L’Italie frappée de plein fouet par le coronavirus. Le point sur la situation

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Pourquoi l’Italie est-elle si touchée avec tant de morts ?

L’Italie est un des pays d’Europe les plus touchés par le coronavirus. Il est le premier à avoir été contaminé paraît-il par un homme d’origine allemande, revenant de Chine et d’abord passé par l’Italie. Mais en pratique, après avoir échafaudé plusieurs théories de « patients zéros » – un scientifique, un livreur pakistanais, etc. –, les autorités italiennes n’en ont toujours pas trouvé un qui soit crédible. Et ensuite, l’épidémie s’est répandue comme une tache d’huile, d’abord au nord, puis ensuite vers le sud.

Fermeture des frontières, confinement : beaucoup trop tard…

En effet, le gouvernement italien n’a pris aucune mesure de précautions assez tôt. Fin janvier, il était bien connu que le virus pouvait se répandre rapidement, mais le gouvernement Conte a jugé plus approprié de mettre en garde contre le racisme envers les Chinois. Il n’a rien fait pour vérifier que le système de santé était au point et, au lieu de fermer directement les frontières dès le début, il invitait les Italiens à manger dans les restaurants chinois, à acheter dans les magasins chinois…

Discours qui change du tout au tout, quand à partir de mi-février, l’Italie, cette fois dépassée par la situation, est considérée comme « l’homme malade de l’Europe » et que peu à peu, selon les Italiens, elle est abandonnée par celle-ci – alors que l’UE n’a aucune compétence sanitaire, ce domaine relevant des États et d’eux seulement –  et se retrouve dénigrée, notamment par le spot xénophobe et inapproprié, diffusé sur les chaînes audiovisuelles françaises, à propos de la pizza italienne.

Alors, avec la baisse du tourisme qui se fait cruellement sentir, notamment avec l’annulation des grands carnavals tels que celui de Venise, le gouvernement se découvre soudainement patriotique : il recommande aux Italiens d’acheter italien, il explique que le tourisme peut avoir lieu sans problème et il invite l’ambassadeur de France à manger la pizza. Mais les frontières ne sont toujours pas fermées, les pays frontaliers l’ont fait et ont bloqué tous les vols venant de l’Italie, qui se retrouve toujours plus isolée avec l’épidémie qui se répand et envahit principalement le nord de l’Italie, le cœur économique du pays.

Les écoles ferment petit à petit au nord et les villes commencent à appliquer des décrets locaux de confinement, une dizaine de localités sont confinées, trop peu, trop tard. Mais rien ne contient l’épidémie qui ne cesse de croître. Le 7 mars, 11 provinces sont confinées et il est interdit d’y entrer et d’en sortir. Cela provoque une première vague de fuite vers le sud, d’abord de la part des jeunes qui, leurs écoles fermées, décident de rentrer chez leurs parents, mais aussi de la part de travailleurs qui partent rejoindre leur résidence secondaire. C’est ainsi que le virus atteint le sud de l’Italie et le 11 mars c’est l’Italie entière qui est déclarée zone rouge et donc soumise au confinement. Et malgré le confinement, le nombre de personnes contaminées augmentent surtout au nord, et le nombre de décès augmente lui aussi.

Une population âgée

Outre donc l’incompétence du gouvernement, un deuxième fait explique le nombre de morts si élevé : en effet, l’Italie a un taux de natalité extrêmement bas, 1,35 enfant par femme, et le pourcentage des plus de 60 ans représente près de 30 % de la population totale. Or l’âge moyen de létalité du coronavirus est de 79,4 ans et la plupart du temps pour les personnes âgées, il est mortel car accompagné d’autres pathologies telles que des maladies cardiovasculaires, le diabète et l’hypertension.

Medisite liste ce 31 mars les complications possibles, aggravées pour les personnes en hypertension, atteintes de diabète, d’obésité, de maladies cardiovasculaires ou respiratoires : insuffisances cardiaques (des lésions du myocarde peuvent être provoquées par le virus, dans les cas les plus graves, ont révélé les Chinois qui ont autopsié des morts du coronavirus), surinfection bactérienne, pneumonie, insuffisance respiratoire, lésion hépatique, choc septique… Cela augmente donc par conséquent la mortalité par rapport à un pays plus jeune.

L’architecture, alliée du coronavirus

Une troisième donnée explique la rapide expansion du virus. En effet, dans les villes italiennes, l’architecture urbaine est très loin des larges boulevards haussmanniens : en effet, dans les villes plus anciennes, les maisons sont très proches les unes des autres et forment un lacis de petites ruelles – pratique pour se protéger de la chaleur et du soleil, moins pour faire circuler l’air et assainir.

