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Il y a 48 ans, Derry/Londonderry était le théâtre d’une journée d’horreur comme l’Irlande du Nord en a malheureusement trop connu durant des décennies par la suite, jusqu’aux accords du Vendredi saint, en 1998. Retour sur cette journée sanglante et sur les évènements qui ont suivi.
Voici des images d’archives rares, qui viendront compléter ce que l’on possède déjà sur le Bloody Sunday.
Le Bloody Sunday 1972 : retour sur un dimanche de sang
30 janvier 1972 : une marche est organisée par l’organisation pour les Droits civiques (organisation pacifiste calquée sur le modèle des Afro-Américains, à distinguer d’ailleurs du mouvement nationaliste et républicain qu’elle n’englobe pas tout à fait, tandis qu’elle contient également des protestants). Elle doit partir du Central Drive de Creggann pour traverser le quartier nationaliste du Bogside en empruntant le pont qui longe le quartier pour se terminer sur Guildhall Square. Mais les autorités anglaises déclarent la manifestation illégale, et l’armée britannique se déploie, notamment dans le Bogside.
Des parachutistes de l’armée britannique sont ainsi aux côtés de la RUC avec leurs blindés. Du côté des manifestants, nombreux, on trouve aussi bien des familles que des jeunes agités voulant en découdre mais aussi des membres de l’IRA, veillant à la sécurité des habitants. On atteint les 10 000 participants.
Rapidement, les slogans se transforment en affrontements, un classique, entre manifestants et soldats. Qui répliquent par des tirs de balles caoutchouc, ancêtres du LBD40. Puis les canons anti-émeutes entrent en action, avant que des tirs à balles réelles ne débutent… le massacre des manifestants débutant alors.
Quelques heures plus tard, le bilan est lourd, outre les dizaines de blessés graves.
Les victimes du Bloody Sunday
- John Johnston, 59 ans. Le premier touché, il ne décèdera que plusieurs jours après.
- Jack Duddy, 17 ans. Tué alors qu’il traversait en courant Rossville Street.
- Michael Kelly, 17 ans. Reçu une balle dans l’estomac, il mourut après plusieurs minutes.
- James Wray, 22 ans. Fut blessé en traversant Glenfada Park. Achevé à bout portant.
- Gerald McKinney, 35 ans. Reçu une balle en pleine poitrine alors qu’il se rendait aux soldats mains au dessus de la tête à Glenfada Park.
- William McKinney, 26 ans. Tué alors qu’il porte secours à Gerald MacKinney.
- Gerald Donaghey, 17 ans. Frappé à l’abdomen. Décède sur le chemin de l’hôpital.
- John Young, 17 ans. Fauché par une balle en pleine tête.
- Michael McDaid, 20 ans. Même sort que John Young au même endroit.
- William Nash, 19 ans. Toujours au même endroit, sur Rossville Street, reçoit une balle en pleine poitrine.
- Patrick Doherty, 31 ans. La balle rentre par la fesse, lui traverse l’estomac et ressort par la poitrine. Il meurt sur le coup.
- Bernard McGuigan, 41 ans. La balle pénètre l’arrière de la tête et le tue instantanément.
- Hugh Gilmour, 17 ans. La balle le traverse de part en part alors qu’il rampe vers Rossville Street.
- Kevin McElhinney, 17 ans. La balle voyage à travers son corps, rentrant par l’anus et ressortant par son épaule.
- Patrick O’Donnel, Patrick McDaid, Alex Nash, Patrick Campbell, Peggy Deery, Daniel McGowan, Michael Bridge, Michael Quinn, Joseph Mahon, Joseph Friel et Michael Bradley furent blessés par balle.
Deux versions existaient alors :
- selon les Britanniques, les parachutistes auraient essuyé des tirs de la part de l’IRA auxquels ils auraient riposté ;
- selon les manifestants, l’armée britannique a délibérément tiré sur une foule désarmée.
La première enquête blanchira l’armée britannique. Alors même qu’aucune arme de l’IRA ni aucune preuve de l’ouverture des hostilités de la part du groupe armé irlandais n’a été prouvée. Aucun soldat britannique n’a par ailleurs été tué ou gravement blessé ce jour-là, une journée qui fit gonfler sérieusement les rangs de l’IRA, et à laquelle succéda une campagne d’attentats sanglants, dans Belfast et en Irlande du Nord, puis un enchaînement de représailles, d’attentats loyalistes en réaction à l’IRA, de règlements de comptes divers.
En 1997, des soldats britanniques, couverts par l’anonymat, expliquent que les paras ont tiré sur la foule, contredisant la thèse de la réplique ciblée. L’enquête fût réouverte et confiée au juge Mark Saville, assistés de magistrats canadien et australien. Entre 1998 et novembre 2004, 921 témoins furent audités et 1 555 témoignages écrits furent examinés. Plusieurs soldats avoueront avoir menti lors de leurs dépositions précédentes et reconnaîtront que les victimes étaient désarmées.
Le rapport Saville publié en 2010 lave finalement l’honneur des victimes, et David Cameron, alors Premier ministre, présente ses excuses pour des actes injustifiés, et injustifiables
. Quarante-huit ans après le drame qui a coûté la vie à quatorze personnes à Derry-Londonderry, en Irlande du Nord, les familles des victimes sont toujours en quête de justice et réclament que les soldats britanniques soient jugés, ce qui est à l’origine de protestations de la part des loyalistes et des unionistes qui voient en eux des héros ayant obéi aux ordres de la Couronne britannique. Ce dossier, en réalité, est loin d’être refermé et toujours sujet à tensions entre les communautés (dans de nombreux quartiers loyalistes de Belfast, des drapeaux en hommage au Soldat F, soldat britannique que des preuves permettraient de juger tout seul pour le Bloody Sunday, sont fréquemment déployés).
Quoi qu’il en soit, les chiffres parlent d’eux même, bien au-delà des communautés, protestantes comme catholiques, loyalistes comme républicains, qui ont été durement touchées par la guerre civile et par les Troubles. De 1968 à 1998, le bilan des Troubles se chiffre à 3 500 morts (dont 1 932 civils)… Une cicatrice de plus, au cœur de l’Europe.
YV
Crédit photo : DR
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