La dernière chance de l’Occident : quand le “Sud global” ne veut plus écouter les leçons de l’Europe

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L’essai “La dernière chance de l’Occident”, porté par le président finlandais Alexander Stubb, part d’un constat juste : la prochaine architecture mondiale dépendra largement des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine.

Dans une analyse publiée mi-février par l’ancien diplomate singapourien Kishore Mahbubani, un angle mort revient avec insistance : pour dialoguer, l’Occident doit d’abord apprendre à écouter, et il ne le fait pas. Entre l’Ukraine, Gaza, la relation à la Russie, le face-à-face avec la Chine et la réforme des institutions internationales, la fracture n’est plus seulement stratégique : elle est devenue morale, puis politique.

Le “Sud global” n’achète plus le récit occidental

Le point de départ est simple : les pays occidentaux continuent souvent à parler au reste du monde comme si leurs catégories suffisaient à décrire la planète. Or, dans une large partie du “Sud global” – ces pays qui rassemblent l’immense majorité de la population mondiale – la Chine et la Russie ne sont pas spontanément perçues comme des menaces existentielles. Non pas par naïveté, mais parce que l’histoire récente, vue depuis l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique latine, n’a pas seulement été celle des “autocraties” : elle a aussi été celle des interventions, des renversements, des guerres par procuration, et de leçons morales parfois à géométrie variable.

Dans “La dernière chance de l’Occident”, Alexander Stubb formule une recommandation clé : si l’Occident veut peser dans le nouvel ordre, il doit privilégier le dialogue plutôt que le monologue, la cohérence plutôt que le double discours. Mahbubani, lui, ajoute une condition préalable : un dialogue réel suppose d’écouter les raisons pour lesquelles le “Sud” ne suit pas automatiquement l’agenda occidental, même lorsqu’il condamne certaines violations du droit.

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Ukraine : condamnation, mais refus d’alignement

Sur l’Ukraine, le constat est frappant. Oui, de nombreux pays du Sud ont condamné l’invasion russe. Mais la plupart n’ont pas suivi la logique occidentale de sanctions et d’isolement total. Ils ont maintenu des relations normales avec Moscou, et certains gestes symboliques ont même été interprétés comme une manière d’affirmer l’indépendance diplomatique de ces pays face aux injonctions.

Le fond du débat, dans ces régions du monde, n’est pas de “justifier” l’invasion : c’est d’expliquer pourquoi l’Occident paraît incapable d’admettre qu’une politique peut produire des effets de réaction. Mahbubani rappelle que des voix occidentales influentes avaient, depuis longtemps, mis en garde contre les conséquences d’un élargissement stratégique perçu comme menaçant par la Russie. Ce discours, qu’on juge recevable ou non, circule massivement hors d’Europe, et nourrit un scepticisme : l’Occident demande l’alignement, mais refuse d’entendre les objections.

Gaza et l’effondrement du capital moral européen

C’est ici que l’analyse devient plus corrosive. L’Europe a exprimé – à juste titre – son horreur face aux victimes civiles en Ukraine. Mais, dans une grande partie du monde, la perception a basculé quand la guerre à Gaza a été abordée autrement, avec bien plus de silences, d’embarras, ou de prudence.

Dans le “Sud global”, cette asymétrie a été lue comme un révélateur : les principes invoqués avec force d’un côté deviennent plus flexibles de l’autre. Et lorsqu’un camp se présente en donneur de leçons universelles tout en semblant appliquer des standards différents, il perd ce que Mahbubani appelle, en substance, sa crédibilité morale. On ne suit pas durablement un magistère qui prêche la règle mais donne l’impression d’y déroger dès que l’allié du moment est concerné.

L’Europe face à Trump : l’isolement par réflexe

Autre point sensible : la manière dont l’Union européenne apparaît, vue depuis l’extérieur, quand elle s’accroche à une ligne qui la met à contretemps des rapports de force. Mahbubani souligne un paradoxe : beaucoup de pays du Sud, touchés par les effets indirects de la guerre en Ukraine (notamment par la réorientation de certaines priorités budgétaires européennes), ont plutôt accueilli favorablement l’idée d’un compromis visant à arrêter le conflit.

Dans cette lecture, l’UE, au lieu d’être le pôle du réalisme, semble parfois incarner une rigidité politique incapable d’assumer le coût d’une stratégie de long terme. Et lorsqu’il s’agit de compenser une baisse d’aide américaine, le problème devient brutal : les Européens sont-ils prêts à demander de vrais sacrifices à leurs peuples, ou vont-ils chercher des contournements juridiquement discutables, comme la saisie d’avoirs adverses, au risque d’abîmer encore le discours multilatéral qu’ils revendiquent ?

Chine : la condescendance comme faute stratégique

Le dossier chinois concentre une autre fracture : l’écart entre le poids réel de la Chine et la manière dont une partie des élites européennes continuent à lui parler. Le basculement économique est massif : l’Europe n’est plus “sept fois plus riche” que la Chine comme au tournant des années 2000 ; l’équilibre s’est rapproché, et la dynamique à long terme avantage Pékin.

