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Avez-vous déjà entendu parler de l’abbaye Notre-Dame d’Orval et de sa bière ? L’abbaye d’Orval est une abbaye trappiste belge fondée en 1132 dans les Ardennes, tout près de la frontière française. La communauté de frères trappistes suit toujours aujourd’hui la règle de saint Benoît « ora et labora », qui leur demande de partager leurs journées entre temps « de prière et de travail ». En plus de leurs 7 offices quotidiens à l’église, ils s’occupent donc du brassage de leur célèbre bière trappiste, l’Orval que vous pouvez notamment retrouver chez Divine Box.

Focus sur cette abbaye légendaire.

La légende d’Orval

Nous sommes en 1070. Une communauté de moines bénédictins, venus de la Calabre en Italie, fonde un petit prieuré dans les Ardennes. Six ans plus tard, la comtesse Mathilde de Toscane leur rend visite pour ratifier la donation des terres. Mais lors d’une balade, celle-ci fait tomber par mégarde son alliance dans le ruisseau. Or c’est le seul souvenir qui lui reste de son défunt mari… Peinée, elle prie la Vierge de lui venir en aide. Et soudain, une truite sort de l’eau, tenant dans sa bouche le précieux anneau. Mathilde s’écrie alors : « Vraiment, c’est ici un val d’or ! » Aujourd’hui encore, on trouve les traces de cette légende :

• Dans le nom de l’abbaye : puisque « Orval » vient de… « val d’or » !

• Dans le nom du ruisseau : puisqu’il s’appelle Mathilde ! Cette source est encore aujourd’hui en activité, et fournit la brasserie d’Orval… On peut aussi la goûter à la taverne de l’abbaye, à cinquante mètres des moines !

• Dans le logo de l’abbaye : puisqu’il représente une truite tenant un anneau dans sa bouche !

Ci-dessous la légende d’Orval, représentée sur un mur du musée de l’abbaye.

L’histoire de l’abbaye d’Orval

On ne sait pas bien pourquoi (les archives manquent), mais quarante ans après le passage de Mathilde, les moines bénédictins quittent le prieuré. Une communauté de chanoines les remplacent donc. Ceux-ci désirent rapidement devenir moines et rejoindre l’ordre des cisterciens, créé quelques années auparavant. L’abbaye d’Orval devient ainsi la deuxième fille de l’abbaye des Trois-Fontaines, la première fondation de Bernard de Clairvaux, et la première abbaye cistercienne de la région ! Bien vite, les bâtiments sont agrandis. L’église est terminée avant 1200, et le domaine agricole s’agrandit petit à petit. Une bibliothèque est créée, et les moines y copient livres et manuscrits à longueur de journée. Mais les moines sont pauvres et endettés, perdus au milieu de la forêt ardennaise. Au cours des siècles, ils endurent un incendie, et l’abbaye est plusieurs fois pillée à cause des conflits dans la région, par exemple en 1637, lors de la guerre de Trente Ans.

Au XVIIe siècle, les moines adoptent la réforme de l’abbaye de la Trappe, et deviennent donc trappistes : travaux manuels pour tous, abstinence de viande, jeûnes plus fréquents et plus longs… Cela semble payer, car les moines partent même fonder d’autres abbayes, tout en restant plus d’une centaine sur place !

Au XVIIIe siècle, l’abbaye tombe peu à peu dans le jansénisme, une doctrine condamnée par le pape en 1713. Une très grande partie des moines d’Orval refusent cette condamnation. Le pape envoie alors des émissaires en 1735, mais une quinzaine de moines prennent la fuite de nuit et se réfugient auprès d’un évêque janséniste. Ils créent leur propre communauté, la « communauté orvaliste ». Le calme revient alors à l’abbaye. Celle-ci développe une industrie sidérurgique, en profitant des ressources de son domaine.

Mais à la Révolution française, en 1793, l’abbaye est incendiée et pillée et la communauté dispersée. Les pillards seront sans pitié, car le bruit court dans la région que l’on a vu les moines enterrer dans le sol, juste avant de fuir, des calices et des ciboires en or… Ils ne les trouveront jamais. Ce ne sera qu’en 1926 que des moines reviendront donner vie à l’abbaye, en reconstruisant à côté des ruines de nouveaux bâtiments. Ils se lanceront bien vite dans le brassage de leur célèbre bière, l’Orval !

Ci-dessus, les nouveaux bâtiments de l’abbaye d’Orval. Les ruines peuvent encore se visiter, juste à côté de l’actuelle construction.

3 choses à savoir sur la bière trappiste Orval

1) C’est une vraie bière trappiste !

Pour qu’une bière soit « bière trappiste », elle doit avoir sur son étiquette le logo « Authentic Trappist product » qui garantit trois choses :

La bière Orval est brassée au sein de l’abbaye, par les moines trappistes ou sous leur strict contrôle, et ses bénéfices sont reversés pour faire vivre les moines. Les excédents sont donnés à des œuvres caritatives !

2) Elle est rarissime !

La bière Orval est une denrée rare. Pourquoi ?

• Parce que sa production est limitée, par respect de la tradition. En effet, pour être trappiste, la bière doit être brassée au sein de l’abbaye. Or l’espace y est limité ! Les moines se sont aussi engagés à ne produire que ce dont ils ont besoin pour vivre, pour ne pas entrer dans une logique de business !

• Parce que sa demande est plus importante que sa production. En effet, les moines ne produisent qu’environ 78 000 hl par an. Or la demande de bière Orval a augmenté de 70 % ces dernières années !

• Parce que la rareté entretient la rareté : la raréfaction de l’Orval crée et augmente le désir de s’en procurer, tout simplement !

3) Elle est classée parmi les meilleures du monde, grâce à ses ingrédients

L’Orval est en effet notée 99/100 sur le site RateBeer, un site d’experts qui classent et notent plus de 200 000 bières du monde entier, parmi plus de 16 000 brasseries !  Sur ce même site, elle est aussi 2ème au classement du « Top 50 des “Belges Ale” » ! D’où vient ce succès ?
De ses ingrédients. Son eau est unique au monde : les moines utilisent en effet l’eau de la source Mathilde !

Son houblon est aussi spécial : il est un mélange de houblons allemand et yougoslave, car le tout premier maître-brasseur d’Orval (et inventeur de la recette !) était originaire de Bavière. Il a donc importé ses ingrédients de chez lui ! Et c’est une méthode anglaise de houblonnage à cru qu’il a mise en place pour l’Orval !

Enfin, la levure de l’Orval est bien particulière : ce sont des Brettanomyces ! Ses souches sont conservées dans le laboratoire de la brasserie d’Orval. Elles permettent d’apporter à la bière un goût acide, sans utiliser des bactéries, ou sans les faire vieillir longtemps. Pratique non ?

Crédit photo : DR
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