Dans les villes plus modernes et les périphéries, l’Italie a fait le choix de construire des immenses barres d’immeubles plutôt que des maisons individuelles. Les gens y sont donc entassés les uns sur les autres dans une promiscuité certes assez adaptée à la culture chaleureuse de l’Italie mais qui d’un point de vue de l’hygiène se révèle catastrophique.

Sans compter que supporter le confinement dans une ruche humaine s’avère plus compliqué que dans une maison individuelle avec un bout de jardin, d’où un nombre important de vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux italiens, où l’on voit des gens en train de péter les plombs, s’attaquer à la police, voire faire une émeute pour piller des supermarchés comme à Palerme fin mars. La police de Rome rapporte, elle, une forte hausse des violences et crimes intrafamiliaux depuis le début du confinement.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’en Italie comme en France d’ailleurs, les gens se sont précipités pour quitter les zones urbaines denses pour s’installer dans leur résidence secondaire – au sud pour l’Italie, au sud et à l’ouest pour la France. Divers biologistes portent en effet les mêmes jugements sur les effets du confinement, qui pour les raisons évoquées n’est pas forcément une bonne chose et peut même permettre de développer d’autres maladies.

Le biologiste Pablo Goldschmidt, dans une interview donnée au journal argentin Infobae (en français ici), affirme qu’il y a une sorte de psychose autour du coronavirus et que la crise aurait pu être gérée autrement que par des mesures de confinement qui mettent à genoux l’économie de nombreux pays développés, notamment en augmentant le nombre de lits de réanimation dans les hôpitaux et en ayant un personnel soignant mieux formé au soin des infections pulmonaires. C’est aussi la critique du professeur Didier Raoult à Marseille, selon lequel se confiner au lieu de tester la population et ne mettre à l’abri que les personnes malades ou fragiles (plus de 65 ans, pathologies cardiovasculaires et respiratoires…) relève de la « sorcellerie » et non de la science.

Un système sanitaire pas à la hauteur et rapidement dépassé

Dès début février, l’OMS alertait plusieurs pays sur l’expansion du coronavirus et sur l’urgence de prendre des mesures pour adapter les hôpitaux, notamment en augmentant le nombre de lits de réanimation. Au lieu de faire ce qu’a fait, dans l’urgence, la France en laissant l’initiative aux hôpitaux locaux – doubler, et bientôt tripler le nombre de lits de réanimation disponibles, y compris dans des régions moins touchées pour pouvoir décharger les hôpitaux débordés, l’Italie n’a strictement rien fait. De fait, on ne rattrape pas des décennies de sous-investissement – un demi-siècle en ce qui concerne le sud – en quelques semaines.

Par ailleurs, les pratiques des hôpitaux, notamment en matière de désinfection, n’étaient certainement pas adaptées. L’équipe de spécialistes NBC (nucléaire, bactériologique, chimique) russe expédiée à Bergame s’est attelée au plus urgent – désinfecter les 65 hôpitaux et maisons de retraite où ils vont intervenir, ainsi que les espaces publics. Preuve que cela devait être fait et ne l’était pas. Les équipes de médecins chinois et cubains actuellement déployées en Italie ont aussi des pratiques médicales différentes, notamment en matière de désinfection – et plus efficaces de l’avis même des médecins italiens.

De l’avis général, l’Italie va avoir maintenant un second pic après le premier. « L’épidémie en Italie du Nord est en passe d’être endiguée, mais il va y avoir un second pic dans le sud avec peut-être moins de cas dans l’absolu, mais comme il y a beaucoup moins de lits de réanimation, de matériels et de personnels formés, ça va être très dur pour eux et il y aura beaucoup de mortalité », estime un médecin suisse actuellement en poste dans le Tessin, en première ligne de l’épidémie en Suisse.

Sur Telegram, le canal italien Italia Daily estimait le 26 mars, après un rapide calcul entre le nombre de malades et le nombre de lits de réanimation disponibles, que « le sud et le centre-sud n’ont pas de chances [de limiter les dégâts] certaines régions comme la Molise ou la Basilicate n’ont respectivement que 30 et 50 lits de réanimation. Les cas dans le sud sont en train d’augmenter très, très vite. D’ici une semaine tout le système national de santé va s’effondrer. Pour l’instant, des régions comme le Latium [Rome], la Campanie [Naples] ou les Pouilles [Bari] tiennent le coup, mais la qualité de leurs hôpitaux et de leurs personnels est plus basse que dans le nord ».

