Italie. Victoire de Salvini aux européennes : un échec cuisant pour l’Église ?

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Comme prévu, la Ligue est arrivée en tête aux élections européennes. Avec 34.33 % des voix, elle obtient 28 sièges, devant le Parti démocrate (22.69 % – 19 sièges), le Mouvement 5 étoiles (17.07 % – 14 sièges), Forza Italia (8.79 % – 6 sièges) et Fratelli d’Italia (6.46 % – 5 sièges). Un succès pour Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur.

Un échec pour l’Église

En théorie, l’Église et ses institutions sont sensées ne pas s’entremettre dans la politique italienne. Aussi les mots du cardinal Gualtiero Bassetti, chef des évêques italiens, ont suscité un véritable malaise chez tous ceux qui revendiquent un État laïque et autonome. Il avait en effet critiqué le gouvernement italien et appelé à voter n’importe quel candidat aux européennes, pourvu que ce ne soit pas la Ligue de Salvini. Mais en Italie, les catholiques n’ont pas suivi les recommandations dictées par des hommes d’Église qui refusent la réalité.

Pour Matteo Salvini, les catholiques sont un électorat potentiel. Pour cela, il n’hésite d’ailleurs pas à s’afficher avec chapelets et Évangile. Une attitude qui porte ses fruits et à laquelle s’ajoute une position souverainiste notamment en ce qui concerne l’immigration – selon les derniers chiffres de 2018, la population étrangère en situation régulière et irrégulière, en Italie, représente 8,8% de la population, et 34% des détenus, soit un crime sur trois commis par des migrants.

L’exemple de Riace

Les catholiques, tout comme une grande partie des Italiens, ne sont pas aveugles, voire subissent cette situation au quotidien. Le discours « bien-pensant » et d’apparente tolérance prêché par le papecertains hommes d’église et la « gauche caviar » ne dupe plus grand monde. La ville de Riace en est symptomatique : la ville du « héros » Mimmo Lucano – « ce modèle de Riace […] une cathédrale de liberté qui, greffée sur un désert, y a fait fleurir la vie » selon Saviano – a voté pour la Ligue à 30% et son slogan « ports fermés ». Et les 30% de la Ligue additionnés aux 9% de Forza Italia et aux 9,42% de Fratelli d’Italia font un total de 50% de vote souverainiste.

Ainsi, lors des européennes, à l’exemple de Riace et malgré de nombreux agitateurs appelant à « stopper la montée du fascisme », la Ligue de Matteo Salvini arrive en tête avec 34,33% suivi par le PD (Partito Democratico) à 22,69% et enfin le M5S de Luigi Di Maio avec 17,07%. Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi fait 8,79%, et Fratelli d’Italia 6,46%. On a donc une victoire incontestable de la Ligue. Tout le nord et le centre de l’Italie, ainsi que la Sardaigne ont voté Salvini à plus de 30% – voire 40% pour la Lombardie, la Vénétie, et le Frioul –, le PD est en tête en Toscane, et tout le sud de l’Italie place le M5S en première position avec plus de 30% pour la Campanie et moins de 30% pour tout le reste.

Val d’Aoste et Trentin Haut Adige : un vote particulariste

Dans deux régions, le vote a fait ressortir clairement des partis locaux : en Vallée d’Aoste (au nord du Piémont, à la frontière française), le parti Autonomia per Europa qui demande l’indépendance recueille 13,7%  des voix se plaçant troisième et dans le Trentin-Haut-Adige (à la frontière avec l’Autriche) c’est le parti SVP (Südtiroler Volkspartei : un parti principalement basé sur des revendications linguistiques plus en lien avec leur voisins autrichiens)  qui arrive en deuxième position avec 26,18%.

Le Pari démocrate en baisse

Le Parti démocrate, bien que deuxième dans la plupart des régions italiennes, perd toujours plus de voix, comparé au score qu’il faisait en 2018 (100 000 voix en moins). Toutefois Zingaretti, secrétaire du Parti démocrate,, s’en trouve « très satisfait ». Il ne peut même pas se glorifier de sa victoire en Toscane, qui vote pour le Parti démocrate depuis longtemps et lui reste fidèle.

Très forte abstention dans le sud

Le vote du sud, lui, se comprend difficilement : en effet, la mise en place du revenu de base, loi portée par le M5S et qui justement plaisait à son électorat (principalement les chômeurs et les ouvriers), a été un véritable échec – des 780 euros par mois initialement promis, de nombreux citoyens n’en ont touché que 30 à 40 par mois. Cela justifie sans doute au moins la très faible participation sur les régions du Sud qui s’est limité à 30%.

Un référendum en faveur du gouvernement

Tout comme en France, on peut dire que le vote italien aux européennes a plutôt pris la forme d’un référendum au sujet de leur propre gouvernement. En effet, comme nous l’explique un italien, « Salvini fort de ce consensus peut se passer de l’avis de Conte et de Di Maio sur des sujets tels que l’autonomie, la flat tax, l’immigration ou la TAV. Le M5S, lui, s’est coulé avec une perte de 6 millions de votes au regard des dernières élections. Il peut tenter de faire tomber le gouvernement (ce qui ne l’avantagera sans doute pas) ou il s’efface derrière la Ligue. Toutefois ils sont sur la sellette car par exemple, laisser passer la TAV le rendrait impardonnable vis-à-vis de son électorat qui a déjà été très déçu sur de nombreux points. Le PD, continue à perdre des voix, tout en tirant à bout portant sur le M5S. Les italiens sont globalement fatigués des 5 ans de PD qui ont littéralement coulé le pays. Giorgia Meloni, quant à elle, s’en sort relativement bien dans le sens où avec ses 6% elle pourrait obtenir la majorité au gouvernement en faisant alliance avec les 34% de la Ligue (40% suffisent pour faire la majorité) en cas de chute du gouvernement ».

Face à cette débâcle, Di Maio après avoir assuré qu’il ne partirait pas, invoquant l’abstention comme cause de sa défaite, s’est récemment ravisé et va faire voter sa démission par son électorat via la plate-forme de son parti. Les Italiens semblent donc avoir revoté leur gouvernement après une période d’essai et il se caractérise par un rejet globalement massif de la gauche. Pour chaque parti, ces européennes ont été un véritable signal, bien que certains cherchent à nier la réalité.

Hélène Lechat

Photo : Fabio Visconti/Wikimedia (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

 

 

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2 réponses à “Italie. Victoire de Salvini aux européennes : un échec cuisant pour l’Église ?”

  1. […] Et de fait, le centre-droit réalise des scores importants dans divers zones d’Italie. Après sa victoire aux européennes, la Ligue conquit des villes comme Ferrare, bastion de la gauche depuis la fin de la Seconde Guerre […]

  2. […] Et de fait, le centre-droit réalise des scores importants dans divers zones d’Italie. Après sa victoire aux européennes, la Ligue conquit des villes comme Ferrare, bastion de la gauche depuis la fin de la Seconde Guerre […]

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