Mahbubani insiste sur un point que beaucoup de pays du Sud considèrent comme une évidence : la légitimité interne du pouvoir chinois, qu’on l’approuve ou non, ne se discute pas depuis Bruxelles avec des sermons abstraits. Le fait que la Chine ait connu, en quelques décennies, une transformation sociale et économique spectaculaire alimente une forme de respect, et parfois d’admiration, dans des pays qui raisonnent d’abord en termes de développement, d’infrastructures, d’efficacité administrative, d’industrialisation. L’Occident, en brandissant un discours moralisateur sans proposer une alternative crédible et attractive, laisse un espace.

Stubb, dans son essai, formule pourtant une idée que beaucoup de pays du Sud trouveraient acceptable : rester attaché à la démocratie et au marché, sans prétendre que ces modèles sont universellement applicables partout, de la même manière, au même rythme. Autrement dit : défendre des principes, sans imposer une anthropologie politique unique.

Réformer l’ONU et le FMI : le test de sincérité

C’est là que la question devient décisive. L’Occident peut-il prouver qu’il veut réellement un ordre “fondé sur des règles”, ou veut-il surtout préserver des règles qui le favorisent ?

La réforme du Conseil de sécurité de l’ONU est l’exemple typique. Tout le monde répète qu’elle est nécessaire, mais rien n’avance. Mahbubani propose une piste structurante, la formule dite “7-7-7” : un Conseil remodelé autour d’un noyau permanent représentatif des grandes régions et puissances, complété par des sièges semi-permanents et des sièges tournants, afin de refléter la démographie, l’économie et l’influence réelle du monde. Derrière la mécanique, il y a une question simple : l’Occident accepte-t-il de partager le pouvoir, ou se contente-t-il d’appeler à la réforme tant qu’elle reste théorique ?

Même logique pour le FMI : si les droits de vote sont censés refléter la part dans l’économie mondiale, pourquoi certaines surreprésentations persistent-elles au point de rendre l’institution difficilement défendable aux yeux de ceux qui la subissent ou la financent indirectement ? Et pourquoi, en huit décennies, la direction de l’institution est-elle restée une chasse gardée européenne ? Tant que ces symboles demeurent intacts, les pays du Sud chercheront des voies parallèles, parfois via des institutions soutenues par Pékin.

Helsinki plutôt que Yalta : la bataille des méthodes

Stubb mobilise une opposition parlante : “Yalta” renvoie aux sphères d’influence décidées par les puissants, “Helsinki” à une logique de normes, de sécurité coopérative, de règles applicables à tous. Le problème, répond Mahbubani, est que l’Occident semble nostalgique d’Helsinki dans les discours, mais tente parfois de fonctionner comme si Yalta restait possible dans les faits : décider, définir, sanctionner, isoler, sans s’étonner ensuite que le reste du monde refuse l’alignement.

La “dernière chance” de l’Occident, si l’on reprend le titre central du livre de Stubb, n’est donc pas une question de communication. C’est une question de posture : parler moins, écouter davantage, et surtout accepter que le monde ne reviendra pas à l’époque où l’Occident pouvait écrire les règles en conservant le privilège du veto moral et institutionnel.

Un monde de 88% : le retour du réel

Au fond, la thèse est brutale : l’Occident représente une minorité démographique, et l’époque où cette minorité pouvait se comporter comme le centre naturel du monde s’achève. Cela ne signifie pas que ses valeurs sont “fausses”, ni que les puissances rivales sont “vertueuses”. Cela signifie que le rapport de forces, la mémoire des peuples, la cohérence des actes, et la crédibilité des institutions redeviennent des critères dominants.

Si l’Europe veut peser, elle doit prouver qu’elle sait traiter d’égal à égal avec des pays qui ne pensent pas comme elle, qu’elle peut réformer ce qui doit l’être, et qu’elle sait appliquer ses principes sans varier selon les causes et les alliances. Sans cela, la “dernière chance” restera un slogan élégant. Et le Sud global continuera à faire ce que font les États lorsqu’ils ne croient plus à la parole d’un bloc : choisir, négocier, contourner, et s’organiser ailleurs.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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Une réponse à “La dernière chance de l’Occident : quand le “Sud global” ne veut plus écouter les leçons de l’Europe”

  1. François Arondel dit :

    Que sont les « valeurs » de l’Occident sinon les idées propres au néolibéralisme ?
    Or ces idées sont fausses. L’Occident n’est plus qu’un ramassis de vieilles idées qui nous ont emmenés dans le mur. L’Occident est en pleine déroute sur tous les fronts et ce n’est que le début. Pour nous redresser, il nous faudra abandonner l’idéologie libérale et construire une société radicalement différente sur des fondations différentes. Dans le cas présent, le conservatisme est la pire des attitudes parce qu’il n’y a rien à conserver de notre civilisation qui est à l’agonie et parce qu’elle est suicidaire mais c’est celle que les droitards nous invitent à adopter !

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