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« À Brest, à ses Ambitions Océanes qui sont aussi celles de la France ». « L’activité des Hommes se tournera de plus en plus vers l’exploitation des mers que les ambitions des États chercheront à dominer afin d’en contrôler les ressources »

« Brest s’érige en capitale de l’océanographie »

« La géographie a peut-être fait de Brest un haut lieu de notre destin »

Charles de Gaulle, Brest, 1965 et 1969…

50 ans se sont écoulés depuis les paroles historiques du grand homme. Les mémoires se sont effacées… Seuls les écrits et les actes restent et démontrent, une fois de plus et dans un domaine qui nous est cher : la mer, la vision éclairée de Charles de Gaulle et sa volonté de faire de Brest le pôle majeur de nos activités et ambitions maritimes nationales.

Au moment où tant d’élus se contentent d’un service minimum sans risques en vue d’assurer leur réélection, demeurent sans noble ambition et déconnectés du monde réel, il m’a semblé nécessaire de rappeler que par l’engagement politique on obtient des résultats !

Cette vision s’est traduite, en son temps, par des gestes forts pour Brest et les Brestois :

  • Choix de l’Ile Longue (Rade de Brest) dès 1965 pour construire et implanter la base unique de notre dissuasion nucléaire sous-marine et où sont positionnés nos S.N.L.E (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins). Ce fût le plus grand chantier d’Europe !
  • Création du C.N.E.X.O (Centre National pour l’Exploitation des Océans) en 1967. L’ancêtre de l’I.F.R.E.M.E.R actuel qui positionne Brest et ses centaines de chercheurs en capitale de l’océanographie en France et en Europe !
  • Décision de créer l’Université de Bretagne occidentale (U.B.O). Réalisation dès 1971.       

De nombreux et nouveaux « cursus » spécifiques à la mer y sont enseignés depuis près de 40 ans pour certains ! Un pôle universitaire remarquable !

  • Renforcement majeur du rôle et des capacités de construction et réparation navales de l’Arsenal de Brest (D.C.N & D.C.A.N) qui, après la construction des 2 porte-avions « Clemenceau » et « Foch », fournit à la « Royale », pendant de longues années, l’essentiel de ses nouveaux bâtiments et l’entretien indispensable de ceux-ci.
  • Création en 1971 du service hydrographique et océanographique de la Marine (S.H.O.M). Siège à Brest. 500 Personnels en France et Outre-Mer, 5 navires opérationnels dont 2 en cogestion avec l’Ifremer.
  • Création en 1971 de l’E.N.S.I.E.T.A (École nationale supérieure des ingénieurs des études et techniques d’armement). E.N.S.T.A Bretagne aujourd’hui avec 1 000 étudiants chaque année !

En 10 ans seulement Brest est devenu le fleuron de nos ambitions maritimes !

Quand on y pense et que l’on compare ce qui a été fait depuis, en 50 ans, j’ai honte !

Depuis 50 ans nous avons reculé dans de nombreux domaines d’excellence…

La construction navale militaire est atone faute de budget nécessaire mis à la disposition de la Marine nationale pour commander les bâtiments dont nous avons immédiatement besoin. Même l’entretien de nos vaisseaux laisse à désirer… Tout le monde militaire en France s’accorde sur la nécessité de disposer d’un second porte-avions (à propulsion nucléaire ou pas) et de sa flottille, mais rien ne bouge au plus haut sommet de l’État… Brest est donc sacrifié ainsi que les principaux sites complémentaires de construction navale en France. Seul l’export et la maintenance de nos sous-marins permettent encore de maintenir une activité et de conserver ainsi le savoir-faire de Naval Group… Jusqu’à quand ?

Le coût de construction du porte-avions est qualifié d’insupportable pour le budget national par nos dirigeants… Mais il correspond à peu de chose près au coût global sur plusieurs années de l’immigration imposée aux Français et à l’assistance extérieure non contrôlée généreusement fournie sans la moindre contrepartie… Peut-être faut-il faire un choix ?

Brest n’existe que par la volonté de l’État et pour servir les ambitions de l’État. Quel qu’il soit. Depuis l’Empire Romain, Anne de Bretagne, Richelieu, Colbert, Napoléon et Charles de Gaulle, Brest est tributaire « du politique ». Sans vision et sans participation de l’État, Brest ne peut survivre économiquement. Il est maintenant plus que temps que nos « décideurs politiques » s’en souviennent car nous sommes en train de crever !

Le monde qui nous entoure change vite et dangereusement ! Un Contrat d’avenir doit être soumis aux Brestois afin qu’ils se saisissent des sujets majeurs de leur survie et les portent, élection après élection, jusqu’au plus haut sommet de l’État afin que ce dernier soit à la hauteur de ses responsabilités !