Un peuple italien zombifié par les médias télévisuels

Cependant, après ces quatre principales raisons de l’expansion rapide du coronavirus, arrêtons-nous sur les chiffres : ce 29 mars on a enregistré 101 739 cas au total, et 11 591 décès par rapport à 14 620 guéris. Ces chiffres ainsi énoncés nous paraissent énormes et insurmontables. Cependant au regard de la population totale de l’Italie qui est de 60 millions d’habitants,  ce n’est que 0,17 % de la population italienne qui a été contaminée et  0,02 % de la population en est morte. La terrible pandémie dont médias et politiciens assomment les Italiens tous les jours semble subitement moins dévastatrice…

Cependant la mortalité réelle serait trois à quatre fois supérieure, à l’exemple de Bergame dont le maire déclarait la semaine dernière avoir eu 400 morts dans la semaine, dont seulement 91 positifs au virus. Le coronavirus engendre une surmortalité, d’autant plus qu’hôpitaux et secours sont débordés. Les personnes au-dessus de 65 ans ne sont plus prises en charge dans le nord du pays, une personne qui ferait un AVC chez elle ne serait plus secourue… D’autres médecins estiment qu’actuellement 11,5 millions d’Italiens incubent le coronavirus, soit 19 % de la population, ce qui relativise d’autant les chiffres de la mortalité, même quatre fois plus élevés que le bilan officiel.

Mais en effet, du premier jour que l’épidémie de covid-19 (pathologie provoquée par le coronavirus, famille de virus qui n’est en rien une nouveauté) a commencé à faire un peu de parler d’elle en Chine, les médias italiens se sont emparés du sujet, trop heureux d’avoir trouvé le sujet inépuisable qui fait oublier tous les problèmes politiques et économiques du pays.

C’est ainsi que depuis la mi-février, la télévision et la presse italienne parlent exclusivement de coronavirus, des nouveaux cas en citant les grands chiffres énoncés ci-dessus, des morts, ou alors du témoignage de ceux qui sont guéris. Mais ces témoignages sont tous orientés avec le même message qui peut se résumer ainsi : « c’est une fatalité d’avoir été malade, c’était terrible, mais on a gagné la guerre, surtout protégez-vous, restez chez vous ». Ainsi l’audiovisuel italien – à côté duquel, même avant l’épidémie, BFM passait facilement pour France Culture – réussit à faire pleurer dans les chaumières et donc à faire l’unanimité.

L’omniprésence alarmante de ce sujet dans la presse italienne s’est aussi accompagnée de messages politiques contradictoires au gré des atermoiements du gouvernement italien, passé en quelques semaines de la distanciation au confinement le plus total. Ainsi la population italienne, d’une culture politique basse, surtout pour les thématiques étrangères et conditionnée par les médias, notamment la télévision – très présente dans les foyers italiens – devant l’enchaînement rapide des décrets et la précipitation du gouvernement, est complètement prise de panique, et l’État n’aura pas de mal à enfermer les gens chez eux pour ceux qui ne l’avaient pas déjà fait. C’est le début de la psychose, d’autant que les Italiens font très attention à leur santé, au moindre petit rhume.

Une expatriée russe : « Quand le peuple panique, on décide des lois absurdes »

Le 10 mars, le journal russe Moskovski Komsomolets interviewait une expatriée, Marina Danutsa : « on a l’impression d’avoir été plongée dans une panique totale. Je ne peux pas comprendre ce qui se passe dans le pays. Il y a des rumeurs que les hôpitaux seraient débordés, donc on soigne plutôt les jeunes, plutôt les gens de 50 ans que 70, plutôt ceux de 30 que 50. Ensuite, le pouvoir appelle les gens à rester chez soi, à ne pas aller au travail, mais les bars et les restaurants sont ouverts. De 9 à 18 il est vrai. C’est absurde, qu’est-ce que ça change que j’aille au bar le soir ou en journée ? Le virus n’a pas d’horaires fixes. On a aussi annoncé que les coiffeurs pourraient ouvrir, en respectant une distance d’un mètre avec leur client. C’est impossible. Je crois que quand le peuple panique, on décide des lois absurdes ». 

Un enchaînement de mesures coercitives et d’amendes

L’État commence par faire fermer, les écoles, crèches, bibliothèques, musées, réunions, évènements sportifs, les messe, etc. Puis il met en place une première fiche d’attestation de déplacement permettant seulement d’aller faire ses courses de première nécessité, d’aller travailler et de se déplacer pour des motifs de santé ; sortir pour aller se promener seul, est encore toléré. Les contrôles de polices commencent à s’intensifier, avec possibilité de lourdes amendes en cas d’infractions.

