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Jean-Louis Harouel est agrégé de droit et diplômé de Sciences Po, ayant enseigné aux facultés de droit de Poitiers et de Limoges ainsi qu’à l’université Paris II (Panthéon-Assas) dont il est professeur émérite.

Il a publié une vingtaine de livres, parmi lesquels une moitié d’essais. Les plus récents sont : Le vrai génie du christianisme (2012), Revenir à la nation (2014), Les droits de l’homme contre le peuple (2016) et Droite-gauche : ce n’est pas fini (2017). De tous ces livres, le plus connu est Les droits de l’homme contre le peuple, qui a été publié en Italie (I diritti dell’uomo contro il popolo, Liberilibri) et va l’être en Hongrie et au Brésil. 

Son tout dernier ouvrage, Libres réflexions sur la peine de mort, s’inscrit dans la même logique de dénonciation des effets pervers pour les peuples européens des droits de l’homme érigés en religion séculière. 

Nous l’avons interrogé pour l’évoquer.

Breizh-info.com : En quoi la peine de mort est-elle la clé de voûte d’un système pénal fondé sur la responsabilité de l’individu ?

Jean-Louis Harouel : L’idée de responsabilité combine deux principes : réparation et expiation. Expiation suprême, la peine de mort s’inscrit dans une philosophie de la responsabilité de l’individu. Jusqu’à son abolition en France en 1981, la peine de mort, bien que très peu appliquée, constituait par sa simple présence dans la loi la clé de voûte d’une justice criminelle fondée sur l’idée de responsabilité. Placée au sommet de la hiérarchie des peines, la peine de mort légitimait toutes les autres peines, qui paraissaient douces par comparaison. L’abolition de la peine de mort, qui était fondée sans qu’on ait osé le dire clairement sur l’idée d’une irresponsabilité de l’individu, a délégitimé toutes les autres peines. D’où un ébranlement de l’ensemble de la justice pénale, pervertie par un humanitarisme anti-pénal et un laxisme judiciaire générateurs d’insécurité au sein de la société.   

Breizh-info.com : En quoi la perpétuité de 20 ans est-elle, selon vous, une imposture ?

Jean-Louis Harouel : Aujourd’hui, en France, la durée moyenne d’enfermement réel des condamnés à perpétuité est de l’ordre de vingt ans. Or, du fait du grand allongement moyen de la vie humaine, un emprisonnement de vingt ans ou même de trente ans d’un criminel dangereux ne constitue pour la société qu’une protection provisoire. Des assassins atroces ayant fait preuve de la plus totale inhumanité, sont remis en liberté au nom du principe d’humanité, alors qu’ils constituent toujours un péril mortel pour la vie des autres. Quand il s’agit du risque pour les innocents que constitue la mise en liberté de terribles assassins, le fameux principe de précaution, qui obsède tant notre société dans tous les autres domaines, se trouve totalement bafoué.

Breizh-info.com : La peine de mort existe, notamment aux USA. En quoi contribue-t-elle à dissuader, ou à faire baisser la criminalité ?

Jean-Louis Harouel : Malgré la présence de la peine de mort aux États-Unis, la criminalité y est plus importante qu’en Europe occidentale. Mais c’est que, comme l’observe l’historien André Kaspi, les États-Unis sont marqués par une tradition de violence, individuelle comme collective, qui est inhérente aux mentalités de ce pays. Quoi qu’il en soit, la peine de mort, du fait qu’elle est la garantie la plus sure contre la récidive, préserve nécessairement la société d’un certain nombre de crimes.

De plus, quand bien même la peine de mort n’aurait pas d’effet dissuasif global, reste qu’elle peut avoir un pouvoir d’intimidation catégorielle. Quand on sait avec certitude qu’en commettant un certain type de crime on sera forcément puni de mort, cela incite à chercher au maximum à ne pas prendre ce risque. Aussi bien l’argument de la dissuasion n’est-il pas, et de loin, la principale raison d’être de la peine de mort. Sa grande utilité, je le répète, est d’être la clé de voûte d’un système pénal juste, et donc de donner au citoyen confiance dans la justice de son pays.     

Breizh-info.com : Pourquoi ne peut-on plus débattre aujourd’hui de la peine de mort en Europe selon vous ?

