Il vit dans une ancienne ferme à Gabard (au nord de Rennes), il écrit des livres, il accorde des entretiens, ainsi va Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement, aujourd’hui l’une des têtes pensantes de la collapsologie.

Le coronavirus offre à Yves Cochet l’occasion de remettre sur le tapis la question de la mondialisation : « Tout cela montre que la mondialisation nous fragilise et rend vulnérable notre économie. Nous sommes trop interdépendants, il n’y a pas assez de résilience locale. Il faut absolument essayer de créer des biorégions qui seraient autonomes en énergie et en alimentation. » (Le Monde, mardi 31 mars 2020). Et de souligner la priorité : « La première chose qui doit tenir, c’est la chaîne alimentaire : que les gens soient nourris ou qu’ils puissent boire de l’eau potable. Si jamais il y a une rupture dans cette chaîne alimentaire très mondialisée, il y aura des émeutes un peu partout. » (magazine Bretons, mai 2020).

L’ancien ministre de l’Environnement maintient ses certitudes : « L’effondrement systémique mondial ne sera pas dû à une seule cause, parce que tous les domaines de la vie individuelle et collective seront touchés : énergétique, alimentaire, sanitaire, économique (…). Il est quasiment certain maintenant que la crise économique française, européenne et mondiale qui va suivre va être catastrophique (…) À l’été ou à l’automne, on s’apercevra que l’économie, telle qu’elle marchait encore vaguement et de manière catastrophique au point de vue social et écologique, virera au minimum à la récession et au pire à la dépression au sens des années 1930. » (Bretons, mai 2020).

On remarquera que dans son ouvrage Devant l’effondrement, essai de collapsologie (Les liens qui libèrent), il avait prédit qu’une pandémie pourrait déclencher l’effondrement généralisé (page 123). « Je suis convaincu que cet effondrement est imminent (…) Quelquefois, pour être rapide, je réponds : ça peut être vers 2020, c’est probable vers 2025, certain dans les années 2030 », affirmait-il l’an passé (Bretons, avril 2019).

Vers le chaos?

Il n’y a pas que les collapsologues à tenir ce discours. Le mouvement convivialiste raisonne de la même manière. L’un de ses représentants, le philosophe Dany-Robert Dufour se veut catégorique : « Oui, nous allons vers le chaos, j’en suis convaincu… Il fait se préparer à se reconstruire, si tout n’a pas été détruit d’ici là… » (Éléments, avril-mai 2020).

Évidemment notre société urbaine offre davantage de fragilité que le monde rural qui peut, plus facilement, s’adapter à des conditions de vie nouvelles. Figure emblématique de la collapsologie, « Pablo Servigne, auteur de Comment tout peut s’effondrer insiste sur la fragilité des flux qui font tourner l’activité économique. Les métropoles ne disposant que de quelques jours de vivres, comment les nourrira-t-on en cas de rupture de la chaîne d’approvisionnement ? » (L’Obs, 28 novembre 2019).

Mais le Système n’est pas pressé d’examiner la question. Personne au sommet de l’État ne songe à demander à Yves Cochet son avis : « Aucun de ceux qui réfléchissent à cette situation depuis des années n’a été appelé, déplore-t-il. C’est dommage, car on a écrit des livres et des articles qui pourraient aider à la réflexion. » Et de soupirer : « Ils ne nous prennent toujours pas au sérieux. » (Le Monde, mardi 31 mars 2020).

Bernard Morvan

Crédit photo : Briand/Wikimedia (cc)
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