La revue Histoire magazine sort un numéro spécial « Guerres de Vendée » qui vaut le détour, pour ce trimestre estival 2019.

Pour vous donner un avant-goût, voici la présentation qu’en fait Sylvie Dutot, rédactrice en chef du magazine – que vous trouverez chez votre marchand de journaux préféré.

Dans ce numéro presqu’entièrement dédié aux guerres de Vendée, nous avons réuni les meilleurs spécialistes, comme nous en avons coutume, pour raconter et expliquer les évènements dramatiques qui émaillèrent la période 1793-1801 et menèrent à la disparition de 170 000 Vendéens du fait des combats, des massacres, de la maladie et de la faim, soit près d’un tiers de la population de la « Vendée militaire », auxquels s’ajoutent 20 000 morts du côté des troupes républicaines. De ces affrontements débutés en mars 1793 ont émergé des héros, les héros de la Vendée, qui sortis d’une existence dans laquelle rien a priori ne les prédestinait à connaître la gloire, se sont révélés être des meneurs d’hommes, multipliant au fil des combats les actes de bravoure. Cathelineau, Stofflet, Lescure, Bonchamps, d’Elbée, La Rochejaquelein, Charrette, et quelques autres ont marqué les esprits. La plupart périrent jeunes. Car cette armée-là ne fut pas victorieuse. Les Vendéens sont anéantis à Savenay face aux troupes de Westerman les 23 et 24 décembre 1793, après la bataille et les massacres du Mans dix jours plus tôt.

L’armée des Blancs n’est plus et pourtant une terrible répression va finir d’anéantir ce qui reste de la Vendée. Car la folie meurtrière s’est emparée des esprits et il s’agit maintenant pour la Convention et les robespierristes de transformer en désert le périmètre initial de la Vendée militaire. « Détruisez la Vendée » lance Barère. Turreau est aux ordres et à la manœuvre avec ses colonnes infernales, Carrier entreprend ses noyades à grande échelle. Tous les moyens sont bons pour anéantir « la race rebelle » hommes, femmes, enfants, vieillards, tout y passe sans distinction. L’exécution de Robespierre met fin à la Terreur à la fin juillet 1794. Il est permis de penser, aujourd’hui, à distance des évènements, et à la lumière des nombreuses études réalisées depuis, que l’on peut, sans déclencher une polémique, admettre l’intention génocidaire de la République. À ce titre, l’étude de Jacques Villemain, juriste spécialiste dans les questions relatives aux juridictions pénales internationales ne laisse plus de place à la moindre ambiguïté.

Parmi les intervenants ayant collaboré à ce numéro, vous retrouverez notamment Jean-Joël Brégeon, mais aussi Jacques Villemain, Reynald Secher, Yann Le Bohec, Jean-Christophe Petitfils, Michel Chamard, et quelques autres.

3 questions à Sylvie Dutot, rédactrice en chef d’Histoire magazine

Breizh-info.com : Pouvez-vous présenter Histoire Magazine et dresser un premier bilan presque anniversaire ?

Sylvie Dutot : Il est vrai qu’Histoire Magazine souffle sa première bougie cet été !  Le n°1 est arrivé dans les kiosques de France et de Belgique en juillet dernier, il est tiré à 30 000 exemplaires. C’est un magazine d’histoire assez unique en son genre, qui privilégie la forme de l’interview, donne la parole aux historiens. Dans chaque numéro, un thème différent est abordé, parfois en lien avec l’actualité comme notre numéro consacré à Toutankhamon, à l’occasion de la grande exposition à Paris. Pour cela, nous faisons appel aux meilleurs spécialistes, historiens, archéologues. Il est question aussi de toute l’actualité des livres, des expositions et de rubriques animées par des chroniqueurs de premier plan comme Nathalie Helal, pour l’histoire de la gastronomie, Clémentine Portier-Kaltenbach, historienne et chroniqueuse télé par ailleurs, ou Guy Stavridès et sa chronique livre. 

Des articles signés d’historiens de renom abordent les différentes périodes de l’histoire. L’ensemble en fait un magazine très « digeste » dans sa forme, adapté aux nouveaux usages de lecture, avec un contenu de très bon niveau. Les retours des lecteurs sont très positifs, et les historiens manifestent leur satisfaction de participer à cette aventure éditoriale.

