Miguel Jean : « Le mot PMA n’existe pas dans la loi de bioéthique » [Interview]

Breizh-Info s’arrêtera le 31 décembre s’il manque 30 000 euros

Depuis 2013, vous lisez Breizh-Info gratuitement. Le journal ne vit que de ses lecteurs : sans votre soutien d’ici la fin de l’année, il n’y aura pas de Breizh-Info en 2027.

44 300 € réunis sur 60 000 € (74 %) — il manque encore 15 700 €.

Publicité

Donner par PayPal
Virement ou chèque

Lire l’appel en entier

Chers lecteurs, chères lectrices,

Les caisses de Breizh-Info sont vides. Pour tenir une année de plus, il nous faut 30 000 euros avant le 31 décembre. Si cette somme n’est pas réunie, le site cessera de paraître, 13 ans après sa fondation.

Depuis 2013, Breizh-Info vous informe chaque jour, en accès libre : des articles, des enquêtes, des entretiens, une revue de presse quotidienne, et une voix bretonne qui dit ce que la presse installée tait ou travestit.

Pas un euro d’argent public

Pendant que les grands titres de la presse encaissent chaque année les aides publiques, Breizh-Info fonctionne sans subvention d’État, sans milliardaire actionnaire et sans la manne publicitaire des grands groupes. Cette indépendance a un prix : nous ne dépendons que de vous. Quand les dons ne suivent pas, personne ne vient combler le trou.

30 000 euros d’ici le 31 décembre

Cette somme correspond à une année de fonctionnement du journal, ni plus ni moins. Si chaque lecteur attend que les autres donnent, personne ne donnera. 2 minutes suffisent, ce soir plutôt que la semaine prochaine. 10 euros, 50 euros, 100 euros, 1 000 euros : chaque don compte. Et si vous le pouvez, optez pour un virement mensuel : c’est ce qui permet au journal de voir plus loin que le mois suivant.

Comment donner

PayPal : faire un don en ligne ([email protected])

Virement (mensuel si possible), à l’ordre de ASPA (pour Breizh Information)
IBAN : FR76 1220 6004 0056 0172 3120 604

BIC : AGRIFRPP822

Chèque à l’ordre de Breizh Information ASPA : BP 201, 29834 Karaez/Carhaix Cedex

Publicité

Miguel JEAN est maître de conférences des Universités et praticien hospitalier au CHU de Nantes. Après vingt-cinq ans consacrés à la prise en charge médicale des couples infertiles, dont dix ans comme chef du service de Biologie et Médecine de la reproduction, il est aujourd’hui responsable de la Consultation d’éthique clinique. En janvier 2015, il a été nommé directeur de l’Espace de réflexion éthique des Pays de la Loire.

Le 22 juin, il animera une conférence à Pornichet, à l’invitation de l’ECLAT, sur le thème « La médicalisation du désir d’enfant : des limites ? Quelles limites ? » (voir l’annonce ici). Il y sera notamment question de l’AMP, l’assistance à la procréation médicalisée.

Nous l’avons interrogé à ce sujet.

Breizh-info.com : Dans quel cadre et pour quel objet intervenez-vous à Pornichet samedi ?

Miguel JEAN : La conférence est en lien avec l’actualité. Son titre est « La médicalisation du désir d’enfant : des limites ? Quelles limites ? » C’est en lien avec l’éventuelle modification de la loi de bioéthique, et la possibilité  d’ouvrir l’assistance médicale à la procréation (AMP) aux femmes seules et/ou aux couples de femmes.

L’annonce a été faite récemment par le Premier ministre, avec une discussion parlementaire prévue en septembre (conseil des ministres en juillet). C’est aussi ce qui était dans l’avis du CCNE (Comité Consultatif National d’Éthique) qui ne s’y était pas opposé. C’est également une proposition du candidat Emmanuel Macron à la Présidence de la République. C’est un sujet qui devrait trouver une réponse parlementaire avant la fin de l’année.

Breizh-info.com : En tant que médecin, spécialiste de la question, que pensez-vous de ce processus d’AMP, que d’autres nomment PMA ?

Miguel JEAN : Le mot PMA n’existe pas dans la loi de bioéthique. On parle d’AMP. Le mot PMA a été inventé probablement par des journalistes. Le terme utilisé dans la loi de 2011 actuellement en vigueur est celui d’assistance médicale à la procréation.

Aujourd’hui, il est impossible en France pour les couples de femmes d’accéder à l’AMP. Mais elles peuvent en bénéficier si elles franchissent les frontières, direction la Belgique ou l’Espagne. C’est une iniquité dans la mesure où celles qui ont les ressources nécessaires (pas seulement financières) peuvent trouver une réponse à leur demande dans les pays voisins, mais pas celles qui n’ont pas les ressources suffisantes. Et qui ne pouvaient donc pas bénéficier de réponse médicale à leur désir d’enfant.

L’opinion par ailleurs semble plutôt favorable à cette ouverture de l’AMP aux couples de femmes et aux femmes seules.

Breizh-info.com : Quels sont selon vous, en tant que médecin, les avantages et les inconvénients d’une telle pratique ?

Miguel JEAN : Je n’y vois ni inconvénient ni avantage, mais une évolution logique des choses dès lors que c’est déjà en vigueur pour peu que l’on franchisse les frontières. Il y avait une injustice à ne pas permettre à toutes ces femmes qui ont un désir d’enfant de pouvoir bénéficier d’une réponse médicale.

Breizh-info.com : Qu’est-ce que l’AMP techniquement ?