Quelques jours plus tard, invoquant le fait « qu’il y a encore trop de monde dehors », le décret se fait encore plus dur, tous les commerces, à l’exception des supermarchés et des pharmacies, ferment, le maximum de travailleurs doit être en télétravail, il devient très difficile même d’aller faire son sport et les contrôles de police sont toujours plus sévères. Maintenant, la fiche d’attestation de déplacement doit aussi certifier que la personne n’a pas le coronavirus (impossible, faute d’une généralisation des tests), les stations-services sont fermées.

Si quelqu’un enfreint les règles, il risque 3 mois de prison fermes ainsi qu’une lourde amende jusqu’à 3 000 euros : la police et l’armée contrôlent tout le monde jusqu’au trajet emprunté, de nombreux barrages empêchent tout déplacement désormais interdit entre deux communes, le contrôle de la population, par drones et par le suivi des données bancaires et téléphoniques, a été autorisé – « Big Brother is watching you ».

Plus de 25 000 dénonciations

Et personne ne dit rien : la population se mure toujours plus et se soumet, et le gouvernement, comme l’opposition, trouve que personne n’en fait assez, ce qui engendre une escalade dans la coercition. Les évêques sont allés au-devant du gouvernement pour interdire les messes, et les rares curés qui continuent le font plus dans la peur de la délation et des sanctions que d’attraper le coronavirus.

Grâce aux médias et au bon usage des rumeurs, le gouvernement italien a réussi à faire paniquer sa population. La télévision l’aide en passant en boucle le même discours – exit Salvini, les migrants, la dette… il n’y a plus que le coronavirus en Italie – et à l’unisson, politiciens et médias ont même réussi à faire culpabiliser la population : celui qui met un pied dehors est potentiellement un assassin, un vecteur du virus.

Le résultat sur la population est immédiat : les dénonciations et invitations à la dénonciation explosent. Si quelqu’un a la moindre suspicion sur un de ses concitoyens, il est invité à le dénoncer et cela est considéré comme parfaitement normal, presque comme un devoir civique. On compte plus de 25 000 dénonciations à ce jour. Et ainsi la population est tenue d’une part par la peur du virus, d’autre part par la culpabilité. Quant à ceux qui ont réussi à résister à ces deux premiers conditionnements, ils seront rapidement arrêtés par les forces de l’ordre ou dénoncés par le voisin sur qui ils croyaient pouvoir compter. L’Angsoc est en marche…

L’économie italienne à l’arrêt : y aura-t-il seulement une reprise ?

Comme dans d’autres pays, le gouvernement italien profite de la panique générale et de la mise en suspens de la vie politique pour passer des lois controversées ou déréglementer, en distribuant quelques aumônes pour faire passer la pilule. La France a permis aux entreprises d’imposer au moins une semaine de congés payés pendant le confinement et remonté la semaine de travail à 60 heures dans certains secteurs stratégiques (payées en heure supplémentaires dès la 36ème). L’Ukraine, au bord du défaut sur sa dette, a adopté ce 30 mars, sous la pression du FMI, une loi qui déréglemente l’acquisition de ses riches terres agricoles par des groupes agricoles étrangers…

L’Italie, qui n’est jamais réellement sortie de la crise de 2008, semble prendre le coup de grâce avec les désordres économiques du coronavirus : la première réponse du gouvernement Conte face à cette crise a été de distribuer 600 euros à quelques travailleurs selon des critères bien définis. Mais comme le souligne Andrea Carriero, analyste politique, « malheureusement on ne vit pas avec 600 euros et la production italienne est à l’arrêt complet. Si les entreprises et les travailleurs indépendants ne travaillent pas, ils ne pourront pas payer et il se créera un effet domino très dangereux. Le centre de recherche REF estime le PIB italien en baisse de -8 %, soit une des pires baisses depuis la naissance de l’État italien en 1861 ».

Et de fait, Conte n’a cessé de tout faire fermer, tous les commerces, les entreprises, les stations essences, toute la production est à l’arrêt – ce qui engendre aussi des arrêts ailleurs. Certaines usines automobiles russes sont à l’arrêt faute de pièces fabriquées en Italie. Même Confindustria per Italia (association des grandes entreprises) déplore les pertes immenses, 100 milliards d’euros par mois, que cela va lui occasionner.

