L’effet de loupe des chaîne d’information continue n’a pas manqué son effet une fois encore : alors que plus de 22.000 personnes (25.000 selon les syndicats) ont marché à Nantes contre les retraites en particulier et Macron en général, les média se sont focalisés sur les quelques centaines de casseurs – dont à peine 200 black blocks – qui ont multiplié les destructions à partir de 13h30.


Des tensions ont aussi eu lieu à Paris en fin de manifestation (de 65.000 à 300.000 manifestants selon les estimations), place Nation et aux abords – fait remarquable, les pompiers en grève et en tenue se sont avancés et ont brisé l’encerclement policier sur la place. Affrontements et échauffourées se sont poursuivis plusieurs heures là-bas aussi.

11 policiers et gendarmes blessés

A Nantes, les forces de l’ordre ont interpellé 23 personnes; 11 policiers et gendarmes ont été blessés – principalement par des jets de pavés et des tirs tendus de mortiers à hauteur des têtes. « Ce ne sont que des interpellations de fin de manif. Dans le tas, il n’y a pas un seul black block : après avoir chauffé la foule ils sont partis dès 15 heures et ont regardé de loin. Ils font de la propagande et utilisent les manifestants pour de la chair à canon ». D’ailleurs, le traditionnel rassemblement vespéral devant l’hôtel de police était particulièrement peu couru : les militants gauchistes nantais seraient-ils en sucre ? C’est vrai qu’il régnait un froid humide.

Les destructions ont été particulièrement marquées en bas du cours des 50 Otages et le long du tram jusqu’au bas de la rue de Strasbourg ; les opérateurs téléphoniques (Bouygues, SFR – qui avait pourtant boycotté Valeurs Actuelles à la demande des Sleeping Giants – le voilà bien récompensé), les banques, le Comptoir national de l’or et, autre entreprise très politiquement correcte, les assureurs mutualistes (MAIF) ont été particulièrement touchés. Le mobilier urbain a aussi pris cher – tant pis pour les impôts des Nantais, déjà largement sollicités alors que depuis trois ans chaque manif donne lieu à de la casse, en toute impunité.

Macron pendu en effigie

Une effigie de Macron, amenée par des véhicules de la ZAD, a aussi été symboliquement pendue à un arbre. Bien que des blacks blocks ont été hués dans le cortège syndical, les amis de ces derniers ont su se rendre indispensables – véhicules, matériel, repas assurés (sans patente évidemment) par la Cagette des Terres… « et quand on sait que certains leaders des blacks blocs sont aussi les fils et filles de leaders syndicaux, voire de bons gros bourges avec de très bonnes situations, finalement, tout cela c’est bonnet blanc et travail pour les vitriers », glisse un syndicaliste nantais. Ce qui explique qu’à Nantes les blacks blocs ne se font pas éjecter des cortèges par un service d’ordre pourtant bien présent, contrairement à d’autres villes où de plus importantes manifestations ont eu lieu, sans heurts.

Dans toute la France, près d’1.140.000 manifestants ont défilé – selon l’estimation du Nombre Jaune, un comptage indépendant mis en place par les Gilets Jaunes. Il faudrait encore, pour embrasser la contestation, y ajouter les millions de travailleurs qui ne sont pas allés travailler le 5 décembre, volontairement ou car ils ont préféré reporter leurs déplacements faute de transports en commun ou du fait de la grève de la plupart des services publics.

D’ailleurs, pour une fois, le périphérique nantais était entièrement vide et fluide ce jeudi matin. Au marché de Talensac, situé en bord de manifestation (rue Jeanne d’Arc) du fait du parcours accepté par la Préfecture, la moitié des commerçants extérieurs présents le jeudi matin ne sont pas venus, et ceux qui l’étaient ont évité de s’installer en bas du marché.


Ce vendredi matin, le mouvement continue. Le pont de Cheviré a été bloqué ce matin à 6 heures – un blocage avait été annoncé à la Janvraie, ZI Nord Cheviré – occasionnant d’importants bouchons. Plusieurs lycées (Livet quartier Saint-Donatien, Jean-Perrin près du quartier « sensible » de Château de Rezé, Bourdonnières près de celui de Clos Toreau), Clémenceau dans le centre de Nantes) ont été bloqués ce matin ; trois poubelles ont été incendiées aux Bourdonnières. Les blocages ont été levés dans la matinée.

Nouvelle manif aujourd’hui

La grève SNCF est reconduite, avec 90% des TGV supprimés et 70% des TER. Idem pour celle de l’éducation nationale – même si les effets des annonces d’augmentation des salaires en 2021 promises par le gouvernement se font sentir, car les grévistes ne seraient plus que 10% selon le ministère contre 42% selon Blanquer hier. A Donges, la raffinerie Total a elle aussi reconduit la grève, stoppant toute expédition de carburant – y compris par le pipeline vers le dépôt rennais de Vern-sur-Seiche. Une nouvelle manifestation unitaire est prévue pour 14h30 au Miroir d’eau à Nantes.

Louis Moulin

Crédit photo : Breizh-info.com
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