Miguel JEAN : C’est un ensemble de réponses médicales proposées face à une infertilité, c’est-à-dire à une difficulté à procréer. On peut considérer qu’il existe des indications médicales à l’AMP, celles que connaissent les couples hommes/femmes qui ont des difficultés à avoir un bébé. Mais aussi des indications qui ne sont pas strictement médicales, je pense notamment à l’infertilité, vécue par un couple de femmes. Qui n’est pas lié à une maladie, mais à une impossibilité biologique. L’AMP constitue cet ensemble de réponses médicales.

Dans cet arsenal médical, on trouve l’insémination artificielle (Des spermatozoïdes sont déposés dans les voies génitales féminines pour créer leur rencontre avec l’ovocyte). Mais aussi la fécondation in vitro. C’est à dire la réunion des cellules sexuelles au laboratoire. L’embryon obtenu in vitro est ensuite déposé dans les voies génitales féminines en espérant qu’il veuille bien s’y installer.

Les techniques d’AMP sont connues depuis longtemps. Et largement utilisées à travers le monde.

Breizh-info.com : Que dites-vous à ceux qui estiment qu’il y a une question d’éthique, un danger ? Que l’AMP ouvrirait la voie à d’autres pratiques, comme la GPA…

Miguel JEAN : La GPA (Gestation pour autrui) est souvent évoquée, lorsqu’on parle de l’ouverture de l’AMP aux couples de femmes.  Le raisonnement fréquemment entendu est le suivant : si l’AMP est autorisée pour les couples de femmes, alors, par souci d’équité, il faudra l’autoriser pour les couples d’hommes.

Est-ce que cela doit constituer un obstacle à l’ouverture aux couples de femmes ? En clair, faut-il leur interdire l’AMP pour  éviter la GPA ? Aujourd’hui, je ne suis pas favorable à la GPA même si ma conviction peut évoluer. Cela pose des tas de questions que je n’ai pas totalement résolues.

Breizh-info.com : Y a-t-il consensus sur la question au sein du corps médical, plus globalement sur la loi à venir ?

Miguel JEAN : On ne peut pas parler de consensus. La communauté médicale est une somme d’individus, de représentations, de conceptions qui peuvent être différentes. Je ne peux évidemment pas parler au nom de tous les professionnels de l’AMP. Beaucoup de mes collègues sont plutôt favorables à une modification de la loi qui permettrait à toutes les femmes d’accéder à l’AMP.

Si la loi permet une pratique médicale cohérente, adaptée et respectueuse des personnes, et à ce titre, alors elle a du sens et j’y suis favorable.

Breizh-info.com : Avez-vous une idée de la demande, en termes d’AMP, sur Nantes, vu que c’est là que vous exercez ?

Miguel JEAN : Je ne suis pas en mesure aujourd’hui de répondre à cette question et de prévoir le nombre de demandes de femmes seules ou de couples de femmes. Le centre d’AMP du CHU de Nantes propose aujourd’hui toutes les techniques disponibles dans le domaine de la médicalisation du désir d’enfant y compris le don d’ovocytes et de spermatozoïdes. Si la loi devait être modifiée, il réunit toutes les compétences techniques mais surtout humaines pour accueillir ces nouvelles demandes.

Propos recueillis par YV

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

Publicité
Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Les commentaires sont fermés.

Publicité

LES DERNIERS ARTICLES

A La Une, International

Tamara Milenković après la victoire de la Liste étudiante en Serbie : « Vučić n’était ni nationaliste ni patriote » [Interview]

Sport

Route du Rhum : Tom Laperche triomphe en Guadeloupe et pulvérise le record

Sociétal

L’Erreur de la Droite (Philippe Herlin) : et si le conservatisme était le piège de la droite ?

Rugby, Sport

Top 14 : le RC Vannes défie l’UBB, double championne d’Europe, à La Beaujoire

Culture, Culture & Patrimoine

Vendetta, Corse, vignes et filiation : La Terre et le Sang, la série qui ose parler d’enracinement

Politique

Muriel Jourda (LR) ne partira pas en vacances en Corse

Sciences

Astronomie : Hubble et James Webb percent le mystère de la « Queue du Chat »

Gastronomie, Patrimoine

Meilleur Apprenti Cuisinier de France : Pierre Duneau représentera la Bretagne en finale

Le Mag', Sociétal

On a testé Mallow, cette enceinte de jeux sans écran qui captive les enfants… et leur fait oublier les tablettes

Animaux

Chiens et chats : les races préférées des Bretons en 2026

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Sciences

De la métaphysique aux serveurs : les philosophes entrent dans l’industrie de l’IA

Découvrir l'article

Sociétal

Intelligence artificielle et mathématiques : des chercheurs du monde entier lancent un appel solennel pour préserver l’intégrité de la discipline

Découvrir l'article

Religion

Vatican. Le pape Léon XIV crée un groupe de travail sur l’intelligence artificielle et s’apprête à publier sa première encyclique

Découvrir l'article

Sociétal

Pourquoi le libéralisme est condamné à détruire ce qu’il prétend libérer

Découvrir l'article

LA BAULE

La Baule. Une conférence pour « comprendre l’IA » sans fantasmes ni naïveté, le 21 février

Découvrir l'article

A La Une, International

Patrick Daniška (Institut pour les droits humains et la politique familiale) : « L’Islam n’est pas compatible avec la civilisation occidentale » [Interview]

Découvrir l'article

International

Slovénie : les électeurs rejettent la loi sur l’euthanasie et stoppent net le projet du gouvernement

Découvrir l'article

International

Débat en Écosse : un rapport sur la réforme de la loi sur l’avortement ravive les tensions politiques et éthiques

Découvrir l'article

Sociétal

L’intelligence artificielle : un enjeu majeur pour la Chine, qui veut devenir le leader mondial

Découvrir l'article

Sciences

Perseverance, une année sur Mars

Découvrir l'article

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.