Jean-Louis Harouel : C’est à cause du règne d’une nouvelle religion séculière qui a pris le relais du communisme comme projet universel de salut terrestre : la religion des droits de l’homme. Avec celle-ci, les droits de l’homme cessent d’être avant tout les libertés publiques des citoyens au sein des États-nations démocratiques.

Cette ancienne conception des droits de l’homme fait place à une nouvelle, marquée par l’obsession de traquer tout ce qui peut être perçu comme une discrimination et par l’utilisation des droits subjectifs au service d’une expansion illimitée des droits individuels. C’est sous l’effet de la religion séculière des droits de l’homme qu’est intervenue l’abolition totale de la peine de mort, inscrite depuis 2002 dans la convention européenne des droits de l’homme et depuis 2007 dans la constitution française. En conséquence, pouvoir tuer sans risquer d’être tué en punition de son crime est devenu un droit de l’homme. Un droit de l’homme immoral, destructeur de la confiance dans le pacte social et qui déshonore l’idée même de droits de l’homme.

Or, toute contestation du bien-fondé des dogmes de la religion des droits de l’homme est prohibée par la police humanitaire de la pensée. Cela se traduit pour les Européens par une disparition progressive de leur liberté d’expression. La masse de la population se voit peu à peu bâillonnée. 

Ainsi, la critique des bienfaits de la « diversité » est de plus en plus considérée comme un crime. C’est un blasphème, puni par le droit pénal de la religion des droits de l’homme. À ce jour, la contestation des bienfaits de l’abolition de la peine de mort n’est pas encore sanctionnée pénalement. Mais elle fait l’objet d’une très forte réprobation qui stigmatise ceux qui oseraient s’aventurer sur ce terrain dangereux. L’abolition est sainte et Badinter fut son prophète. Telle est la vérité officielle, et toute autre opinion est hérétique. Sous l’effet de la religion des droits de l’homme, nous avons abandonné sans le dire le modèle classique de la démocratie libérale pour glisser vers une démocratie nouvelle manière. Comme il y a eu naguère les démocraties populaires (l’Union soviétique et ses satellites) qui étaient en réalité des totalitarismes, il y a aujourd’hui la démocratie droits-de-l’hommiste, laquelle est une forme plus feutrée mais bien réelle de totalitarisme. Dans nos démocraties perverties par la religion des droits de l’homme, comme naguère dans la prétendue démocratie qu’était le monde soviétique, les citoyens sont écrasés par des tabous idéologiques. 

Breizh-info.com : La légitime défense ne constitue-t-elle pas une forme de peine de mort ?

Jean-Louis Harouel : Effectivement, le résultat est le même lorsque le criminel est tué par sa victime qui se défend ou par un tiers qui lui porte secours. Or, aujourd’hui, nous l’avons vu, du fait de l’inscription de l’abolition de la peine de mort dans des traités et dans la constitution, pouvoir tuer sans risquer d’être tué est devenu un droit de l’homme. En risquant de faire mourir un criminel, la légitime défense porte atteinte à ce nouveau droit de l’homme. D’où l’actuelle défaveur envers la légitime défense de la part du législateur et du juge, tous deux acquis aux dogmes de la religion des droits de l’homme. Cette interdiction non dite de la légitime défense par l’idéologie au pouvoir tue fatalement un certain nombre d’innocents.

Breizh-info.com : Qu’avez-vous souhaité démontrer à travers votre livre ?

Jean-Louis Harouel : J’ai voulu démontrer la légitimité de la peine de mort et le caractère antidémocratique de l’interdiction qui est faite au peuple français d’évoquer l’idée même de son rétablissement.  Une société qui remet en liberté des assassins atroces ayant commis des crimes monstrueux est une société barbare, car elle fait passer la vie des criminels avant la vie des innocents. Une société vraiment civilisée doit faire passer la vie des innocents avant celle de criminels abominables. Pour reconstruire un système pénal juste, fondé sur l’idée de responsabilité de l’individu, il faut rétablir la peine de mort au sommet de la hiérarchie des peines. Si on refuse cette possibilité au peuple français, la souveraineté du peuple n’est qu’un vain mot, et la justice aussi.

Propos recueillis par YV

Crédit photos : DR
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