Le développement des tumeurs cancéreuses pourrait être causé par le transfert de neurones depuis le cerveau à travers la circulation sanguine.

Cancer : une important découverte

Le développement d’un cancer peut-il être aggravé par l’activité du cerveau ? Une récente étude menée par des chercheurs de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) du programme ATIP-Avenir fait état de travaux qui viennent valider le phénomène. Ce qui constitue une découverte majeure dans la lutte contre le cancer. D’autant plus que la production de nouveaux neurones est rare chez l’individu adulte.
Il apparaît donc que le micro-environnement tumoral donne naissance à des neurones. Ces cellules nerveuses sont des dérivés des progéniteurs en provenance du cerveau. C’est par la circulation sanguine qu’ils parviennent à atteindre la zone cancéreuse. Cette migration des cellules nerveuses vers la tumeur a pour principale conséquence d’alimenter cette dernière et de multiplier les métastases.

Une première découverte en 2013

Claire Magnon, chercheuse dirigeant l’équipe de l’Inserm, avait déjà réalisé une autre découverte importante en 2013. Elle avait alors mis en évidence l’infiltration de fibres nerveuses dans des tumeurs cancéreuses de la prostate de 52 patients. Ces fibres, provenant de prolongements d’axones de neurones préexistants, étaient liées au déclenchement puis à la progression du cancer. Ce rôle des fibres nerveuses a été confirmé depuis dans d’autres cancers à travers différentes études.

Avec ces nouveaux travaux, c’est désormais la formation de nouveaux neurones sur place qui est démontrée. Ainsi, les tumeurs intègrent des progéniteurs, à savoir des cellules neuronales sous leur forme immature. Par la suite, celles-ci vont se développer dans la tumeur pour devenir des neurones fonctionnels. Ces progéniteurs sont « semblables à ceux que l’on trouve dans les zones neurogéniques du cerveau » selon Claire Magnon.

Du cerveau à la tumeur

La production de nouveaux neurones est initialement possible dans deux zones cérébrales uniquement : le gyrus denté (dans l’hippocampe), et la zone sous-ventriculaire liée à la mémorisation, l’apprentissage, ou encore la reconnaissance olfactive. Afin de suivre le parcours de ces progéniteurs neuronaux, Claire Magon a eu recours a des souris transgéniques porteuses de tumeurs. En quantifiant les cellules DCX+ présentes dans les deux régions du cerveau précédemment évoquées, elle a fait l’observation suivante : lorsqu’une tumeur se développe, la quantité de cellules DCX+ diminue dans la zone sous-ventriculaire. Deux hypothèses furent alors émises : la mort des cellules ou leur départ vers la zone de la tumeur.

À la suite de plusieurs expériences, cette deuxième piste s’est avérée être la bonne. Les cellules DCX+ passent donc de la zone sous-ventriculaire du cerveau à la circulation sanguine. La question de la perméabilité de la barrière hématoencéphalique de la zone sous-ventriculaire chez les souris cancéreuses est donc posée. Par ailleurs, il existe une très grande similarité entre les cellules centrales et celles retrouvées dans la tumeur. Reste à savoir si ce problème de perméabilité est une cause ou une conséquence de l’apparition du cancer.

Bien que de nombreux autres travaux s’avèrent nécessaires, cette découverte permet d’entrevoir une solution thérapeutique consistant à tuer les cellules nerveuses immatures avant qu’elles n’atteignent la tumeur. Mais le travail pour y parvenir demeure conséquent…

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