Denez Prigent l’intransigeant : réservations hautement conseillées !

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Ce 21 décembre, la voix la plus authentique de la Bretagne a résonné dans la cathédrale de Quimper, dans le cadre des réjouissances de la Nativité. C’était déjà archicomplet depuis 1 mois, ce qui assez habituel pour un concert de Denez Prigent. Les retardataires pourront toutefois dès maintenant acheter une place pour la tournée de l’année prochaine, par exemple à la cathédrale de Saint Pol-de-Léon le 21 juin. Les réservations viennent en effet d’être ouvertes, un beau cadeau à faire pour Noël.

En mai 2019, pour la fête de la Bretagne, lors d’un précédent concert de Denez à la cathédrale Saint Corentin

Un ado brestois tourmenté sous Giscard et Mitterrand, un artiste qui se construit dans l’adversité

La trajectoire de Denez a été racontée dans bien des interviews. Comme dans un récit ancien, elle ne commence pas pour le mieux.

Il a en effet vécu toute sa jeunesse dans le gris humide du béton de Brest, années 60-80, années des rêves bretons brisés. Son père instituteur, parfaitement bretonnant, ne juge d’ailleurs pas utile de lui transmettre sa culture. Aussi l’enfant s’échappe le dimanche de cette « prison » pour Santec, le village de sa grand-mère et c’est là qu’il tombe amoureux de la langue bretonne : un rapport affectif et poétique, et non strictement alimentaire comme pour le français véhiculé par son père.

Cet amour vire à l’idée fixe. Comme les marins d’Ulysse résistant aux sirènes, il se bouche les oreilles pour ne pas entendre le bruit banal du monde qui l’entoure. La tête toujours fourrée entre les écouteurs de son Walkman Sony, il évolue dans son monde 100 % bretonnant, sur des airs qu’il a piratés en live dans les festoù-noz. Au lycée Kerichen, il fait figure d’original et son fort accent tonique de Léonard lui attire des moqueries ou de la condescendance.

Ce micro-séparatisme aurait pu être autodestructeur, si le jeune Denis n’avait pu confronter ses aspirations radicales avec une discipline artistique et une tradition enracinée. C’est en effet à Brest, dans le réseau d’enseignement de la musique folklorique, qu’il apprend à sortir les émotions qui le travaillent et à les partager avec un public. L’animation de ses premiers festoù-noz complètent cette formation en alternance, qui garde quelque chose de traditionnel, une initiation par des anciens. Les sœurs Goadec prennent la suite de sa grand-mère. Les personnes âgées apprennent à l’enfant attentif les formes les plus nobles de l’existence.

Une expérience mystique à la médiathèque de Carhaix-Plouguer

Denez Prigent parfait sa connaissance du breton dans le département celtique de l’Université de Rennes 2 Villejean. Anecdote à peine croyable, c’est seulement à 22 ans, une fois son cursus universitaire terminé et à 158 km à l’ouest de la BU de Villejean, qu’il ouvre pour la première fois le Barzaz Breiz, le livre fondateur de la culture bretonne. Dès cette époque, l’université massifiée et gauchisée n’est plus une garantie d’accès à la grande culture des temps passés, trop compliquée, trop liée à des valeurs suspectes.

Nous sommes en 1988. Denez Prigent est maintenant professeur de langue bretonne au collège Beg Avel et au lycée Paul Sérusier de Carhaix. Un mercredi, en farfouillant dans les collections du Château Rouge, qui abrite la nouvelle médiathèque, il déniche un exemplaire abimé du chef d’oeuvre de La Villemarqué. C’est une révélation presque mystique, « une épiphanie » selon ses propres mots. Ces textes magnifiques issus d’un collectage dans les fermes bretonnes du XIXème siècle, Denez se jure de les faire sortir du livre qui les étouffe et de les ramener à la vie. Possédant déjà une petite notoriété dans un public averti, il décide d’aller plus loin. Il quitte l’enseignement pour se consacrer 100 % à la chanson bretonne de tradition, un plan de carrière quand même un peu financièrement risqué.

Cidre ou exta pour tous aux Transmusicales de Rennes

Pour faire vivre ces vieilles chansons et accessoirement pour en vivre lui-même, Denez va devoir conquérir un plus vaste public que celui des festoù noz, pas assez payant. En 1992, Il est programmé au festival des Transmusicales de Rennes : il doit passer entre un rappeur et un groupe de rock. Il ne se dégonfle pas, entre en scène et affronte a cappella un public qui n’est pas là pour ça.

Cependant la magie Denez opère. Le public écoute subjugué cette sonorité sobre, qui lui est aussi étrangère que le Mystère des Voix Bulgares. Un tonnerre d’applaudissement suit sa prestation.