Quelques-uns ont retenu plus que mon attention et je voudrais ici vous les présenter :

La France première puissance maritime mondiale !

Tout d’abord, peu de gens savent que nous serons très bientôt la première puissance maritime mondiale ! Nous sommes actuellement seconds, avec plus de 11 millions de kilomètres carrés de surface maritime. Juste derrière les États-Unis qui en contrôlent moins de 12 millions…

Grâce à nos territoires d’outre-mer, vestiges de notre empire colonial, et notre présence sur toutes les mers du globe, la Zone économique exclusive (Z.E.E) de la France est la deuxième mondiale. Cette Z.E.E nous offre de formidables possibilités de développement économique dans la zone des 200 milles (370 kimomètres) distante de nos terres et de nos îles et où les ressources halieutiques, les fonds sous-marins et les sous-sols sous-marins peuvent être exploités exclusivement par la France, dès maintenant, mais aussi dans le futur quand les moyens techniques adaptés le permettront…

Nous allons devenir premier, car les travaux effectués récemment par nos chercheurs, ceux de l’IFREMER au premier plan, nous ont déjà permis d’étendre de 579 000 kms 2 (la taille de la Métropole) la Z.E.E Française (dont 423 000 kms 2 au large des Kerguelen notamment).

Leurs travaux ont été validés sur le plan international et sont conformes au Traité de Montego Bay qui définit les possessions maritimes des États en tenant compte aujourd’hui de la possible extension du plateau continental dans la définition de la Z.E.E.

Les dossiers français en cours d’évaluation par les instances internationales concernent encore plusieurs centaines de milliers de kilomètres carrés qui, s’ils nous sont accordés, nous ferons dépasser les États-Unis et donc prendre la première place du podium mondial !

Cependant, nous ne consacrons que 25 millions d’euros d’investissements par an pour les études relatives à l’élargissement de notre plateau continental quand le Danemark y consacre 100 millions, le Canada 150 millions, la Russie 200 millions et le Japon 750 millions ! Quant à la Chine, actuellement à la 10ème place, elle s’efforce de rattraper son retard par des moyens largement discutables…

La course est donc engagée mondialement pour la possession et le contrôle des mers et de ses ressources. La France doit redevenir une réelle puissance maritime de premier plan sur les mers et pas seulement sur le papier !

Pourquoi le contrôle des mers ?

La mer est notre avenir et celui des générations futures !

5 % des fonds marins et 15 % seulement de la biodiversité marine nous sont connus ! Imaginez l’immense potentiel de découvertes qui s’ouvre à nous dans le futur et les applications possibles dans de nombreux domaines scientifiques mais aussi économiques !

17 % de la population mondiale dépend du poisson ! Ce chiffre en augmentation constante nous force à protéger nos ressources halieutiques et donc à sécuriser sérieusement nos espaces sur toutes les mers à l’intérieur de nos Z.E.E mais aussi en haute mer !

95 % des échanges économiques mondiaux sont réalisés par la mer ! A quand un vrai pavillon français pour notre marine marchande afin que la France reprenne son rang mondial ? Nous étions à la 36ème place mondiale il y a 10 ans !

30 % du pétrole et 27 % du gaz sont exploités en mer aujourd’hui ! La ressource étant limitée sur terre, les nouvelles techniques d’exploration et d’exploitation permettront dans les années futures d’augmenter encore la part de l’offshore.

99 % des communications mondiales sont assurées par des câbles sous-marins ! Elles ont une capacité de transmission de 1 million de fois supérieures à celle des satellites !

Les mers contribuent aujourd’hui à 14 % du produit intérieur brut français, soit 270 milliards d’euros (Fondation pour la mer). 500 000 Emplois dépendent de la mer en France, soit plus que la banque et l’automobile réunis (Cluster maritime français). Mais qui en parle ? Et surtout qui agit pour développer le secteur ?

En 2030, donc demain, l’économie maritime mondiale aura doublé (Prévisions O.C.D.E).

Brest et ses ambitions océanes

Les axes de développement maritime sont nombreux et concernent tous les Brestois :

– Le contrôle et la protection physique de nos espaces maritimes et Z.E.E passe par une croissance formidable des moyens d’intervention de la Marine nationale afin d’éviter, notamment, les pillages massifs de nos ressources par des puissances étrangères (la Chine en particulier) dans nos Z.E.E. Ceci implique nécessairement un développement significatif et immédiat des constructions de ces unités à Brest et ailleurs en France !

