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Donald Trump l’a confié en privé : il lui serait plus facile de battre le « mou du cerveau » Biden que le « socialiste » Sanders (Daily Best du 9/8/2019). Mais une femme Wasp pourrait créer la surprise. Profilage socio-ethnique des candidats à travers des sources américaines.

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Bernie Sanders, le même électorat cible et les mêmes ennemis que Trump

Avec Trump, Bernie Sanders est la révélation de l’élection présidentielle de 2016. Il a fallu toute la puissance du clan Clinton allié pour l’occasion au conformiste Obama pour l’évincer dans la dernière ligne droite, avec des méthodes pour le moins tordues.

 Malgré sa défaite, Sanders est parvenu à faire évoluer une grande partie des militants du parti démocrate vers une contestation plus radicale du système. A 78 ans, il se présente une dernière fois aux présidentielles de 2020.

A part la critique du libre-échange (mais c’est décisif), tout semble opposer le plus à gauche des démocrates au plus populiste des républicains. Sanders est pour une Sécu à l’européenne, pour un plan climat ambitieux, pour une augmentation importante du salaire minimum, alors que Trump veut laisser faire le marché. Sur l’immigration au contraire, Trump est pour la régulation, Sanders pour la liberté d’installation.

Ce qui relie secrètement les deux hommes, c’est qu’ils sont dans le collimateur de l’establishment démocrate. Le New York Times (16/4/2019) révélait ainsi la tenue de dîners entre des richissimes donateurs et des cadres du parti, dont Nancy Pelosi (chef de la majorité parlementaire) et Pete Buttigieg (un des leaders de la communauté gay et candidat à la primaire), sur le thème « comment stopper Sanders ?». Ce Bernie Bashing est relayé par les médias de gauche les plus influents. Sanders a par exemple été récemment traité de menteur par les décodeurs du Washington Post, possédé par le créateur d’Amazon, l’oligarque libertarien Jeff Bezos. Un panel composé de journalistes politiques du New York Times a évalué comme une « pure folie » son idée de remplacer les mutuelles par un système public. Et pourtant cet intellectuel rigoureux, issu d’une famille juive de la vieille Europe, a toujours élevé le niveau du débat, alors que les journalistes ont tendance à le ramener au-dessous de la ceinture, audimat oblige.

Au final, ce dénigrement médiatique fonctionne : un sondage publié par le Business Insider du 14 mai révèle que Sanders est plus estimé par les téléspectateurs de Fox News (proche de Trump) que par ceux de la centriste MSNBC.

Bernie Sanders ose les invitations dans les médias alternatifs

Pour contourner le traitement partial des médias centraux, Sanders n’hésite pas à aller voir ailleurs. Il a ainsi accordé le 6 août dernier une interview au You Tubeur non-conformiste Joe Rogan. Celui-ci fait des dizaines de millions de vue en invitant tout le monde, y compris les partisans de l’Alt-Right (la droite anti-immigration). Un peu comme si Mélenchon donnait une interview à TV Libertés pour contourner le parti-pris des animateurs de l’émission Quotidien.

La carte maîtresse de Sanders, c’est la classe moyenne blanche en difficulté, celle des campagnes et des grandes villes industrielles du nord, les Gilets Jaunes US, majorité du groupe encore majoritaire pour quelques élections. Ils ont fait gagner Trump mais ils sont plus divisés idéologiquement que d’autres segments du melting pot américain. Ce groupe socio-ethnique peut donc basculer. C’est pourquoi Trump préfère semble-t-il avoir un autre compétiteur que Sanders.

Pour l’instant Sanders n’a pas percé. Ce vieux lutteur a beaucoup semé, mais il ne fera pas la récolte.

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Joe Biden, le Jacques Chirac version américaine

Joe Biden est depuis longtemps le favori des participants à la primaire démocrate.

Être le chouchou des médias aide (40 % de la couverture audiovisuelle pour Biden contre 16 % à Sanders et 19 % à Elisabeth Warren, selon le comptage du site FiveThirtyEight du 9 septembre) : il y est régulièrement présenté comme le candidat le plus rassembleur pour battre Trump.

Son image publique d’Américain moyen aide également. D’une famille irlandaise plutôt huppée du nord-est, juriste de formation, c’est en fait un politicien professionnel depuis quasiment la fin de ses études. Plutôt affaibli par l’âge, il commet des bourdes et a des absences : il a même été surpris par les caméras lors d’un débat en train de remonter son dentier. Il a aussi eu le temps d’accumuler une jolie collection de casseroles au cours de sa longue carrière. Néanmoins il garde une image sympathique auprès des gens non politisés (la grande majorité), chez les plus âgés (qui ont déjà une sécu publique), chez ceux qui s’informent uniquement par la télé et les médias conformistes.

Il a aussi une bonne cote auprès des Afro-Américains : sa présence comme vice-président pendant 8 ans aux côtés de Saint Obama fait tout oublier, y compris « ses ambiguïtés ségrégationnistes des années 70 » (Le Vent se lève, 7 octobre 2019), y compris son paternalisme blessant. Les Noirs n’ont pas d’alternative au parti démocrate, comme l’expliquait la flamboyante franc-tireuse Candace Owens, amie noire de Trump, à la Convention de la Droite de Paris. 

