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Avancer que le populisme n’existe pas n’est pas un grand risque. Il suffit de lire le Dictionnaire des populismes pour s’en convaincre. Un collaborateur de Breizh info en avait déjà vanté la pertinence. Il faut y revenir.
Le populisme, au sens générique, procède, philosophiquement parlant, de ces universaux dont tous les historiens, politologues ou sociologues devraient s’écarter. Pour leur préférer une démarche nominaliste qui singularise les faits. C’est moins confortable mais beaucoup plus opérant.
« A syndrome not a doctrine »
Dès 1969, l’historien Peter Wiles diagnostiquait : le populisme : « a syndrome not a doctrine ». Les directeurs du Dictionnaire parlent d’un « complexe d’idées, d’expériences et de pratiques qu’aucune typologie ne saurait épuiser. »
Le mot vient du latin populus, on lui ajoute un suffixe et le tour est joué. Le terme ne figure pas dans le Littré (1873). Le Robert le fait remonter à 1912 ( ?) En fait, il apparaît au 19° siècle en Russie, autour de 1860 et désigne le courant de jeunes intellectuels, les « narodniki » qui prétendent retourner au peuple. Aux Etats-Unis, de petits fermiers couverts de dettes créent une « Farmer’s Alliance » qui débouche sur un « People’s Party » (1892).
En France, l’UDCA (Union de défense des artisans et commerçants) est fondée par Pierre Poujade, en 1953. 400 000 adhérents en 1954, 52 députés deux ans plus tard.On parlera de poujadisme, désormais remplacé par populisme.
L’écrasante majorité des spécialistes partout présents sur les médias ne traite du populisme que pour le disqualifier. Sous un angle pathologique, le populiste est un raté, un minable aigri, dépassé, « un fou paranoïaque et antimoderne ». Il n’a pas d’idéologie, juste des mots d’ordre et des anathèmes.
Une triple menace
Pour ces bons esprits, le populisme représente une triple menace. D’abord pour l’environnement. Les populistes, forcément incultes, primaires, sont réfractaires à la science. Ils sont largement climatosceptiques. Ensuite, la plupart sont antisémites jusqu’à nier la Shoah. Enfin, ils menacent la démocratie représentative, ses normes, constitution, lois, traités. Leur cible : l’État de droit, « les limites que les droits universels imposent aux gouvernements ».
La détestation des bons esprits se porte sur quelques figures majeures censées exprimer le populisme. Donald Trump est parfait, plouc évidemment, inculte, paranoïaque. Bolsonaro est très bien aussi. Marine Le Pen, Orban, Salvini, épatants.
Macron : sur une pente savonneuse ?
Mais attention, tout homme d’État réputé réfractaire à tout populisme peut dériver, s’écarter de la doxa libérale, mondialiste. Ce qui pourrait bien être le cas du président Macron. Car le cher « petit roi » est sur une pente savonneuse. Moins à l’intérieur puisqu’il rabote les retraites, restreint les droits accordés aux chômeurs et met au régime sec les services publics.
Le souci n’est pas là. Il tient à ses aspirations diplomatiques. Il ne veut plus de l’OTAN, n’en voit plus l’intérêt. Il regarde vers le pire des populistes, le post-soviétique Poutine. Il veut amarrer la Russie à l’Europe et pour cela, peut-être, oublier la Géorgie, contraindre l’Ukraine à s’entendre avec la Russie. Jusqu’où ira-t-il, fera-t-il comme de Gaulle, cet immense populiste ?
On l’aura compris, se soucier de savoir si tel ou tel politique est populiste, si telle ou telle démarche est populiste, c’est perdre son temps, car on a là le plus creux, le plus erratique des concepts politiques. A côté de lui, le communisme, le fascisme, le national-socialisme font figure d’idéologies carrées, solides comme du roc, avec lesquelles on ne finasse pas.
Le Dictionnaire des populismes est l’outil le plus sûr pour se débarrasser d’une formulation au service de l’idéologie dominante.
Jean HEURTIN
* Sous la direction de Olivier Dard, Christophe Boutin, Frédéric Rouvillois, Le Dictionnaire des populismes, Les éditions du Cerf, 30 euros.
Crédit photo : DR
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