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C’est un peu par hasard et tardivement que j’ai découvert Jack Kerouac, icône involontaire de toute la « Beat Generation ». Un nom peint parmi d’autres noms illustres sur les murs du hall d’entrée du siège de CasaPound Italia au 8 via Napoleone III à Rome, aux longues discussions littéraires avec mon beau-père qui m’ont donné envie de le lire. Quoiqu’il en soit, comme de nombreux lecteurs, j’ai opté pour son ouvrage le plus marquant et le plus connu, Sur la route, publié en 1957, pour découvrir cet écrivain. Livre autobiographique qui inspira toute une génération en son temps. Soixante ans plus tard, nos époques sont bien différentes, et ce chef-d’œuvre n’est plus une boussole indiquant la direction comme il put l’être en son temps. Mais c’est resté un formidable témoignage éthylique et un peu fou d’une quête initiatique à contre-courant de cette société et de son tant clamé rêve américain.
D’après cette unique lecture, je m’étais donc fabriqué une image de Jack Kerouac, simpliste et peut-être édulcorée, il faut bien le reconnaître, d’un jeune homme paumé et influençable. Perdu, il semblait l’être. Quelque part entre cet univers capitaliste forcené, cette société de consommation en pleine explosion, de ces destins tout tracés de l’université jusqu’à la retraite. Allant du mariage à la paternité, de la possession de son chez-soi, de la prise d’une assurance-vie et d’avoir ce besoin compulsif d’épargner ou de vivre à crédit. Bref d’un avenir déjà écrit, d’une perpétuelle ligne droite. Et rouler sur cette autoroute, ne semble presque qu’un raccourci filant vers la mort. Et de l’autre coté, a contrario, une voie plus sinueuse ou brûlait ce besoin immense de rupture, cette philosophie de l’errance, de découvertes alcoolisées, de sexe tarifé et d’amour sans attache. De brumes opiacées et de rêves saturés de jazz, de multitudes de rencontres et de visions, d’une certaine forme de liberté et d’affranchissement, du sel de la vie. Cette opposition entre permanence et fulgurance ne quittera jamais Jack durant le restant de son existence. Et c’est aussi de cette confrontation que naîtra probablement son génie. Et c’est en voulant sortir de cette ornière qu’est souvent la première impression et en souhaitant creuser un peu sur sa vie que j’ai découvert le livre de Patricia Dagier et d’Hervé Quémener. Ce bel ouvrage paru en janvier 2019, n’est par ailleurs qu’une édition réactualisée (anciennement Jack Kerouac. Breton d’Amérique aux éditions Le Télégramme), pour le cinquantenaire de sa mort. Et pour cet anniversaire, ce livre est un beau cadeau.
« Ti-Jean, n’oublie jamais que tu es breton » lui répétait son père.
« Ti-Jean, n’oublie jamais que tu es breton », lui répétait Léo son père (le nom de naissance de Jack était Jean-Louis d’où son surnom). Cette phrase ne quitta jamais Jack et lui servit de piste dans sa recherche ainsi qu’à nos deux enquêteurs quelques décennies plus tard. Cette ascendance ancrée au fond de son être a fini par devenir de plus en plus présente en lui, et la volonté de connaître enfin son ancêtre d’Armorique, ce noble à particule tant fantasmé, augmenta crescendo. Hélas, il ne put la terminer, rattrapé par la mort. C’était sans compter sur les deux auteurs de notre livre. Patricia Dagier, elle, est une généalogiste, passionnée par les réfugiés irlandais du XVIIe siècle en Bretagne mais également par ce sujet de l’ancêtre breton de Jack Kerouac. Quant à Hervé Quéméner, lui, est journaliste, grand voyageur et très attaché à sa Bretagne natale. Ensemble, en étudiant et examinant de nombreuses archives bretonnes et/ou canadiennes, fouillant les rameaux et les branches des ascendances de l’auteur, ont enfin réussi à finir par le retrouver. Le binôme mettant fin à la quête entamée par Jack, bien des années auparavant. Et sans tout raconter de l’intrigue – car cela n’aurait aucun sens – nous pouvons dire que nous emprunterons nous aussi des routes de traverses, aux balisages incertains. De Huelgoat – entre Morlaix et Carhaix – dans le Finistère, à Rivière-du-loup au Canada sur les berges sud du Saint-Laurent. De Lowell dans le Massachusetts en passant par de nombreux voies et axes américain. Mais cette enquête généalogique ficelée à la manière d’un roman policier, se fera également à travers les temps, puisque d’un chapitre bref à l’autre nous ferons un voyage temporel entre le XVIIIe siècle et le XXe selon que nous suivons Jack ou Urbain-François le Bihan.
Et comme les personnages Sal ou Dean, Jack et Urbain-François ne tenaient pas en place, chacun à leur manière. Comme s’ils luttaient, consciemment ou non, contre un immobilisme qui était associé à une forme de lente condamnation à mort. Le mouvement étant donc l’unique voie vers la vie, leurs vies. Comme nous l’écrivait si bien Jack : « Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d’être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bailler ». Ce livre nous décrit ces deux voyageurs et aventuriers infatigables qui, malgré deux siècles les séparant, ont tous deux décidé de faire leur bonhomme de chemin sur la route. Et clin d’œil de l’Histoire, le premier voyageant en anonyme, aiguillant déjà sans le savoir son aïeul vers ce chemin tortueux et initiatique, cette « route », qui, couchée sur manuscrit, connaîtra, elle, la célébrité.
Un livre qui plaira aux amateurs de Kerouac et qui permet de replonger dans son univers si enivrant et particulier, ou qui le fera découvrir par un chemin original aux autres curieux.
Julien Ruzé

Jack Kerouac, de l’Amérique à la Bretagne – Patricia Dagier – Le mot et le reste – 17 €
Crédit photos : DR
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