Chirac aurait pu faire beaucoup pour la langue bretonne

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La mort de Jacques Chirac a fait le bonheur des éditeurs. Un ouvrage mérite certainement davantage d’intérêt que les autres : celui de Jean-Luc Barré. Véritable mémorialiste, il était devenu un intime du Président Chirac après le départ de ce dernier de l’Élysée. Il raconte des choses vues et entendues…

Jean-Luc Barré a écrit les deux tomes des Mémoires (Nil, 2009 et 2011) de Jacques Chirac. Pour ce faire, une multitude d’entretiens fut nécessaire afin de recueillir les matériaux nécessaires à la confection de ces deux ouvrages qui connurent un grand succès. Autant dire que M. Barré disposait d’un sac complet de confidences, d’anecdotes et de commentaires lui permettant d’en écrire un troisième : Ici, c’est Chirac (Fayard). Devenu un intime du « Président », Jean-Luc Barré en savait beaucoup sur le fonctionnement du clan Chirac pour avoir parfois été spectateur, parfois auditeur… Une proximité qui lui permettait de recueillir des propos inattendus de la part de l’ancien président de la République.

On apprend ainsi qu’à travers la fondation qui porte son nom, Jacques Chirac milite notamment pour la préservation des langues menacées. « Les langues meurent très vite et, en s’effaçant, chacune emporte avec elle un peu du génie humain, explique-t-il à Jean-Luc Barré, comme si ce problème était devenu l’une de ses obsessions. Il y a actuellement quelque six mille langues dans le monde, et s’y on n’y prend garde, la plupart auront disparu dans un siècle. » (Page 123).

Voilà qui en épatera plus d’un ! En effet lorsqu’il était « aux affaires », le temps ne lui a pas manqué pour « faire quelque chose » en faveur des langues régionales – en métropole et outre-mer – qui se trouvent en grand danger. Il n’y a jamais songé… Premier ministre avec Valéry Giscard d’Estaing (1974-1976), Premier ministre avec François Mitterrand (1986-1988), enfin président de la République (1995-2007), c’est fou les initiatives qu’il aurait pu prendre en faveur des langues de Bretagne (breton et gallo), par exemple. Pour le plus grand bonheur de Diwan dont on connaît les difficultés financières. Mais il faut croire qu’il avait la tête ailleurs.

« Je n’ai jamais été de droite ! »

La lecture de Ici c’est Chirac n’est pas conseillée aux gens « de droite » ; ils pourraient y perdre leurs illusions, ce qui serait regrettable. Avoir voté pour le RPR, pour l’UMP, pour Chirac et apprendre brutalement que ce dernier n’appartenait pas à leur camp, voilà qui pourrait en conduire certains au désespoir, voire au suicide. « Je n’ai jamais été de droite ! », lance-t-il à Jean-Luc Barré (page 82). D’après ce dernier, Chirac avait déjà affirmé cela sur RTL en mars 2002, à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle. Maurice Ulrich, le fidèle conseiller de Chirac, est même beaucoup plus catégorique, lors d’un désaccord survenu avec Claude Chirac – la fille : « Personne, Claude, ne doute que votre père soit à gauche ! » (page 87).

Il faut reconnaître que Chirac ne possédait pas une culture « de droite ». cette caractéristique politique n’est jamais apparue dans ses discours ; ses propos apparaissaient passe-partout, plutôt technocratiques, jamais marqués au fer rouge « de droite ». Ce qui l’aida beaucoup à se faire élire président de la République.

Bernard Morvan

Crédit photo : Brian Minkoff/Wikimedia
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