– L’approfondissement de la connaissance des nombreuses richesses de nos Z.E.E , des sous-sols marins, capables de nous fournir dans l’avenir, et entre autres, pétrole, gaz, mais aussi minerais et terres rares nécessaires à nos industries. Nos organismes de recherches scientifiques brestois sont parmi les meilleurs européens et même mondiaux ! Un vrai port scientifique regroupant l’ensemble des flottes, des services & moyens à la mer doit être aménagé à Brest afin de leur donner les moyens logistiques performants et nécessaires à leurs missions ! Les moyens financiers indispensables aux missions scientifiques embarquées et à terre doivent être octroyés et non rationnés, de nouveaux navires de recherches construits et entretenus à Brest ! Il n’est pas possible de se satisfaire uniquement du transfert du siège de l’Ifremer pour affirmer une ambition politique en ce domaine !

  La modernisation physique et « mentale » de nos ports français ! Nous sommes une fois de plus les derniers de la classe avec une gestion dépassée, archaïque de nos activités portuaires ! Le Havre est le 1er port français mais le 56ème mondial pour le volume de conteneurs (chiffres 2017). Je ne parle pas de Brest qui « émerge » à la 16ème place des ports français, tous trafics confondus… Nous occupons pourtant une position stratégique !

Il suffit de consulter une carte pour constater l’évidence : Brest a un rôle majeur à jouer dans le concert maritime européen et international ! Nous l’avons fait dans notre Histoire. Il suffit donc de le vouloir à nouveau !

Le Cluster maritime français estime que le secteur s’il était développé pourrait peser 150 milliards d’euros et 1 million d’emplois d’ici 2035 ! Alors l’État attend quoi ? Nous avons pourtant un Breton, professeur d’histoire, comme ministre des Affaires étrangères !

Mais attention ! Hors de question de se satisfaire de « rustines » pour pallier les reniements de l’État et compenser la baisse du plan de charge de Naval Group (ex D.C.N.S) à Brest… On a déjà « donné » avec la construction des 2 plateformes offshore il y a 20 ans…

– La construction navale militaire des navires et bâtiments nécessaires à la protection de nos intérêts sur toutes les mers du globe, à la sécurisation des échanges économiques français dans un monde de plus en plus dangereux et pour lequel nous sommes mal adaptés… Savez-vous que la Chine, deuxième puissance maritime militaire mondiale, « met à l’eau » tous les 4 ans l’équivalent de la totalité du tonnage de notre Marine nationale ? Et pour quoi faire d’après vous ? Enfiler des perles en Mer de Chine ?

En 30 ans, nous sommes passés de la 5ème puissance maritime à la 7ème place, avec moins de 300 000 tonnes de capacités… Derrière l’Inde ! Jusqu’à quand ce déclassement va-t-il durer ?

A Brest, par voie de conséquence et dans le même laps de temps, l’Arsenal de Brest est passé de 6 000 ouvriers à 1 600 en 2004 et 800 en 2018 ! La sous-traitance est aussi dévastée… Le « poumon économique » de la ville n’apporte plus l’oxygène nécessaire… Le cœur va-t-il lâcher ?

Notre modeste « Royale » correspond aujourd’hui à plus ou moins 40 000 personnels pour environ 120 bâtiments. Et nous sommes, je le rappelle, la 2ème puissance maritime mondiale.

Comparativement, l’US Navy et les gardes côtes comprennent actuellement 300 000 personnels et plus de 400 Bâtiments et les constructions s’accélèrent chez eux pour tenir leur rang et, notamment, contrer la Chine et la Russie ! Pour presque les mêmes quantités de surfaces maritimes à protéger que la France !

Et nous ? Que faisons-nous ? On attend quoi ? On continue de laisser piller nos ressources partout dans le monde et bientôt on se verra restreindre les voies d’accès à nos territoires d’Outre-mer, disputer notre souveraineté dans nos Z.E.E ?

A la lecture de ces quelques lignes, vous aurez tous compris que les enjeux politiques et économiques sont immenses pour la France et que Brest, une fois de plus peut et doit être au rendez-vous de l’Histoire et être aussi le fer de lance de notre reconquête maritime. Nous en avons les compétences, les structures et le besoin !  Encore faut-il aussi en avoir l’envie ?

Il suffit pourtant et seulement que les Brestois expriment clairement leur volonté lors des prochaines élections municipales ! Qu’ils se battent pour promouvoir un vrai projet pour leur cité porté avec sincérité par une nouvelle génération d’Hommes et de Femmes politiques qui mettront leur cœur et leurs tripes à la réussite de Brest et des Brestois !

Nos ambitionsoOcéanes sont notre avenir ! Il n’y a pas d’autre choix possible… Il faut sauver Brest !

Michel BRELIVET

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