Un détenu djihadiste avait fait parler de lui en octobre dernier à Condé-sur-Sarthe (61), un établissement haute sécurité situé entre Le Mans et Alençon. Après avoir sollicité son transfert sans succès, Franck Elong Abe, condamné à neuf ans de prison pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, « d’une grande fragilité psychologique », a dégradé à plus de dix reprises le mobilier de sa cellule entre le 11 juillet et le 29 août 2019, et mis le feu à divers endroits de sa cellule.

Libérable en février 2024, ce détenu qui a été emprisonné deux ans en Afghanistan à Bagram (2012-2014) par les Américains avant d’être rapatrié aux frais du contribuable français, a été transféré à Nantes où il purgera neuf mois de prison liés à ses dégradations de cellules à répétition – 14 en tout, suite au jugement du TGI d’Alençon en date du 10 octobre.  En mars 2015 il avait tenté de s’évader avec violence de l’hôpital-prison de Seclin (Nord) et a été condamné à quatre ans ferme.

Un autre détenu djihadiste était lui aussi jugé ce même 10 octobre à Alençon. Franck Siegler, déjà condamné à perpétuité pour assassinat, 52 ans, a lancé le 22 juin dernier à l’intention d’un surveillant de Condé-sur-Sarthe, via l’interphone, « le 5 mars si ça avait été moi j’aurais tranché la gorge aux surveillants. Bientôt, je ferai comme Dorffer, si je peux saigner du bleu, je vais saigner du bleu ».

« J’ai pris perpétuité, j’en n’ai rien à faire »

Le détenu, qui a refusé d’assister à son procès, a sobrement commenté : « j’ai pris perpétuité, j’en n’ai rien à faire ». En septembre 2019, déjà jugé pour des dégradations et des menaces, il avait proféré : « Je vais en tuer un. De toute façon dès que j’en aurai l’occasion, je vais tous vous tuer. Dès que je pourrai, je tuerai des surveillants et des juges » ; il avait alors été condamné à deux ans ferme.

Franck Siegler a été condamné en 1998 à dix ans de prison pour meurtre, a pris perpétuité en sus en 2010 pour un le meurtre d’un Mulhousien commis avec un complice à la suite d’une évasion après une permission en 2007, puis vient de reprendre 16 mois pour les propos tenus à Condé, des dégradations et des incendies commis dans la même prison de novembre 2018 à août 2019, et des menaces de mort envers des surveillants de Clairvaux en 2016. Il devrait en outre reprendre une peine très lourde, car il a tué un codétenu à Vendin-le-Vieil en 2017.

Il a en effet étranglé avec un lacet son codétenu Geoffroy Debouver, 27 ans, lui-même condamné à 20 ans de prison pour meurtre à Lille en 2011. Ce dernier est mort comme il a tué – sa victime avait été étranglée et égorgée au cutter, à la suite d’une dispute liée à un partage de profits dans une affaire de deal de cannabis.

Champion toute catégorie de la prise d’otages en prison

Francis Dorffer, auteur de la prise d’otage de deux surveillants à Condé-sur-Sarthe le 5 mars 2019, est le champion toute catégorie de la prise d’otages en prison : 2006 à Nancy (un psychiatre), 2009 à Clairvaux (un surveillant), 2010 à la Santé (encore un psychiatre), 2011 à Poissy (un gardien), 2017 à Ensisheim (un surveillant et une tentative d’évasion à la clé). Sa première condamnation remonte à 2000, lorsqu’il avait 16 ans, pour une fellation imposée à un camarade de foyer. Depuis, il a entre autres été condamné à 30 ans pour le meurtre d’un détenu à coups de fourchette à Metz en 2003, et 12 ans en avril 2018 après l’évasion ratée de 2017. Ce dernier détenu n’est pas djihadiste, mais très instable.

Louis Moulin

Photo d’illustration : DR
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