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Bien entendu, la mort d’Omar, 32 ans, dans le squat du gymnase Jeanne-Bernard à Saint-Herblain, est une tragédie. Cela devrait aller sans dire. Je le dis quand même parce que, dans notre société d’empathie ostentatoire, ne pas me livrer à cette génuflexion obligatoire me ferait passer pour un monstre (je ne dirai pas un autiste, de crainte d’offenser mesdames et messieurs les autistes). Mes premières pensées vont à Omar, à sa famille et à ses amis, etc.
Maintenant que j’ai laissé parler mon cœur, mon cerveau voudrait aussi dire quelque chose.
Jeanne-Bernard est occupé par des migrants depuis l’évacuation, en septembre 2018, du square Jean-Baptiste Daviais, en plein centre de Nantes. Plus de 800 personnes s’y entassent. Le taux de mortalité en France se situe autour de 9 pour 1 000. Statistiquement parlant, on pourrait s’attendre à ce que sept occupants du gymnase meurent au cours d’une année.
L’immense majorité de ces migrants, objectera-t-on, sont des jeunes hommes entre 20 et 35 ans, dont le taux de mortalité est bien inférieur. Cela ferait quand même un ou deux décès par an. Et puis, l’immense majorité d’entre eux, nous dit-on aussi, ont fui des conditions de vie épouvantables en Afrique sub-saharienne et accompli un parcours tout aussi épouvantable pour échouer dans le squat non moins épouvantable de Saint-Herblain, où règnent la malpropreté, la dénutrition, les parasites, le froid ou la canicule, les épidémies (je ne suis pas allé y voir, je fais confiance à ce qu’en disent les associations). D’ailleurs, l’aide médicale d’État, qui paie les frais médicaux des clandestins, coûte 1 milliard d’euros par an pour un peu plus de 300 000 bénéficiaires, soit plus de 3 000 euros par an et par personne : c’est dire si leur santé est mauvaise.
Si nous ne vivions pas dans un monde à la Jérôme Bosch essentiellement composé de migrants abandonnés, de travailleurs surexploités, de femmes battues, d’enfants violés, de manifestants éborgnés, de fêtards noyés et d’animaux d’élevage martyrisés, nous devrions plutôt nous réjouir de cette bonne nouvelle statistique : à Jeanne-Bernard, en une année entière, on n’a enregistré qu’un seul décès.
Mon cœur et mon cerveau se rejoignent pour une dernière remarque. J’ai dit que mes premières pensées vont à Omar, à sa famille et à ses amis. Cela ne laisse que mes deuxièmes, troisièmes, quatrièmes pensées, etc., pour Marie-Thérèse, Jean-Yves, Raymonde, Jacky et les autres dont le même numéro de mon quotidien m’apprend aussi la disparition. Alors qu’Omar fait la Une du journal, eux n’ont droit qu’aux pages intérieures. Et leur famille a dû payer l’avis de décès. Si ça n’est pas du grand remplacement, ça…
E.F.
Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place.
Crédit photo : L’évacuation du square Daviais, DR. Couverture de Hara-Kiri : [cc] Paille, Flickr
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