Mais, nous dit Andrea Carriero, « ce sont les mesures idéales pour pousser l’Italie inexorablement vers la signature du MES (mécanisme européen de stabilité) qui serait un véritable désastre pour l’Italie qui a déjà perdu sa souveraineté face à l’Europe… comme ils ont fait en Grèce. Europe qui est d’ailleurs prête à recevoir l’argent italien (20 milliards par an) mais qui lui tourne le dos dès qu’elle a vraiment besoin d’aide ». L’UE n’a pourtant pas de compétences sanitaires, mais les médias italiens encouragent à taper sur l’UE. Les peuples ont besoin de coupables désignés et lointains, les Italiens n’ont qu’une connaissance très mince des fonctions de l’UE, et cela a pour effet de faire oublier l’incompétence du gouvernement italien.

Jusqu’à ce 28 mars, il n’y aura eu guère que les Chinois, les Cubains, les Vénézuéliens et les Russes pour aider l’Italie : en effet, la Russie a envoyé à Bergame 120 médecins, 600 respirateurs et autre matériel de premier secours, ainsi qu’une équipe de militaires experts en bactériologie dans le cadre d’une opération dénommée avec humour « Dalla Russia con amore » (du James Bond « From Russia with love », « Bon baisers de Russie » en français).

Depuis, l’Albanie a expédié 30 médecins – près de 500 000 personnes d’origine albanaise vivent en Italie –, la Turquie des masques, et la solidarité européenne s’est mise enfin en marche – plusieurs dizaines de malades italiens en réanimation ont été évacués vers l’Allemagne et des millions de masques livrés par la France et l’Allemagne, elles-mêmes touchées de plein fouet par l’épidémie (66 125 malades le 30 mars en Allemagne, 44 450 en France).

L’opposition s’est rapidement soulevée contre la signature du MES, surtout Giorgia Meloni de Fratelli d’Italia : « le coronavirus touche toute l’Europe, il faut des mesures spéciales : au lieu de demander des prêts à intérêt provenant du MES, le gouvernement ferait mieux de taper du poing sur la table et de demander que de l’argent soit réinjecté dans l’économie pour les familles et les entreprises, ou que l’argent versé pour le MES soient immédiatement rendu aux États respectifs ».

Et dans un autre tweet, elle ajoute : « La bureaucratie européenne veut concéder des prêts à intérêts aux États pour ensuite leur désigner un administrateur judiciaire et les contraindre dans le sang et les larmes. Il n’y a rien à discuter, la seule manière d’utiliser le MES c’est de rendre aux citoyens les montants versés par les États. Nous ne pouvons pas permettre que la crise dévastatrice du coronavirus se transforme en en un prétexte pour exproprier l’Italie ». Salvini, lui, avertit : « Attention !!! qui veut le MES est ennemi de l’Italie et des Italiens. Le peuple doit savoir, arrêtons-les tous ensemble ».

En pratique, les oppositions sont rendues inaudibles par la fixation médiatique sur le coronavirus ; et l’Italie a-t-elle seulement le choix ? L’économie est à l’arrêt. La production de papier et plastique est tolérée mais seulement si elle est destinée à des activités essentielles. Les industries chimiques restent ouvertes ainsi que les travaux de maintenance et les chantiers, mais seulement de voirie, tels que la reconstruction du pont de Gênes qui est toujours en cours.

Résultat, y aura-t-il seulement une reprise ? « La majeure partie des petites et moyennes entreprises ne sait pas si elles arriveront à rouvrir – souligne Andrea Carriero – c’est l’écroulement assuré de la demande interne, des exportations mais aussi du tourisme. Il y a un fort manque de liquidité, et l’économie est complètement remise à zéro… en résumé, un pays d’après-guerre. Et de fait, si le gouvernement continue à mettre des restrictions et à serrer ainsi la vis, cela risque de réellement porter à une guerre civile ».

En plus de ne pas être arrivé à limiter les dégâts du coronavirus, le gouvernement est méticuleusement en train de détruire entièrement toute l’économie et le tissu social – et les délations n’arrangent rien… Il ébranle même l’un des fondamentaux de ce tissu social et de la vie italienne : la foi et la pratique du culte (notamment à l’approche des fêtes de Pâques) – 78 % des Italiens se considèrent comme catholiques et 18 % sont pratiquants. Le confinement vient d’ailleurs d’être étendu jusqu’au 12 avril, le jour de Pâques, et pourrait durer encore au-delà.

À suivre…

De notre correspondante en Italie, Hélène Lechat

Crédit photo : Pietro Luca Cassarino/Wikimedia (cc)
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