Témoignages en Irlande du Nord. A Belfast et Ballymena, entre peur identitaire, colère sociale et rejet d’une immigration non désirée

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La colère gronde dans les rues de Ballymena, petite ville ouvrière (et majoritairement protestante) du comté d’Antrim, au Nord de Belfast, secouée par deux nuits d’émeutes les 9 et 10 juin. En cause : l’inculpation de deux adolescents d’origine roumaine pour une tentative de viol présumée sur une jeune fille de 15 ans. Depuis, les tensions ont gagné les rues, attisé un malaise ancien et fait exploser une colère nouvelle sur des plaies de guerre civile à peine refermées.

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Du fait de nos contacts là bas établis depuis des années nous avons pu recueillir rapidement, par des échanges de mails, et téléphoniques/visios, différents témoignages d’habitants de Ballymena et de Belfast pour comprendre cette rage sourde qui monte : sentiment d’abandon, crainte identitaire, explosion de la drogue et rejet d’une immigration jugée massive et déséquilibrée.

« On nous a remplacés sans nous demander notre avis » – George, ouvrier retraité, protestant, Ballymena

George, 68 ans, ancien employé d’une usine textile fermée en 2009, unioniste, mais pas particulièrement « militant », a un avis tranché sur les raison de l’explosion de la colère : « Ce n’est pas la tentative de viol qui a tout déclenché, c’est la goutte d’eau. Cela fait des années que les gens ferment les yeux. On nous a imposé une immigration sans limite, sous prétexte qu’il n’y avait plus de main-d’œuvre. Aujourd’hui, les logements sociaux vont à des familles venues de Roumanie ou d’ailleurs, et nos jeunes dorment dans des vans. ». Il est d’ailleurs le parrain assumé de Michelle, mère de trois enfants, catholique de 39 ans dont un en prison pour usage et vente de stupéfiants (c’est au parloir qu’elle a rencontré George, qui faisait partie d’une association de visiteurs de prison). « J’ai grandi pendant la fin des  Troubles. Je croyais qu’après la paix, on allait avoir un avenir. Mais tout ce qu’on a eu, c’est Netflix, l’alcool pas cher, et les pilules. Protestants ou catholiques, on se fait piller par les élites, et en bas, on nous divise en ajoutant de nouvelles communautés sans se soucier de l’équilibre local. »

James, 56 ans, ne cache pas ses opinions. Ancien engagé dans la défense de l’Ulster unie à la couronne, il habite encore dans le quartier loyaliste de Harryville à Ballymena, un quartier historiquement tendu. . « Je n’ai rien contre ceux qui travaillent. Mais on est passé de quelques familles à des rues entières où plus personne ne parle correctement anglais. C’est la vérité. La Police nous traite de racistes dès qu’on l’ouvre. Mais ce n’est pas du racisme, c’est de la survie. Mes petits-enfants ne savent plus qui ils sont dans ce chaos. »

Pas mieux du côté de cette barmaid (qui ne veut pas que nous citions son prénom) d’un bar unioniste du Centre de Belfast, qui assume un militantisme « communautaire » assumé. « Depuis le Brexit, les unionistes se sentent trahis. L’Irlande du Nord est de plus en plus déconnectée du reste du Royaume-Uni. L’immigration de masse, c’est un outil pour noyer notre peuple dans un multiculturalisme obligatoire. On nous traite de fascistes quand on refuse de devenir une minorité dans notre propre pays. Plutôt que de faire venir des immigrés et de nous les imposer, qu’ils regardent l’état des quartiers populaires. Les boutiques ferment, les rues sont sales. Les jeunes qui en ont les moyens partent, les autres sombrent. C’est ça notre avenir ?»

