Afghanistan. Dénoncer la pédophilie peut conduire… en prison !

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Dénoncer la pédophilie en Afghanistan, un acte peu apprécié par les autorités du pays. Comme ont pu le vérifier deux lanceurs d’alerte arrêtés après avoir dénoncé des agressions sexuelles et des viols commis sur de jeunes garçons.

Afghanistan : intouchable pédophilie ?

Avoir connaissance de viols et d’agressions sexuelles perpétrés sur des enfants puis en faire part aux autorités d’un pays, un comportement de simple bon sens et de civisme… sauf dans certains États tels l’Afghanistan. Deux membres d’une organisation de défense des droits humains, Mohammed Musa et Ehsanullah Hamidi, y ont ainsi été arrêtés le 21 novembre dernier. Ils étaient alors en route pour Kaboul, où ils devaient s’entretenir avec l’ambassadeur de l’Union européenne.

Le motif de cette interpellation ? Les deux individus en question avaient eu la « mauvaise » idée de révéler l’existence d’un réseau de pédophilie. Dans la province de Logar, à l’est de l’Afghanistan, ils faisaient état d’au moins 546 viols et agressions sexuelles.

Certaines des victimes de ces actes ont depuis été assassinées, selon les militants qui ont découvert les premières vidéos d’abus sexuels publiées sur une page Facebook. Cinq familles ont ainsi tué leurs fils après que leurs visages ont été vus sur des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. L’organisation The Logar Youth, Social and Civil Institution, qui travaille dans la région depuis 16 ans, a révélé l’ampleur de ces crimes sexuels après avoir découvert plus de 100 vidéos à caractère pédophile mises en ligne.

Des enseignants mis en cause

Ces actes auraient été perpétrés par des enseignants, des directeurs d’école et des membres des autorités locales dans six établissements scolaires différents. À l’échelle nationale, l’affaire pourrait impliquer des milliers d’enfants.

Tandis que l’on pourrait donc s’attendre à des félicitations de la part des autorités afghanes envers les deux lanceurs d’alerte, ils ont au contraire été interpellés par des membres du renseignement intérieur il y a quelques jours.

De son côté, le président d’Afghanistan Ashraf Ghani a déclaré mardi 26 novembre qu’il était « profondément troublé » par les signalements d’abus sexuels et qu’il avait ordonné au ministère de l’Éducation d’entreprendre une enquête approfondie puis de lui faire un rapport dès que possible.

Afghanistan : libérés sur pression des États-Unis

Par la suite, un haut responsable du gouvernement afghan chargé de l’affaire a déclaré que les deux détenus avaient été libérés et remis à la Commission indépendante des droits de l’homme de l’Afghanistan mercredi. Quant aux services de renseignements afghans, ils accusent Mohammed Musa et Ehsanullah Hamidi d’avoir fait de fausses déclarations lors de leur interrogatoire afin d’obtenir l’asile dans un pays étranger…

Une version qui n’a pas convaincu l’ambassadeur américain John Bass, déclarant qu’il était « épouvantable de contraindre les militants de la société civile à faire des aveux » en dénonçant par ailleurs des « méthodes soviétiques ». Tout en appelant à la libération des deux hommes.


Même écho chez Amnesty International, qui a également demandé leur libération immédiate.

Bacha bazi afghan : en voilà un de gap culturel !

Si les autorités afghanes mettent aussi peu d’entrain à enquêter sur ces nombreuses pratiques pédophiles notamment confirmées par des vidéos (le gouverneur de Logar ayant par exemple nié l’existence des faits), il faut rappeler qu’en Afghanistan, une coutume nommée « bacha bazi » (signifiant littéralement « jouer avec les enfants ») a pour principe de mettre en vente de très jeunes danseurs (âgés de 6 à 16 ans) déguisés en filles et n’ayant pas encore atteint le stade de la puberté.

Se retrouvant d’abord à danser devant des hommes lors de soirées dédiées, les jeunes garçons sont ensuite utilisés comme « objets sexuels » par leurs « propriétaires ». Une pratique très longtemps tolérée par le code pénal d’Afghanistan avant que la loi ne change en 2017. En prévoyant une peine de trois à cinq ans d’emprisonnement pour les auteurs. Mais ces sanctions ne sont restées pour l’heure que très théoriques, comme l’a précisé un rapport des Nations unies en 2018. Lequel indiquait qu’en Afghanistan, « l’impunité des auteurs d’agressions sexuelles demeure un grave problème ».

Après avoir fait état de ce « particularisme culturel » toujours d’actualité en Afghanistan, il peut donc être utile de se souvenir que les demandeurs d’asile Afghans sont parmi les plus nombreux dans l’Union européenne. Un détail non négligeable pour anticiper le « vivre ensemble » qui nous attend !

AK

Crédit photos : Wikimedia Commons (CC/Afghanistan Matters) (Photo d’illustration)
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