L’ancien premier ministre britannique David Cameron décrit dans ses mémoires For the Record (Harper Collins), qui viennent juste de paraitre comment il s’est retrouvé à croiser des membres de l‘IRA au cours de pourparlers à Stormont, le parlement nord irlandais, en 2014.

Dans ce livre, il a rappelé que lors des négociations à Belfast, qui ont finalement abouti à la formation de l’accord de Stormont House permettant la mise en place d’un gouvernement mixte en Irlande du Nord, « un groupe d’hommes s’est présenté au milieu de la nuit. Ils parlaient fort, portant des écharpes de football et des vestes en cuir, et ont disparu à l’étage » dit-il.

Lorsqu’il a demandé qui ils étaient, on lui a répondu : « Ah, ce sera l’IRA qui donnera son avis sur l’accord« . M. Cameron a écrit : « Tout le monde semblait prêt à l’accepter, et moi aussi si cela signifiait paix et progrès. »

L’ancien chef conservateur décrivait les événements survenus entre octobre et décembre 2014, lorsque de nouveaux pourparlers avaient été organisés dans le contexte d’une série de tensions en Irlande du Nord. La décision du conseil municipal de Belfast en 2012 d’arrêter de faire flotter l’Union Jack au-dessus de l’hôtel de ville 365 jours par an a conduit à « des attaques honteuses contre la police par des loyalistes », a-t-il déclaré, et un défilé orangiste a été à l’origine de graves émeutes en 2013.

Le Sinn Fein, quant à lui, refusait d’accepter les réformes sociales du gouvernement britannique, « mettant une pression énorme sur un budget pour l’Irlande du Nord déjà compliqué ».

David Cameron, âgé alors de 52 ans, et qui était Premier ministre depuis 2010, a également révélé que lorsque Gerry Adams, alors à la tête du Sinn Fein, s’est présenté pour la première fois aux pourparlers le 11 décembre et l’a ensuite qualifié de «  processus le plus bête  » qu’il ait jamais connu, il (David Cameron) a répondu : « Comment le saurais-tu, Gerry ? Tu n’es pas venu ici. »

M. Cameron a par la suite quitté les pourparlers avant qu’un accord soit finalement trouvé juste avant le dîner du 23 décembre. L’accord couvrait la protection sociale, les budgets, les drapeaux et les défilés, ainsi que l’adoption de nouvelles mesures pour aider l’Irlande du Nord à faire face à l’héritage des Troubles et de la guerre civile.

M. Cameron explique également dans ses mémoires que selon lui, malgré l’effondrement du gouvernement nord irlandais en janvier 2017 et le fait que Brexit provoque une résurgence du nationalisme, il pense que l’Irlande du Nord a un avenir prospère. « Quand j’étais Premier ministre, je ne voyais pas seulement l’Irlande du Nord politique de Hillsborough Castle, je voyais tous les jours l’Irlande du Nord du XXIe siècle. J’y ai rencontré des entrepreneurs qui construisaient un centre de technologie, des chefs religieux qui y construisaient des ponts, des cinéastes qui utilisaient la province comme toile de fond et des touristes qui affluaient en masse vers ses endroits magnifiques. J’ai vu autant de passion pour l’avenir que pour le passé.»

Il a également déclaré que les craintes d’une frontière infranchissable entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande, « susceptibles d’exacerber les tensions et d’anéantir des années de paix durement gagnée » constituaient les arguments principaux pour vouloir que la Grande-Bretagne demeure dans l’Union Européenne.

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