Jean-Yves Narquin prépare les municipales en Vendée [entretien]

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Ancien délégué général du Rassemblement Bleu Marine (RBM), Jean-Yves Narquin partage sa vie entre Villedieu-le-Château (Loir-et-Cher) dont il est maire, et Noirmoutier où il a de la famille. Le Rassemblement national (RN) de Vendée vient de le recruter comme directeur de campagne des municipales dans le département. Entretien.

Breizh info : Jean-Yves Narquin, pouvez-vous vous présenter ?

Jean-Yves Narquin : J’ai collé ma première affiche électorale en 1959, et j’ai fait de la politique depuis, d’abord aux côtés de mon père Jean Narquin, député d’Angers – j’ai été dix ans durant son attaché parlementaire – puis aux côtés de ma sœur Roselyne Bachelot. J’ai ensuite été coordinateur du think tank chargé du programme économique du FN aux côtés de l’eurodéputé européen Bernard Monot [région Centre], puis enfin délégué général du RBM jusqu’à sa fusion avec le Rassemblement National.

Breizh info : Vous êtes aussi maire d’une commune du Loir-et-Cher ?

Jean-Yves Narquin : Dans ma jeunesse, j’ai vécu dans le Maine-et-Loire et en Vendée, mais je me suis installé dans le Loir-et-Cher il y a dix-huit ans, quand j’ai rencontré ma femme. J’ai été sollicité pour devenir maire et je le suis depuis deux mandats. J’ai décidé de ne pas me représenter en 2020.

Breizh info : Pourquoi ?

Jean-Yves Narquin : J’ai beaucoup donné de ma personne. Je viens de prendre ma retraite, j’ai arrêté de travailler au Parlement européen et à Paris, et je veux en profiter. Et puis mon père estimait qu’il ne fallait plus être candidat après 65 ans, j’entends lui rester fidèle. Douze ans c’est très bien, et j’en ai épuisé les charmes : on a souvent les mêmes embêtements que les maires des grosses communes, mais sans les moyens pour les gérer.

Breizh info : À Villedieu, vous n’êtes pas très loin de la papeterie Arjowiggins dont la déconfiture industrielle fait actuellement couler tant d’encre.

Jean-Yves Narquin : Effectivement. D’ailleurs le Loir-et-Cher est très caractéristique de la France des oubliés, de la désertification. Si nous avons conservé l’épicerie car elle est communale, la banque a fermé, la poste aussi, les médecins du bourg d’à côté prennent leur retraite et ne sont pas remplacés… On a l’impression d’être juste autorisé à payer tous les ans un peu plus d’impôts pour toujours moins de services. Pour en revenir à Arjowiggins, beaucoup de gens de Villedieu y ont travaillé, y compris mon fils. Plein de familles vont se retrouver sur le sable. Autour, à part Radiall qui appartient à Gattaz à Château-Renault, c’est la morne plaine. Tout ferme, y compris à Château-Renault où le reste de la zone artisanale est bariolé de panneaux « À vendre ».

Breizh info : La Vendée, comme la Loire-Atlantique d’ailleurs, est-elle, à l’inverse, le symbole de la France qui réussit ?

Jean-Yves Narquin : J’ai passé une grande partie de mon enfance à Noirmoutier, où ma femme a de la famille. C’est pourquoi j’ai accepté de coordonner la campagne des municipales du RN dans le département. Et je reste connu à LR où je ne suis pas vu comme un RN pur et dur, je suis un peu une passerelle.

Breizh info : LR qui semble avoir pris un mur lors des européennes, y compris en Vendée… Quelle est votre analyse ?

Jean-Yves Narquin : Ils ont subi une perte de substance pour avoir oublié leur programme. En 1990, le RPR et l’UDF demandaient l’arrêt de l’immigration, des prestations sociales réservées aux Français, un islam compatible avec la République… Depuis lors, les électeurs de droite n’ont vu que des trahisons par rapport aux engagements pris, le Kärcher de Sarkozy s’est avéré bouché, etc. Le plus falsificateur de tous a été Chirac, qui n’a fait que de l’immobilisme pendant ses deux mandats. La trahison politique a pesé.