Breizh-info.com : Comment parvenir, parmi la somme imposante de magazines d’Histoire, à percer ?

Sylvie Dutot : C’est en effet très compliqué de se distinguer lorsque l’on se retrouve dans le rayon Histoire des maisons de la presse parmi 80 autres titres, d’autant que les éditeurs semblent avoir de moins en moins de prises sur la distribution qui est devenue problématique. En ce qui nous concerne, c’est le bouche à oreille principalement qui nous permet d’être reconnus parmi les principaux titres d’histoire sur le plan qualitatif. Mais le magazine est encore jeune, et nous avons une énorme marge de progression. Les historiens, séduits je pense par la qualité et la formule, nous ont fait confiance.

Certains nous connaissaient déjà par le magazine numérique France Terres d’Histoire qui a précédé la version papier Histoire Magazine. Des historiens comme Jean-Christian Petitfils, Patrice Gueniffey, Yann Le Bohec, Thierry Lentz, Eric Teyssier et quelques autres collaborent régulièrement à la publication. Ainsi, dans ce numéro, on peut lire en exclusivité un des chapitres du dernier ouvrage paru de Jean-Christian Petitfils « Les énigmes de l’histoire du monde » aux éditions Perrin, ou un  article signé Yann Le Bohec, professeur émérite de la Sorbonne qui a des origines bretonnes et est un des plus grands spécialistes en Europe de l’Histoire romaine.

Breizh-info.com : Pourquoi ce numéro spécial sur la Vendée ?

Sylvie Dutot : A cela plusieurs raisons. J’avais envie depuis longtemps de traiter de cet épisode des guerres de Vendée qui s’inscrit dans l’histoire de la Révolution française et dont on commémore les 230 ans cette année et j’étais très intéressée par le travail de recherches mené par les historiens, (et notamment ceux du Centre Vendéen de Recherches Historiques, qui émane de la Sorbonne) sur cette question qui fait polémique depuis plus de 30 ans : la question du génocide vendéen, même si pour les Vendéens la question ne fait plus débat. Depuis la sortie de ce numéro spécial guerres de Vendée, je me suis rendu compte que le public avait une connaissance assez sommaire de cet épisode de la Révolution. Il faut dire que, sitôt après les massacres dont l’ampleur marque les prémices des grands massacres de masse du XXe siècle, on a cherché à oublier et à faire oublier ces crimes de la révolution pour ne retenir que ses valeurs positives. Et cette « désinformation »  ou édulcoration de l’Histoire s’est poursuivie avec Michelet à la fin du XIXe siècle et tout le long du XXe siècle, sous l’impulsion des mouvements robespierristes encore très actifs aujourd’hui.  

170 000 personnes sans distinction, enfants bébés, femmes, hommes et vieillards, soit un tiers de la population de la Vendée militaire furent tués par ordre du Comité de salut public. Par endroit des villages entiers furent décimés. Les documents d’archives sont nombreux, indiscutables. Avec les historiens Michel Chamard, Jean-Joël Brégeon, Reynald Secher, le juriste Jacques Villemain et Patrice Gueniffey directeur d’études à l’EHESS nous abordons différents points : la raison du soulèvement de la population, les combats entre Bleus et Blancs, les massacres par les colonnes infernales ordonnés par le Comité de salut public, etc. Jacques Villemain, diplomate et juriste expert dans les questions touchant aux génocides auprès de l’ambassade de France à La Haye a examiné les faits au regard du droit pénal international et son analyse est passionnante.  Le « génocide » est une notion juridique qui doit être appréhendée en tant que telle.  Patrice Gueniffey nous livre une analyse remarquable de l’escalade de la violence en cette période révolutionnaire. Très éclairant aussi, l’article de Pascal Cyr, l’historien québécois spécialiste de l’histoire napoléonienne qui évoque la Vendée en 1815 alors qu’elle connaît de nouveaux troubles. J’espère que les lecteurs prendront autant de plaisir à lire ce magazine « spécial guerres de Vendée » que j’ai eu à le réaliser.

Crédit photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V