Manon Laporte, conseillère régionale d’Île-de-France et première vice-présidente du mouvement « L’Alliance Centriste » nous adresse cette tribune libre que nous reproduisons volontiers ci-dessous.

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Une troisième voie européenne est possible

En cette année du 75ème anniversaire du débarquement, quand je pense à l’Europe, je pense d’abord à la paix. Si le dire aujourd’hui apparaît comme une évidence pour tous, alors on peut dire « tant mieux ! ».

À mes yeux, l’Europe doit également être le rempart qui protège les démocraties. Et la montée des populismes de toute sorte, les difficultés que connaissent beaucoup de gouvernements des pays européens à répondre aux colères de citoyens, nous montrent combien il est important d’agir, et d’agir vite.

Car aujourd’hui, en 2019, à trois semaines des élections au parlement européen, les questions qui se posent demeurent entières : que faisons-nous de ce précieux héritage ? Que faisons-nous pour peser face aux mastodontes économiques que sont les États-Unis, la Chine, l’Inde, les pays d’Amérique du Sud ? Que faisons-nous pour garantir toutes nos sécurités que ce soit face aux risques terroristes, à la protection de nos frontières, mais aussi nos sécurités environnementale, sanitaire, économique… ?

Oui, que fait réellement et véritablement l’Europe ?

Entendons-nous bien. En disant cela, je ne me situe pas dans la grande théorie des anti-européens ou des eurosceptiques. Comme vice-présidente d’un mouvement politique de centre droit et donc par essence profondément européen, comment le pourrais-je d’ailleurs ?

Mais pour autant, je me refuse aussi à grossir les rangs des eurobéats ! Je préfère écouter le seul baromètre qui vaille à mes yeux : celui des citoyens.

Leur réponse est sans appel : l’Europe moderne a beaucoup déçu par son interventionnisme exacerbé. Si elle réglemente tout, elle ne construit plus rien.

Elle semble avoir rompu avec l’ADN même de sa constitution : être plus forts et plus efficaces à plusieurs. La concurrence à laquelle se livrent certains États-membres, entre eux, en est le paroxysme.

Et je suis convaincue que c’est le clivage traditionnel que l’on veut nous imposer, par tactique politicienne, entre les souverainistes d’un côté, et les ultra-fédéralistes de l’autre, qui conduit à cet immobilisme européen ! Cela doit cesser.

C’est la raison pour laquelle je pense qu’une troisième voie européenne est possible, celle qui s’inscrit autour de la construction concrète de projets.

Cette troisième voie européenne est possible car nous regorgeons d’atouts ; dans les domaines de l’économie ou de l’agro-alimentaire, mais aussi dans ceux de la culture, de la révolution numérique, de l’éducation et de la recherche, de la santé et de toutes les formes de sécurités.

Cette troisième voie européenne pour laquelle nous militons doit être celle du quotidien des citoyens.

Posons-nous un instant de façon pragmatique. Lorsque vous faites une recherche sur Internet, vous utilisez Google. Lorsque vous regardez une série, vous vous connectez à Netflix. Lorsque vous achetez un produit en ligne, vous allez sur le site d’Amazon. Lorsque vous recherchez un emploi, vous consultez Indeed ou Monsters. Et là, à cet instant, rien ne vous choque ? Aucun d’entre eux n’est européen !

Cette troisième voie européenne que nous voulons doit être capable d’encourager l’émergence de grands groupes européens.

Il s’agit de soutenir l’éclosion de consortiums qui soient de véritables leaders européens dans tous les domaines de la vie concrète des citoyens : l’emploi, la santé, la culture, la protection des biens et des personnes, la prévention des risques majeurs, dans l’engagement volontaire et les grandes causes, aussi, car les grandes ONG mondiales peuvent aussi être d’inspiration européenne.

Cette troisième voie européenne que nous défendons doit protéger les citoyens comme les entreprises.

Le quotidien, c’est aussi la fiscalité des ménages et des entreprises. Les pays membres doivent s’entendre et faire cesser au plus vite les distorsions de concurrence abjectes auxquelles nos forces vives se livrent entre elles, et qui les fragilisent, là encore, face au reste du monde.

À l’unanimisme tatillon et procédurier, si nous appelions à libérer des projets !

Arrêter de vouloir systématiquement avancer à 27 sur tous les projets et, au final, de ne concevoir que de « l’eau tiède » car on dénature tout pour tenter de mettre tout le monde d’accord. Refusons enfin de sombrer dans les plus petits dénominateurs communs.

Oui, lançons de beaux projets ! Offrons la possibilité aux membres les plus avancés de se dépasser, même en petit comité dans un premier temps, tout en offrant aux autres la possibilité de venir grossir les rangs à leur rythme par la suite.

Je le sais, nous sommes nombreux à rêver d’une Europe concrète, d’une Europe du citoyen, d’une Europe du quotidien. Le général de Gaulle nous a laissé comme héritage partagé cette « certaine idée de la France » à laquelle tout le monde se réfère aujourd’hui. C’est en défendant inlassablement cette valeur, forts de notre histoire et fiers d’être français, que nous devons également impulser un avenir prometteur autour d’une « certaine idée de l’Europe », d’une identité européenne, d’une citoyenneté européenne.

Manon Laporte, conseillère régionale d’Île-de-France

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