Du reste, Biden, vivant exemple à 76 ans du mâle blanc sur le déclin, est prêt à tout promettre, et même à muscler son discours, sans trop y croire lui-même. En juin, au cours d’un dîner avec des hommes d’affaire, il assurait : « avec moi, rien de fondamental ne changera » (Huffington Post USA, 9 juin). Et toute sa carrière révèle un souci de ne pas bousculer l’oligarchie qu’il est parvenu à intégrer.

Elisabeth Warren, courageuse fille de l’Oklahoma, une concurrente sérieuse pour Trump

La troisième candidate, avec quelque chance dans la primaire, peut se comparer à Ségolène Royal. Venue du sérail, du Sénat où elle est élue depuis 2012, Elisabeth Warren affiche volontiers des airs populistes. Elle a repris une partie du programme de Sanders, tout en donnant des gages à Wall Street (contrairement à Bernie, elle accepte les chèques des gros donateurs pour sa campagne).

Bref, elle ne fait réellement peur à personne et pourrait même susciter l’enthousiasme. Femme d’autorité de 70 ans, elle est aussi énergique que Biden est flasque. Elle peut s’appuyer sur les quartiers résidentiels des grandes métropoles, qui, plus que les ghettos, forment la base électorale des démocrates. La bourgeoisie diplômée qui y réside ne souffre pas de la mondialisation mais s’inquiète du changement climatique ; elle n’a pas de problème de fins de mois, mais souhaite en cas de gros pépin avoir accès à la santé sans y laisser les économies d’une vie ; enfin cette classe puritaine a été sincèrement offusquée par l’exubérance gauloise de Trump et veut la lui faire payer.

Beaucoup d’Américains et d’Américaines peuvent se reconnaître dans le parcours de Warren. Elle a grandi dans le cœur country de l’Amérique blanche : l’Oklahoma. Son père, incarnation de la petite classe moyenne qui s’en sortait bien, était vendeur puis chargé de la maintenance dans un immeuble. Sa mère, au foyer, s’impliquait dans les activités de la paroisse protestante. Une catastrophe banale s’abat sur cette famille heureuse de 4 enfants : l’attaque cardiaque du père et les frais de santé qui vont avec. La mère doit trouver un petit job pour que la famille puisse garder sa maison. Elisabeth suit l’exemple familial : mariée jeune avec un ingénieur, elle quitte l’Oklahoma et devient femme au foyer. Après avoir élevé ses enfants et avoir divorcé, elle entame une deuxième carrière brillante qui la conduit à une chaire de droit à Harvard puis au dur combat politique. De la graine d’Hillary donc, mais sans les magouilles et l’hypocrisie qui ont fait de la Clinton une des femmes les plus détestées de l’Amérique.

La fille blanche qui aurait voulu être indienne

Warren doit maintenant parvenir à mobiliser les minorités ethniques qui ont plus de mal à se reconnaître dans son profil de bourgeoise un peu classique. Aux dernières élections législatives, les minorités ont envoyé au Congrès 4 jeunes et drôles de dames : Ayanna Presley, femme noire de Boston, Alexandria Occasio-Cortez, latino du Bronx, Ilhan Omar, féministe voilée d’origine somalienne, dans le Minnesota, Rashida Tlaib, d’origine palestinienne, dans le Michigan. Mais ces militantes décoloniales sont parfois déconnectées de la femme moyenne américaine (avec par exemple une place disproportionnée pour les problèmes du Moyen Orient).

C’est d’ailleurs sur une question ethnique que Warren a acquis sa première et unique casserole. Elle s’est vantée de ses origines amérindiennes (un lointain ancêtre Cherokee, test ADN à l’appui). Mais de l’avis des chefs de tribus amérindiennes, elle reste seulement une blanche. Du point de vue plus général des minorités, cette mythomanie ethnique est scandaleuse, car Warren usurpe une ascendance prestigieuse et dissimule une origine européenne dont elle devrait se repentir. Cette affaire lui a aussitôt valu de Trump le surnom moqueur de Pocahontas. Il est probable en fait que l’affaire soit autre : Warren aurait gonflé son CV ethnique en toute discrétion dès les années 80, pour accélérer sa carrière à Harvard, dans le cadre du racisme inversé qui prévaut dans les universités occidentales.

L’affaire ukrainienne rebat toutes les cartes

L’affaire ukrainienne pourrait cependant relancer les chances de Warren. Cette histoire est sortie récemment de l’intérieur des services secrets américains (l’Etat profond dirait Trump) et pourrait causer la destitution du président élu. Trump aurait fait pression sur le président ukrainien pour que la justice s’intéresse aux affaires douteuses du fils Biden dans ce pays, alors que le père était vice-président. Quelle que soit l’issue, le déballage médiatique nuira à la fois à Biden et à Trump.

Elisabeth Warren a maintenant le vent en poupe : elle vient de passer en septembre en tête dans les sondages des primaires, avec 28 %, contre 26 % à Biden et 10 % à Sanders. Buttigieg plafonne à 7 %. 

Yffic

Source : la plupart des informations viennent de citations de journaux américains, recueillis et traduits par le site français Le Vent se Lève.

Crédit photos : DR
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