Aidan, 51 ans ans, de son côté, a connu la prison pour ses engagements républicains. Désormais, il travaille avec une association de prévention de la toxicomanie à l’ouest de Belfast. Militant républicain depuis toujours, pas tradition familiale, se considérant comme un homme de gauche « trahi par le Sinn Féin », il s’est focalisé sur le combat contre la drogue « Le communautarisme n’a jamais disparu. Il s’est juste camouflé. Les jeunes républicains sniffent de la coke au lieu de rêver d’une Irlande libre. Ils s’évadent parce qu’ils n’ont plus de modèle. Plus de nation. Plus de foi. Plus d’avenir. Et on leur impose des politiques d’immigration dictées par Londres ou Bruxelles, sans débat local. Résultat : une jeunesse perdue et une colère qui monte »

Si tous disent condamner fermement les attaques contre des maisons, et les menaces sur des individus (commerçants, familles, jeunes, qui n’avaient absolument rien fait et qui ont été pris pour cibles parce qu’immigrés) ils regrettent aussi que les autorités ferment les yeux sur les causes. Les services sont débordés, les hôpitaux pleins, les écoles en difficulté. « Les communautés ne veulent plus être traitées comme des extrémistes dès qu’elles expriment un ras-le-bol » nous confie Georges, interrogé plus haut.

À Belfast-Est, comme Ouest, à Ballymena comme à Larne, une idée revient : le sentiment d’être dépossédé. Un sentiment encore plus marqué chez les Protestants, qui se savent déjà devenir minoritaire parmi les Blancs d’Irlande, et qui ont une impression de double peine. Entendons nous bien : les protestants, ou unionistes, des quartiers populaires. Car il existe bel et bien aujourd’hui, aussi, en Irlande du Nord, des générations qui ont réussi, économiquement, et qui entendent tourner le dos à ces questions communautaires ou d’identité, même si il leur sera difficile, au quotidien demain, d’y échapper.

La tragédie de Ballymena n’est pas un fait isolé. Elle révèle une fracture qui va bien au-delà des frontières ethniques ou religieuses : une fracture entre les classes populaires et des élites politiques indifférentes. Elle révèle aussi un rejet croissant d’une immigration perçue non pas comme un enrichissement, mais comme une invasion imposée sans concertation. Et dans ce paysage, les anciennes identités protestantes ou républicaines se recomposent dans la douleur, hantées par la peur de disparaître.

Crédit photo : DR

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5 réponses à “Témoignages en Irlande du Nord. A Belfast et Ballymena, entre peur identitaire, colère sociale et rejet d’une immigration non désirée”

  1. louis dit :

    j’aimerais voir les français réagirent comme ça !

  2. Forets Josette dit :

    Moi aussi,j’aimerais bien voir une majorité de français réagir de cette manière!!!

  3. Mauricette Dental dit :

    Et oui en France aussi « on nous remplace sans nous demander notre avis !  » C’est cela la belle démocratie de l’Europe ! Problème : « Quel sera le sort des autochtones de souche chrétienne quand il deviendront minoritaires sur les terres de leurs ancêtres ?  » suivant récit troublant mais réaliste « les corps indécents ». On est en droit de se poser la question au regard de se qui se passe ailleurs. Et c’est pas joli-joli.

  4. Henri dit :

    Pourquoi ne loge-t-on pas les « migrants » dans les beaux quartiers de Paris XVI, Paris VII, Paris VIII ? Pourquoi n’y a-t-i pas un foyer de « migrants » dans la très huppée Villa Montmorency de Paris ? Pourquoi ? J’aimerais que les bourges connaissent eux aussi les joies et les vertus du « vivre-ensemble », et s’enrichissent au contact de toutes ces merveilleuses cultures allogènes.

  5. ABA dit :

    Bonjour,
    je ne connaissais pas votre journal. que pensez-vous du commentaire à la suite de votre article  » J’aimerais qu’en France on réagisse comme ça « . Par la violence ? S’il n’y avait pas eu l’intervention des forces de l’ordre que serait-il arrivé aux familles visées par les incendies perpétrés par des membres de la manifestation ? On tape, on incendie, on sème la terreur à notre tour, c’est ça la solution ? Qu’en pense la rédaction ? Et j’entends « catholique, protestant « …. est-ce une croyance cela, de répondre à la violence par la violence ? est-ce bien de chrétienté dont on parle ?

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