monde. Les vieux soixante-huitards comme moi, on leur laisse un monde pourri. On a tout échoué. Les écolos ont tout perdu depuis cinquante ans. »

Pour faire passer ses idées, Yves Cochet croit à l’utilité des livres et des conférences. À coup sûr, les banquiers aimeraient écouter l’écolo de Gahard. Tout simplement parce que la France compte quatre banques systémiques (BNP Paribas, BPCE, Crédit agricole et Société générale), c’est-à-dire des établissements dangereux que l’on peut comparer « à de véritables réacteurs nucléaires. » (Capital, mars 2019). La chute de ces banques systémiques pourrait entraîner le même cataclysme qu’en 2008. « Un peu partout, des bulles spéculatives se forment. Personne ne sait comment revenir à la normale sans risquer une nouvelle déstabilisation (…) Faute d’avoir eu le courage de repenser le système, l’économie mondiale risque de se retrouver démunie lorsque le prochain Lehman s’effondrera. » (Le Monde, 16 septembre 2018).

Un tsunami financier ?

Certains spécialistes de la finance tiennent le même raisonnement qu’ Yves Cochet. C’est le cas de Bernard Ugeux, qui enseigne à Columbia University ; il s’inquiète de l’accumulation des dettes publiques dans son récent ouvrage La descente aux enfers de la finance (Odile Jacob). Il annonce donc un tsunami. Car, souligne-t-il, depuis 2008, la dette souveraine mondiale est passée de 30 000 milliards à 63 000 milliards de dollars. Dans ces conditions, avec une remontée des taux qu’il juge inéluctable, il paraît impossible d’échapper à une « explosion ». L’auteur le prévoit d’ici à fin 2020, ou avant.

Notons que, d’après l’Insee, la dette publique française s’est stabilisée en volume à 98,4 % du PIB à la fin 2018. En valeur, elle a progressé de 55,6 milliards d’euros pour atteindre  2 315 milliards d’euros en 2018 (Le Monde, mercredi 27 mars 2019). Tant que les prêteurs continuent à faire confiance à la France, tant que Bercy peur emprunter à des taux bas, tant que le taux de l’emprunt à 10 ans demeure inférieur à 1 % (0,38 % le 1er avril), tout va bien… On peut continuer à vivre à crédit.

Bernard Morvan

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