Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) sont l’équivalent américain des agences régionales de santé françaises. Ils détiennent une masse énorme de données sur l’inégalité des Américains devant le covid-19 selon leur origine « ethnique ». Des données qu’ils auraient préféré garder pour eux. Pour les obtenir, le New York Times a dû traîner les CDC devant les tribunaux au titre du droit d’accès aux documents administratifs. Il déplore le « manque de transparence » de l’administration de la santé américaine. Du moins les données ethniques existent-elles. Pas en France.

Les données obtenues par le quotidien ne sont pas complètes : les données raciales ne sont connues « que » pour 640.000 personnes sur 1,5 million de malades. Elles manquent pour des États entiers, en particulier la vaste Californie. De plus, elles s’arrêtent à fin mai, alors qu’un fort rebond de l’épidémie est enregistré depuis la mi-juin. Elles constituent néanmoins un corpus énorme et incontestable. Le grand quotidien de gauche des États-Unis s’en est servi pour réaliser une solide étude intitulée « The Fullest Look Yet at the Racial Inequity of Coronavirus » (le tableau le plus complet à ce jour de l’inéquité raciale du coronavirus).

Disproportion généralisée

On avait noté dès le début de l’épidémie que les noirs et les latinos étaient davantage affectés par le virus que les blancs. Mais, souligne le New York Times, « les nouvelles données fédérales révèlent un tableau plus clair et plus complet : les personnes noires et latinos sont disproportionément affectées par le coronavirus, de manière généralisée dans tout le pays, dans des centaines de comtés des zones urbaines, suburbaines et rurales, et dans tous les groupes d’âge ».

Dans 235 des 249 comtés comptant au moins cinq mille résidents noirs et pour lesquels le New York Times a obtenu des données détaillées, le taux de contamination est plus élevé chez les noirs que chez les blancs. Les disparités portent aussi sur l’âge des malades. Les 40-59 ans sont cinq fois plus touchés parmi les latinos que parmi les blancs. Parmi les blancs décédés, 6 % avaient moins de 60 ans. Parmi les latinos, plus de 25 %.

Un thème désormais presque tabou

Le New York Times, quotidien de référence de la gauche américaine, n’a évidemment pas viré sa cuti. Il fait de son mieux pour expliquer les différences raciales par des différences autres que raciales. Mais c’est quelquefois difficile. Les disparités de revenu ? À Fairfax County, dans la banlieue de Washington, deuxième comté le plus riche d’Amérique, où moins de 3 % des familles sont considérées comme pauvres, les latinos sont trois fois moins nombreux que les blancs mais on compte parmi eux quatre fois plus de porteurs du coronavirus.

Le logement ? Un logement est considéré comme « surpeuplé » aux États-Unis quand ses occupants ne disposent pas d’au moins 500 pieds carrés (46,5 m²) par personne. En France, la réglementation du regroupement familial n’exige que 10 m² par personne supplémentaire. Les comorbidités (diabète, obésité…) dont les blancs souffriraient moins que les latinos et les noirs ? Cette piste ramène tout droit au facteur racial.

La publication de cette étude lundi a donc provoqué des remous. Dans son titre, on note le mot inequity. Beaucoup de lecteurs se sont étranglés en comprenant spontanément inequality ! En évoquant des disparités raciales, le New York Times flirte dangereusement avec des concepts que le mouvement Black Lives Matter a rendus incandescents.

E.F.

Illustration : copie partielle d’un écran du New York Times
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