Breizh info : Aujourd’hui, une partie de la droite s’est tournée vers Macron, notamment des maires de Bretagne et des régions voisines.

Jean-Yves Narquin : Tous ces gens vont à la gamelle, ce sont des opportunistes, des girouettes. En Loir-et-Cher, mon député est Maurice Leroy, comme girouette politique, y a pas mieux, c’est un vrai cobra.

Breizh info : Les Républicains ont-ils un avenir selon vous ?

Jean-Yves Narquin : Uniquement s’ils comprennent qu’il faut une union des droites comme stratégie électorale, afin de prendre le pouvoir avec le RN. À eux de créer une structure, un « sas de décontamination » pour ce faire. Du reste, la droite ne s’est jamais aussi bien portée que quand elle avait deux partis, le RPR comme noyau et l’UDF comme voiture-balai de tous les opportunistes. Il faudrait à mon sens une confédération molle qui en reprenne le sens, avec le CNIP le PCD etc.

Breizh info : Justement, Bruno North, président du CNIP, affirme dans nos colonnes que son parti soutiendra le RN s’il s’agit de prendre des villes à la gauche. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Yves Narquin : C’est bien, mais il y a toujours des problèmes d’ego, c’est fatigant. Mais celui qui peut mettre tout le monde d’accord, c’est Thierry Mariani, c’est l’homme de la situation.

Breizh info : l’Union de la droite a aussi son Alsace-Lorraine, celle à laquelle tout le monde pense toujours sans jamais en parler, j’ai nommé Marion Maréchal. Qu’en dites-vous ?

Jean-Yves Narquin : Je pense, et je l’ai validé auprès d’un certain nombre de gens de LR ou ex-LR qui sont unanimes : si c’est Marion on se met tous derrière elle et sans discussion. Elle a une aura indiscutable, c’est impressionnant.

Breizh info : Pensez-vous qu’elle va revenir en politique sous peu ?

Jean-Yves Narquin :   Qu’elle continue sa stratégie de l’Arlésienne, sans se montrer, des cartes postales de temps à autre, quand on sera rendu en 2021 on en reparlera. Pour l’heure elle s’occupe de l’ISSEP à plein temps.

Breizh info : Dans nos colonnes encore, le financier libéral Charles Gave a plaidé pour un « programme commun de la droite ». Qu’en pensez-vous ?

Jean-Yves Narquin : Il s’écrit en une demi-journée sur un coin de table.

Breizh info : Et vous y mettriez quoi, si vous aviez à l’écrire ?

Jean-Yves Narquin : Quatre piliers. La souveraineté déjà : redéfinir ce qui est négociable ou non vis à vis de l’Union européenne. L’immigration ensuite : on la stoppe, on déchoit les nationalités des délinquants et on met du monde dehors. La France n’a pas besoin d’être envahie. Aujourd’hui, le budget social de la France, c’est 900 milliards d’euros, nous sommes le pays le plus socialiste du monde et cela profite essentiellement aux gens issus de l’immigration. Il y a 70 millions de français mais 120 millions de numéros de sécu [en réalité 114, mais pas tous actifs], c’est curieux.

Breizh info : Quels autres piliers inscrirez vous dans ce programme commun ?

Jean-Yves Narquin : La défense du rôle de l’État dans la mondialisation et face au libéralisme économique : il ne s’agit pas d’une vision soviétique, mais de la défense des secteurs stratégiques de l’économie, face auxquels le libéralisme doit s’arrêter. Macron, lui, est le chantre du tout est à vendre, le grand liquidateur du magasin France.

Breizh info : Et comme quatrième pilier ?

Jean-Yves Narquin : La démocratie. Redéfinir la séparation des pouvoirs. Garder l’ENA mais supprimer la mise en disponibilité des fonctionnaires qui permet à certains de faire une carrière politique sans jamais exercer leur métier d’origine. J’irais plus loin dans la transparence aussi : on demande aux gens de faire des déclarations d’intérêt, mais il faudrait surtout qu’ils publient l’ensemble de leurs appartenances et obédiences.

