Monnaie locale à Nantes : Moneko, dernier vestige d’un échec cuisant de Johanna Rolland

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Moneko a vu le jour ce lundi 15 juin 2020. Ses promoteurs la présentent comme la « nouvelle monnaie locale écocitoyenne de Loire-Atlantique ». Pas si nouvelle en réalité : elle est issue de deux tentatives antérieures, le Retz’l (prononcer « réel ») et la SoNantes.

Cette dernière est l’un des échecs les plus cuisants de la municipalité socialiste de Nantes. Heureusement pour Johanna Rolland, c’est aussi l’un des moins connus. Toujours restée confidentielle, la SoNantes n’intéresse qu’un tout petit cénacle.

Le maire actuel de Nantes n’a d’ailleurs joué que les seconds rôles dans la création de cette « monnaie complémentaire locale ». Voté le 6 février 2015 par le conseil de Nantes Métropole, le projet avait été concocté depuis des années par Pascal Bolo, adjoint aux finances, avec l’aide d’un universitaire italien. « À la demande de Jean-Marc Ayrault », le développement avait été financé par un établissement public, la Caisse de crédit municipal de Nantes, et par des fonds européens.

L’offense à Pascal Bolo

La SoNantes aurait dû présenter une foule d’avantages économiques et moraux : « soutenir l’économie locale… promouvoir les circuits courts… favoriser la richesse partagée plutôt que la financiarisation… ». Elle était gérée par la société SoNao, elle-même filiale de la Caisse de crédit municipal de Nantes, qui lui apportait 2 millions d’euros de capital. Pascal Bolo, nommé président de SoNao, assurait qu’elle parviendrait à l’équilibre financier sur trois ans.

« Vous prenez vos désirs pour des réalités », s’était insurgée Stéphanie Houel au nom de l’opposition nantaise. « Vous procédez à des raccourcis de raisonnements qui ne sont ni exacts, ni honnêtes. Hélas l’économie ne fonctionne pas comme cela, et la réalité économique, elle, ne ment pas. » Ancien fonctionnaire des Impôts, Pascal Bolo n’avait pas apprécié le reproche d’ignorance économique. « Quelle agressivité, quelle caricature, quel conservatisme, et je dirais même, quel obscurantisme », avait-il répondu.

La réalité a vite rendu son verdict. On escomptait que 3 000 entreprises nantaises adhéreraient au système en deux ans. Malgré des campagnes de publicité et un démarchage actif par une équipe de commerciaux, elles étaient moins de 200 à la mi-2017. Après avoir consommé l’essentiel de son capital, la SoNao a disparu fin 2017. Pascal Bolo s’est efforcé de faire oublier son rôle dans l’aventure (son nom n’apparaît même plus sur le site sonantes.fr).

Le Retz’l carbure à l’énergie militante

La SoNantes a continué tant bien que mal, désormais gérée par l’association La Sonantaise, créée initialement pour « organiser le caractère participatif et citoyen de la monnaie de Nantes ». Puis La Sonantaise s’est rapprochée du Réseau du Retz’l, créé en 2012 pour mettre en œuvre « l’ensemble des moyens nécessaires à la création d’une monnaie locale complémentaire sur le sud-ouest de l’agglomération nantaise au Pays de Retz ». Cette monnaie, le Retz’l circule effectivement depuis plusieurs années. Son impact est limité, mais du moins carbure-t-elle à l’énergie militante et non en consommant des fonds publics.

Les deux associations ont enfin décidé de fusionner en créant MLC44, qui porte la nouvelle monnaie locale commune Moneko. Comme le Retz’l, elle sera matérialisée par des coupons en cours d’édition ; comme la SoNantes, elle est dématérialisée et échangeable à l’aide d’une appli sur smartphone.

Avec elle, finit de disparaître une tentative mal inspirée, cocktail de socialisme financier, de technocratie monétaire et d’ambition personnelle. Pascal Bolo figure toujours sur la liste présentée par Johanna Rolland à l’élection municipale du 28 juin.

E.F.

Crédit photo : carte de paiement en SoNantes (plus tard abandonnée au profit d’une appli sur smartphone), photo BI, DR
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