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Comment sortir de l’euro ? C’est la question que se pose Christian de Moliner, qui nous adresse une tribune libre.

Comment sortir de l’euro ?

La majorité des économistes le reconnaissent : l’euro est une erreur économique majeure. Cette monnaie commune a certes beaucoup d’avantages qu’on oublie à force de les utiliser (notamment elle met fin à l’incertitude sur les changes et favorise de ce fait les échanges commerciaux). Elle a pour principal inconvénient d’obliger les économies des pays du Sud (France, Italie, Espagne, Grèce) à s’aligner sur les prospères pays du Nord. Les états en difficulté sont asphyxiés, car ils ne peuvent plus recourir à l’arme de la dévaluation. L’ajustement se fait par l’austérité et le chômage, qui en Espagne ou en Grèce a dépassé le taux effrayant de 20%.

Mais mettre fin à l’euro sans casse est difficile, voire impossible. La meilleure comparaison de la situation que l’on puisse faire serait celle d’un train dont les freins auraient lâché : les passagers auraient mieux fait de ne pas emprunter ce convoi, mais une fois qu’ils sont montés, ils ne peuvent qu’attendre que la locomotive finisse par s’immobiliser d’elle-même sans dérailler : sauter du convoi en marche étant le plus sûr moyen de se rompre le cou. Il existe certes une façon de mettre fin à l’euro sans drame : lors d’un week-end prolongé tous les pays concernés par la monnaie commune se réunissent et décident d’arrêter l’expérience. Pour éviter une débâcle des marchés et une crise économique pire qu’en 2008, il faudrait prendre les spéculateurs par surprise et donc que rien ne filtre des intentions des gouvernements. Mission impossible !

Un pays peut toujours essayer de sortir unilatéralement et brutalement de l’euro en décidant d’imprimer à nouveau une monnaie nationale, mais les taux de ses emprunts s’envoleraient et il serait étranglé. Il devrait sans doute faire défaut sur sa dette, ce qui le transformerait en état paria sur les marchés, avec pour corollaire des conséquences sociales désastreuses. L’exemple de l’Argentine où 40% de la population a été plongé dans la misère suite à la décision de ce pays de ne rembourser qu’en partie ses prêts fait office de repoussoir.

Si l’Islande a pu s’abstenir sans dommage de ne pas honorer les dettes de ses établissements bancaires, c’est que les Pays Bas et le Royaume Uni ont dédommagé les banques qui avaient prêté à l’île nordique. Les Islandais qui grâce à l’argent venu de l’étranger ont eu pendant plus de dix ans un niveau de vie confortable, ont pu avec la meilleure conscience du monde décider de faire l’impasse sur leurs dettes sous les applaudissements des anticapitalistes du monde entier : en fait ce sont les contribuables Britanniques et néerlandais qui ont été dépouillés, ce qui n’a entraîné aucunes représailles des marchés.

Il reste néanmoins une voie étroite, qui permettrait de préserver les grands équilibres et de relancer l’économie, mais au prix d’une spoliation d’une grande partie des habitants du pays qui se livrait à cette manipulation : il suffirait qu’un gouvernement décide de payer ses fonctionnaires ou les entreprises qui ont travaillé pour lui avec des reconnaissances de dettes cessibles. Le pays en question émettrait en fait une seconde monnaie et il n’y aurait aucune limite au montant mis en circulation. La planche à billets marcherait à fond ! En réalité, il s’agirait d’un emprunt forcé : l’état obligerait ses fonctionnaires ou les entreprises à lui prêter de l’argent.

Ceux-ci essaieraient de se servir de ces titres pour régler leurs dépenses. S’ils pourront payer ainsi leurs impôts, leurs titres ne seront pris chez les commerçants ou les autres entreprises qu’avec une décote qui s’accentuera avec le temps. La loi de Gresham est implacable : la mauvaise monnaie chasse la bonne ; les euros seront thésaurisés et deviendront plus rares. Si on vous paye votre salaire de 2000 € avec des reconnaissances de dette et qu’en les échangeant à la banque, vous ne recevrez que 1000 €, si les commerçants exigent des euros, vous perdrez une bonne part de votre rémunération.

Pour finir, un pays qui se livrerait à cette manipulation serait expulsé progressivement et en douceur de l’euro par ses pairs, ce qui évitera une crise économique brutale, le fardeau de sa dette sera allégé, des milliards d’euros seront réinjectés dans l’économie, ce qui la relancera et compensera les effets récessifs de l’extorsion de fonds que sont les reconnaissances de dettes cessibles, mais ses citoyens paieront les pots cassés. Malgré ces inconvénients, c’est sans doute ce qui va arriver dans un ou plusieurs membres de l’union monétaire, car c’est la seule issue possible.

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