Breizh info : Comme en Angleterre ?

Jean-Yves Narquin : Ils demandent une démission préalable avant d’être candidat [cela semble ne plus être appliqué aux juges depuis 2009], on n’irait pas jusque là.

Breizh info : Et vous, vous faites partie d’une obédience ?

Jean-Yves Narquin : On me l’a bien proposé vingt fois, j’ai toujours refusé. J’estime que c’est une perversion de la démocratie. J’ai vu un tas de dossiers incompréhensibles dans ma carrière, avec des décisions aberrantes, et quand on creusait, on retrouvait les Frères et des arrangements derrière le décor. Dans une obédience, on exige le secret et la fraternité envers les membres, ce qui me semble incompatible avec des fonctions d’autorité – juges, commissaires de police… ‑ qui doivent obéir à la loi avant tout.

Breizh info : Depuis plus de six mois, les Gilets jaunes manifestent de samedi en samedi. Si aux revendications d’origines, issues de la France périphérique et des chefs de petites entreprises écrasés de charges ont succédé, surtout dans les grandes villes, des demandes qui sont plus proches des programmes politiques d’extrême-gauche, une revendication, le RIC, a traversé le mouvement jusqu’à aujourd’hui. Qu’en pensez-vous ?

Jean-Yves Narquin : J’en suis tout à fait partisan. De Gaulle a quitté le pouvoir un soir de referendum perdu, et pour les vrais gaullistes, la souveraineté populaire est inviolable. Elle a été violée par le traité de Lisbonne, ratifié malgré le non au référendum de 2005. Les moyens modernes permettent une démocratie beaucoup plus active, à l’image des enquêtes omnibus suisses. Avec internet, on pourrait faire des consultations régulières.

Breizh info : Vote et technologies nouvelles font mauvais ménage en France. On se souvient des machines à voter : elles font gagner du temps par rapport au dépouillement papier, mais peu de communes y sont encore… dont quelques une en Loire-Atlantique.

Jean-Yves Narquin : Le pouvoir voit dans la pesanteur des opérations de vote un argument pour refuser toute consultation intermédiaire. On dit aux gens que c’est trop lourd et qu’ils n’ont qu’à voter tous les deux ans. Entre-temps le pouvoir fait ce qu’il veut. Ce n’est pas ainsi qu’on ira vers une démocratie moderne.

Breizh info : Pour les municipales, le RN part déjà en ordre de marche, il y a t-il déjà des espoirs dans certaines communes ?

Jean-Yves Narquin : Le but, ce n’est pas de planter des drapeaux sur une carte, mais de mettre un certain nombre de conseillers municipaux dans des équipes. Je suis maire de Villedieu et ma première adjointe est PS, on s’entend très bien pourtant, et je ne connais l’appartenance politique que de deux de mes colistiers, car ils sont venus me le dire. Nous voulons mettre en place des gens qui vont grimper dans les responsabilités. La vraie échéance, ce sont les régionales, là ce sera la minute de vérité pour LR.

Breizh info : L’union des droites aura bien sûr son importance ?

Jean-Yves Narquin : Nous ouvrons la porte, la balle est dans leur camp. En Vendée, certains sont déstabilisés et se disent que le moment est venu de franchir le Rubicon. Il y a des communes où l’on va faire des alliances intéressantes.

Breizh info : Dans une partie de la Vendée et en Loire-Atlantique autour de l’agglomération nanto-nazairienne, LREM semble indéboulonnable, qu’en pensez-vous ?

Jean-Yves Narquin : Il y a un camp bobo friqué qui va se retrouver autour de Macron et une droite populaire qui aspire les forces de gauche. Elle l’emportera à terme quand la baudruche Macron se sera dégonflée, car cette illusion disparaîtra nécessairement. Aujourd’hui, LREM est le parti charnière, mais il va se faire manger par les deux bords, et une gauche se reconstituera très probablement. Le macronisme sera alors entre le marteau et l’enclume.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : [cc] Trajan Dece, Wikimedia
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