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Moins connue que la grande peste noire du XIVe siècle, la peste de Justinien, qui sévit entre le VIe et le VIIIe siècle, constitue pourtant la première pandémie de peste bubonique documentée de l’histoire. Longtemps cantonnée à l’Empire romain d’Orient et au bassin méditerranéen, cette épidémie pose aujourd’hui une question centrale aux historiens : les Bretons, insulaires comme armoricains, ont-ils été touchés ?
Un article de fond publié en 2021 par le médecin et chercheur Benjamin Franckaërt apporte des éléments décisifs à ce débat ancien, en croisant sources écrites, archéologie funéraire et données récentes de biologie moléculaire
Une pandémie aux conséquences débattues
La peste de Justinien apparaît en 541 en Égypte, avant d’atteindre Constantinople, puis de se diffuser progressivement vers l’Occident. Provoquée par la bactérie Yersinia pestis, transmise par les puces de rongeurs, elle se manifeste sous des formes buboniques, septicémiques ou pulmonaires, souvent mortelles.
Depuis une vingtaine d’années, les historiens s’opposent sur son impact réel. Certains estiment qu’elle aurait causé un effondrement démographique majeur et accéléré la fin de l’Antiquité tardive. D’autres, plus prudents, soulignent l’absence de ruptures nettes dans les sources économiques ou administratives. Une position intermédiaire s’impose désormais : la peste de Justinien n’a sans doute pas provoqué un effondrement brutal, mais elle s’inscrit dans une série de chocs majeurs – climatiques, alimentaires et sanitaires – qui ont profondément fragilisé les sociétés du VIe siècle.
Un contexte climatique et alimentaire dégradé
Avant même l’arrivée de la peste, l’Europe connaît une période particulièrement difficile. À partir de 536, plusieurs éruptions volcaniques majeures entraînent un refroidissement brutal du climat, une baisse des rendements agricoles et des famines prolongées. Les sources médiévales, de la Gaule à l’Irlande, évoquent des pénuries répétées, y compris aux marges de la Bretagne armoricaine.
Ces déséquilibres ont probablement affaibli les populations, les rendant plus vulnérables à l’arrivée d’un agent pathogène nouveau. Ils ont aussi favorisé des mouvements de populations et des transformations économiques, comme le recul des cultures au profit de l’élevage.
Les Bretons dans les sources écrites : indices mais incertitudes
Les textes médiévaux mentionnent plusieurs épidémies touchant les Bretons, mais leur interprétation reste délicate. Les auteurs du haut Moyen Âge utilisent le terme de « peste » de manière large, pour désigner diverses maladies.
Des chroniqueurs comme Gildas, Bède le Vénérable ou les compilateurs des Annales d’Irlande et du Pays de Galles évoquent des « pestes » frappant la Bretagne insulaire aux VIe et VIIe siècles. Certains passages décrivent des symptômes compatibles avec une peste bubonique, comme des tuméfactions ou une mort rapide. D’autres parlent de « peste jaune », terme ambigu, qui pourrait désigner des fièvres graves liées à la famine ou à d’autres infections.
Le problème majeur réside dans la datation tardive de ces sources et leur dimension souvent morale ou religieuse. Elles suggèrent une réalité épidémique, sans permettre d’identifier avec certitude l’agent responsable.
L’archéologie et la biologie moléculaire changent la donne
C’est sur le terrain scientifique que les avancées les plus décisives ont été réalisées. Depuis le début des années 2000, des analyses d’ADN ancien ont permis d’identifier Yersinia pestis dans des squelettes datés du VIe siècle en Allemagne, en France, en Espagne… et en Grande-Bretagne.
Le site d’Edix Hill, près de Cambridge, a livré des preuves génétiques incontestables de la présence de la peste de Justinien dès le VIe siècle. Cela confirme que la pandémie a bien atteint les îles Britanniques.
Si aucun site breton armoricain n’a encore livré de telles analyses, l’article souligne un potentiel archéologique important. Plusieurs nécropoles bretonnes présentent des tombes doubles ou multiples, parfois des inhumations hâtives, qui peuvent correspondre à des décès rapprochés dans un contexte épidémique. Ce type de sépulture a précisément servi d’indicateur dans les sites où la peste a été confirmée ailleurs en Europe.
Une Bretagne probablement touchée, mais encore à documenter
Les échanges commerciaux entre la Bretagne et la Méditerranée orientale, attestés jusqu’au milieu du VIe siècle, auraient pu constituer un vecteur de propagation de la maladie. Leur interruption brutale à cette période pourrait être l’un des effets indirects de la pandémie.
L’hypothèse aujourd’hui privilégiée est donc prudente mais claire : il est très improbable que les Bretons aient été totalement épargnés par la peste de Justinien, même si l’ampleur exacte de son impact reste à préciser. Seules de futures analyses génétiques sur des sites funéraires bretons permettront de trancher définitivement.
L’étude de Benjamin Franckaërt illustre l’évolution de la recherche historique contemporaine : croiser les disciplines, confronter les textes aux sciences du vivant, et accepter les zones d’incertitude. La peste de Justinien apparaît moins comme un cataclysme unique que comme un facteur parmi d’autres des profondes mutations du haut Moyen Âge, y compris en Bretagne.
Photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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