Emmanuel Lansyer naît en Vendée, sur l’île de Bouin. D’une famille aisée, il est voué à l’architecture, à Paris, auprès de Viollet-le-Duc. Mais cet enseignement l’intéresse moins que la peinture. Il fréquente l’atelier d’Harpignies et Théodore Rousseau qui travaillent « sur le vif » autour de Barbizon. Il fait aussi un tour chez Courbet. Solitaire, la reconnaissance tardive, il expose au Salon des refusés. Il peint en Bretagne, à Douarnenez, au Faouët, à Saint-Malo… dans les Alpes-Maritimes et le Var. Un voyage à Rome en 1870, un autre à Venise en 1892. Il meurt l’année suivante, à 58 ans.

Lansyer lègue à la ville de Loches une maison familiale accrochée à la cité royale, avec l’essentiel de son œuvre peint, de très belles collections de gravures de Canaletto et Piranèse, des photographies achetées en Italie. La ville prend en charge la maison-musée qui lui pose problème tant par sa relative exiguïté que par la richesse d’une telle donation. L’actuelle démarche vise à faire tourner le fonds. En 2013, le musée de Loches a prêté une partie de l’œuvre peint en Bretagne pour une exposition à Douarnenez. En 2019, une nouvelle exposition à Loches associe Lansyer, Canaletto et Piranèse.

Condamné à une peinture académique, son talent et son esprit l’en détachent

Une présentation d’une extrême qualité, ludique au bon sens du terme ; ainsi une « camera obscura » permet-elle de voir comment opéraient les peintres paysagistes italiens – « védutistes » – pour leurs mises en perspective.

Les œuvres de Lansyer sont absentes du marché de l’art (l’essentiel est à Loches) et cela explique qu’on le connaisse aussi peu. Sur Venise, il livre des vues éblouissantes qui surpassent celles d’un autre maître du genre, Félix Ziem (1821-1911) dont la surabondante production trahit des facilités. La touche, la lumière, la mise en scène révèlent un Lansyer au niveau des peintres de Barbizon, tout près de Corot. Ce bourgeois était condamné à une peinture académique, son talent et son esprit l’en détachent.

Jean Heurtin

* Musée Lansyer, cité royale de Loches, exposition Images d’Italie, jusqu’au 11 novembre.

* Catalogue Lansyer, Canaletto et Piranèse. Image d’Italie, 18 euros, petit prix pour un travail d’excellence.

* Pour rester dans l’ambiance italienne, offrez-vous l’Amoremio, 3, rue Pasquier Bourray, Loches. Un peu à l’écart, cuisine authentique, d’essence calabraise.

Crédit photo : DR
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