La droite réfléchit mais ne trouve pas de solution. Quelle ligne politique adopter pour « rassembler » les troupes dispersées et gagner les prochaines élections ? Jacques Chirac avait mis au point une formule efficace : pas de ligne politique. Il suffisait au RPR et à l’UMP d’être « chiraquien ». Ça suffisait.

Le Nantais Sébastien Pilard (LR) a le privilège d’être la bête noire des socialistes au conseil régional des Pays de la Loire. Régulièrement, Christophe Clergeau, président du groupe PS, lui reproche « sa proximité avec l’extrême droite » (Ouest-France, Pays de la Loire, lundi 2 septembre 2019) ; en clair avec Marion Maréchal, la figure de proue de la famille nationale conservatrice. Mais il faut reconnaître que M. Pilard pose la bonne question, celle qui devrait venir à l’esprit de tout élu ou de tout électeur LR : « C’est quoi être de droite aujourd’hui ? Additionner des sensibilités contradictoires ne nous rend pas audibles et l’action devient impossible. La droite doit assumer des convictions claires, fortes. Nous devons aussi veiller à ne pas devenir un parti d’élus qui arrêterait de parler aux Français. » (Presse Océan, mercredi 29 mai 2019).

Quatre droites

Évidemment, le trublion Pilard oublie de préciser en quoi consistent les « convictions claires, fortes » qu’il appelle de ses vœux. Quelles sont ces « sensibilités contradictoires » auxquelles fait allusion M. Pilard ? Pour Guillaume Tabard, il y aurait « quatre droites » qu’il conviendrait de « réconcilier » (Le Figaro, lundi 14 octobre 2019). Pour l’éditorialiste du quotidien de la famille Dassault, l’électorat de droite est constitué « par l’ensemble des citoyens qui ont voté au moins au premier tour pour François Fillon en 2017, pour Nicolas Sarkozy en 2007 et en 2012 et, si l’on remonte plus loin, pour Jacques Chirac ». Aujourd’hui, « il y a d’abord un électorat macronisé, c’est-à-dire qui soutient globalement l’action du chef de l’État et d’Édouard Philippe ». Il faut compter ensuite avec « un électorat clairement souverainiste, populaire, et disons même,“populiste” qui avait encore sa place dans l’UMP initiale de 2002 ». Un troisième bloc de l’électorat de droite « cherche à trouver une alternative à Emmanuel Macron » et trouve comme « modèles possibles » Valérie Pécresse et Xavier Bertrand. « Il reste une quatrième droite que l’on pourrait qualifier de légitimiste » – celle qui a participé à la primaire de LR (dimanche 13 octobre).

Tout est à rebâtir à LR

« De l’aveu même de ses dirigeants, tout est à rebâtir à LR, en premier lieu une ligne politique » (Les Échos, jeudi 24 octobre 2019). Objectif difficile à atteindre si l’on donne un contenu « politique » aux différentes familles qui composent la droite – ce que montre insuffisamment Guillaume Tabard. Comme la gauche, la droite ne constitue pas une « famille », mais un « camp » ; un camp qui regroupe différentes familles, souvent en désaccord sur les points essentiels. On peut d’abord distinguer la famille centriste (européiste, démocrate-chrétienne), puis la famille libérale (volontiers immigrationniste au nom de la liberté de circulation, proche du grand patronat). Les récentes élections européennes ont montré le poids véritable de la famille nationale-conservatrice (conservatrice sur le terrain des mœurs, libérale en économie). Il faut également compter avec la famille souverainiste (anti Union européenne, jacobine). Enfin, pour couronner le tout, la famille opportuniste, celle de Jacques Chirac et d’Alain Juppé. Opportuniste parce que ne s’identifiant à aucune de ces familles, mais capable de récupérer ici ou là des positions correspondant à l’air du temps. Tout en veillant à demeurer « compatible » avec ces boutiques. Ainsi Chirac s’arrangeait pour occuper une position centrale au sein de ces différents courants, condition indispensable pour réaliser le « rassemblement » au deuxième tour de la présidentielle. Par conséquent, pas de logiciel bien arrêté, pas de ligne claire, pas de discours susceptibles de déplaire à de futurs électeurs.

L’électeur « opportuniste », sur qui Chirac comptait au premier tour de la présidentielle, n’est pas un citoyen compliqué. Pour lui, « être de droite » signifie essentiellement être hostile à la gauche ; sa réflexion ne va pas pus loin. Partisan des situations simples, il réclame un « chef » qui pense pour lui et qu’il lui suffira de suivre, sans chercher à approfondir les choses. Son bonheur était assuré avec Chirac, patron incontestable du RPR, puis de l’UMP, après avoir éliminé Chaban, Pasqua, Séguin… Avant que Nicolas Sarkozy ne lui joue le même mauvais tour en 2007.

Bernard Morvan

Crédit photo : Rémi Jouan/Wikimedia (cc)
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