C’est un encouragement à aller de l’avant. Denez sort des albums, toujours en breton, un choix intransigeant qui le prive d’une partie du public, mais qui assure aussi son originalité dans une offre surabondante. Il alterne la reprise des morceaux du Barzaz Breiz et ses propres créations, faites dans le même esprit et selon les techniques ancestrales : la gwerz, chant solennel cultivé depuis des temps reculés sur l’austère plateau du Léon, au nord de l’Armorique.

Aller de l’avant. Ce sont aussi les encouragements de sa femme Stéphanie qui l’y poussent. La musique techno est alors en train d’arriver dans la péninsule bretonne. Du côté de Carhaix-Plouguer, on en a été averti par la lecture de Ouest-France. Les campagnes se mettent à craindre ce qu’on appelle la Rrrav’, phénomène au nom de légumes anciens et qui ravage les champs.

Un soir pourtant, Stéphanie traîne son mari à sa première rave, expérience qui ébranle les repères esthétiques du chanteur traditionnel. Dans le rythme répétitif et hypnotique de la techno, celui-ci retrouve les scansions du Kan-ha-Diskan, également une musique à danser. Le fest-noz serait ainsi le précurseur de la techno, le cidre et le gwin ruz remplaçant les drogues chimiques pour atteindre la transe et l’extase.

Années 90-2000 : la World Music, bande son de la mondialisation libérale

C’est le début de nouvelles aventures musicales pour Denez Prigent et plus généralement pour la scène folk bretonne. Une nouvelle période, conditionnée par la politique.

En effet, le mouvement breton, si prometteur dans les années 70, s’est fait avoir en mai 1981 par Mitterrand, comme beaucoup. Denez appartient à cette génération désabusée sur le plan politique. La mort tragique de Laurence Turbec lors d’un attentat contre le Mac Do de Quévert en 2000, le nouveau cycle de polémiques sur l’Occupation ouvert par Françoise Morvan en 2002, achèvent de mettre le mouvement breton sur la défensive. Denez, humaniste détestant les excès, n’a rien d’un militant politique. Son espoir de Léonard à la fin des années 90 réside dans une droite modérée sensible à la cause bretonne. Espoir là encore déçu.

En fait c’est sur le terrain culturel que la Bretagne marque des points : dans l’imaginaire tout est possible. Le jacobinisme français est contourné par le recours au vaste monde. D’où tous ces mariages de saveurs exotiques, appelés World Music. Les donneurs d’ordre culturels programment volontiers dans les festivals ces combinaisons qui offrent un supplément d’âme aux désordres du monde et qui collent à l’agenda politique des élus qui les emploient. L’identité musicale ou autre devient un bricolage d’individus ou de communautés sans Etat, donc inoffensives pour les marchés.

La consécration vient en 2001 avec la Chute du Faucon noir, film de guerre hollywoodien : les GI envahissent la Somalie sur un air de Denez Prigent, Gortoz a ran ...L’apothéose est atteinte en 2017 : la gwerz illustre le chagrin d’amour des héros du dessin animé South Park. Que le style musical le moins rigolo de l’univers se lie avec les garnements les plus déjantés du Colorado, c’est l’exemple le plus étonnant de la mondialisation culturelle en cours.

Années 2010 : retour à l’esprit de la gwerz, chant à conter, solennel et intemporel

La scène musicale bretonne est encore largement magnétisée par les sirènes de la World Music. Denez lui-même a été un des pionniers de la démarche, mais sans se jeter complètement à l’eau ni se laisser engloutir. Dans un esprit plein d’équilibre, cet artiste de sensibilité chrétienne s’intéresse à la vie de son pays tout autant qu’aux malheurs lointains (il a ainsi composé des gwerz sur le génocide tutsi de 1994 ou sur le génocide ukrainien de 1932, pas vus à l’école ni à la télé).

Aujourd’hui il semble revenir à des standards plus classiques : sa tournée 2019-2020 se passe dans des salles plus petites mais dotées d’une âme, comme le théâtre de Morlaix ou la cathédrale de Quimper. Quelques instruments acoustiques, comme la harpe celtique ou le violoncelle, l’accompagnent sans prendre le dessus sur le chant. Car la gwerz, son genre favori, appelle à la concentration, non à la transe. Elle raconte une histoire et le non-bretonnant ressent son handicap, en restant à la porte de la compréhension, comme devant une belle énigme. Récemment, l’écrivain Patrick Poivre d’Arvor a transposé en prose les gwerz de La Villemarqué, dans le même esprit intimiste, pour que les francophones aient accès au sens.

Enora

Pour connaitre les dates avant tout le monde et se familiariser avec les chants (certains sont traduits en français), le site perso du chanteur de Santec : https://www.denez.fr/

Pour réserver tant qu’il est temps : https://arsenal-prod.com/denez-3/

Crédit photo : DR 
[cc] Breiz-info.com, 2019, 
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