Au-delà des considérations « sexuelles », l’affaire Da Silva est l’arbre qui cache la forêt : le duel Samzun-Deniaud. La survie du maire passe par une réorganisation de sa majorité. L’axe Samzun-LREM-MoDem remplaçant l’axe « union de la gauche ».  D’où la nécessité de renvoyer dans ses foyers Laurianne Deniaud (PS), première adjointe.

Tous les coups sont permis

L’approche des élections municipales enfièvre celles et ceux qui ont des ambitions – petites ou grandes. Et tous les coups sont permis. C’est peut-être de ce côté-là qu’il faut chercher la cause des ennuis que connaît en ce moment David Samzun (PS), maire de Saint-Nazaire, avec l’affaire Da Silva.

Au sein du conseil municipal, les soutiens du maire croient discerner des intentions politiques. « L’été dernier, le maire a indiqué qu’il pourrait renouveler son équipe à 70 %. Depuis les élections législatives, où il n’a soutenu sa première adjointe que du bout des lèvres, les tensions vont crescendo. » (Dimanche Ouest-France, Loire-Atlantique, 3 juin 2019).

Observation n°1 : la plupart des membres de la majorité sont condamnés à passer à la trappe. Observation n°2 : entre David Samzun et Laurianne Deniaud, première adjointe, ce n’est pas le grand amour. Dans ces conditions, le risque est grand pour cette dernière d’être remerciée l’an prochain. D’autant plus que son poids politique est faible. Aux élections législatives de 2017, elle avait été éliminée dès le premier tour. Candidate du PS, elle n’était arrivée qu’en troisième position dans la circonscription avec 14,11 % et deuxième à Saint-Nazaire avec 15,85 %. M. Samzun peut donc se passer des services de Mme Deniaud.

Laurianne Deniaud : quel poids politique ?

Le soir du premier tour, le maire de Saint-Nazaire constatait benoîtement : « Il y a une vague, un tsunami. Laurianne Deniaud a mené une belle campagne mais cela n’a pas été suffisant. Pour ma part, je voterai pour le candidat progressiste au second tour, pour la République en marche. On voit que les partis politiques ne jouent pas leur rôle, même si je suis membre du PS et que je le resterai. Il faut s’ouvrir, rassembler, travailler différemment. » (Presse Océan, lundi 12 juin 2017). Traduction : il ne suffit pas de mener une « belle campagne », encore faut-il posséder un poids « suffisant » pour l’emporter – ce qui n’est pas le cas de Mme Deniaud. Tout cela ressemble à une déclaration de guerre.

Un rapprochement avec le centre ?

Mais ce n’est pas tout. « Le maire s’est récemment rapproché du centre, en acceptant le ralliement de deux anciennes élues MoDem, Dominique Trigodet et Virginie Boutet-Caillé. Le groupe qu’elles ont fondé, Saint-Nazaire citoyenne et écologique, a accueilli, vendredi (28 juin) un nouvel élu, Alain Geffroy, anciennement PS. » (Ouest-France, Saint-Nazaire, 29/30 juin 2019). En clair, le maire a demandé à un copain de se joindre aux deux élues centristes afin qu’elles puissent constituer un groupe – deux ce n’est pas suffisant.

Déstabiliser le maire

Voilà l’ambiance. Il n’y a donc pas lieu d’être étonné en constatant que Laurianne Deniaud est devenue le chef d’orchestre du collectif « Ils ne nous feront pas taire ». Objectif simple : déstabiliser le maire et, si possible, l’empêcher de repartir en mars 2020. Évidemment, Mme Deniaud ne demande qu’à prendre la place… Ayant échoué aux législatives, elle a besoin de se repositionner à l’hôtel de ville en se débarrassant de Samzun. Car, en cas d’un renouvellement brutal, une liste Samzun et ses copains alliée au LREM-MoDem signifierait l’enterrement de Laurianne Deniaud. En s’associant aux marcheurs, Samzun conserverait son fauteuil de maire mais serait obligé de céder la place de premier adjoint à quelqu’un de LREM ou du MoDem. « La vie est un combat », disait de Gaulle.

Bernard Morvan

Illustration : DR
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