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« Vannes, ville d’art, d’histoire et de drogue ». Traduction du ras-le-bol des habitants du coin, des panneaux vengeurs comme celui là on en trouve un peu partout dans le parc de Kermesquel, à Vannes. Chassés du parc de Kerizac en mars dernier, les trafiquants de drogue de Ménimur, quartier considéré comme « sensible » situé au nord de Vannes, se sont en effet réfugiés de l’autre côté de la route de Pontivy, dans le parc de Kermesquel. Un problème qui occupe fortement les forces de l’ordre, qui doivent recevoir des renforts.
« Parc stupéfiant de Kermesquel »
Ce mardi matin, des autocollants « parc stupéfiant de Kermesquel » sont apparus sur des pots de fleurs dans la ville de Vannes, tandis que des banderoles « Vannes la stupéfiante, l’overdose » étaient déployées aux abords de l’échangeur de Luscanen sur le contournement de Vannes. Dans la nuit du 12 au 13 juillet, c’est la statue d’Arthur de Richemont devant l’Hôtel de Ville qui a été enrubannée avec une banderole « Stop drogue », vite retirée. Mi-juin dernier, des banderoles « Insécurité Vannes drogue » et « Overdose dealers clients » étaient déployées, pour la troisième fois, sur des grands giratoires aux abords de Vannes-Nord.
Toutes ces actions sont l’œuvre du collectif des riverains de Kermesquel, très actif depuis l’intensification du trafic dans le parc en mars dernier. « Ce trafic était à Kerizac sous les tours, en contact direct avec les riverains, maintenant dans le parc les plus proches riverains sont à 200 mètres – et il y a aussi les usagers du parc », relève la police de Vannes. « Il n’y a pas de vols ni d’agressions, ils ressentent surtout un sentiment d’insécurité, et c’est normal qu’ils ne supportent pas le trafic de drogue. Par ailleurs les dealers jettent leurs détritus autour d’eux ».
La police mise à rude épreuve
La police, qui multiplie les descentes – la dernière avait eu lieu le 10 juillet mais n’a donné lieu à aucune saisie de drogue – est mise à rude épreuve du fait des spécificités du trafic. « Dans le parc, il y a des guetteurs tout autour et ils nous voient arriver à 200 mètres, ce qui n’était pas le cas à Kerizac. De plus, il y a toujours un guetteur, un qui rabat, un qui vend, la drogue est cachée, le dealer n’a jamais beaucoup de drogue ou d’argent sur lui », ce qui limite aussi les peines qu’il peut subir.
Par ailleurs, « la plupart des dealers sont mineurs, entre 14 et 17 ans, et viennent de Rouen, Rennes, Lorient etc. travailler quelques jours ou une semaine, se faire quelques centaines d’euros, d’autant qu’ils sont logés. Beaucoup sortent de foyers et sont désœuvrés, ils passent aussi la combine dans leurs foyers ». Une sorte de job d’été sur la côte, illégal certes mais bien moins fatigant que de ramasser les fraises ou être serveur dans un café.
« Ils sont de toutes origines, on a eu même une ou deux fois des mineurs isolés étrangers, mais c’est rare. Mineurs, ils risquent moins, la réponse judiciaire a ses limites. Les têtes de réseau, plus locales, connaissent bien les faiblesses de la loi ». Et le fait de recruter des jeunes venus d’autres villes rend aussi plus compliqué leur suivi socio-judiciaire.
« Une grosse usine qui recrute ses intérimaires de partout pour passer les pics de vente saisonniers »
« On est loin d’un deal de quartier classique, en bas des tours, où dealers, guetteurs et têtes de réseaux sont issus du même quartier, voire de la même communauté ou de la même famille, où ils ont leurs mêmes habitudes et il est plus facile de les surveiller – quand on voit untel, on sait qui et qui sont avec lui, et avec un peu de chance ils sont déjà tous connus », relève un policier vannetais. « Là, ça ressemble plus à une grosse usine qui recrute ses intérimaires de partout pour passer les pics de vente saisonniers ».
Quant aux clients, « ça va du jeune qui vient chercher son joint récréatif à l’ouvrier qui sort du chantier, rentre chez lui à quelques kilomètres de Vannes et vient prendre un peu de coke. Cette dernière s’est beaucoup démocratisée en vingt ans et il y a un énorme marché ». A Vannes, les revenus du deal de drogue sont estimés à 8 millions d’euros par an.
Pas de tirs samedi dernier dans le parc
Par ailleurs, si des riverains ont signalé des tirs dans le parc ce samedi après-midi – information reprise dans les colonnes de nos confrères du Télégramme – la police dément catégoriquement. « Nous n’avons eu aucun appel 17 à ce sujet, ni intervention sur d’éventuels tirs dans le parc », nous confirme un gradé.
Des renforts de police attendus
Face à l’intensification du trafic de drogue – à Ménimur et Kercado ces dernières années, dans le parc de Kermesquel ces derniers mois, le syndicat USG-Police a demandé des renforts d’effectifs dans le département. « C’est vrai qu’à Vannes il y a plusieurs foyers de vente de drogue, ça nous occupe beaucoup – alors que la ville est assez calme par ailleurs ».
Si les policiers sur le terrain sont actuellement 90 à Vannes – police en tenue et BAC compris – et que trois policiers partent en mutation, cinq sont arrivés au 1er juillet et 4 sont attendus le premier septembre. Soit six policiers de plus, qui vont renforcer les effectifs sur le terrain.
Louis-Benoît Greffe
Crédit photo : DR
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