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Aux élections régionales de 2021, Jean-Yves Le Drian peut-il reprendre les rênes de la Bretagne ? En clair, peut-il prendre la direction d’une liste gaucho-progressiste ? A défaut, peut-il œuvrer dans les coulisses pour favoriser une liste unique conduite par Loïg Chesnais-Girard qui ressemblerait étrangement à celle que lui-même dirigeait en 2015 ? C’est-à-dire toutes les familles de la gauche, des Marcheurs, des gens de droite baptisés « société civile », des militants du mouvement breton… Sans les écolos évidemment.
L’enjeu des régionales de 2021
Les professionnels de la politique préparent déjà les élections régionales de 2021. À l’Élysée, on rêve de quelques succès afin de faire oublier la déculottée des municipales. Si bien qu’Emmanuel Macron suit l’affaire de près. Les ministres leaders de la majorité seront invités à prendre la tête d’une liste. Ainsi François de Rugy dans les Pays de la Loire, « Le chef de l’État n’oublie pas non plus Jean-Yves Le Drian dans son casting. Il souhaiterait que l’ex-président de la région Bretagne parvienne à convaincre celui qui lui a succédé, le socialiste Loïg Chesnais-Girard, de conclure avec la République en marche. » (Le Canard enchaîné, 12 août 2020). Notons simplement qu’au conseil régional de Bretagne, le groupe « Alliance progressiste des socialistes et démocrates de Bretagne » (34 élus) et le groupe de la République en marche (9 élus) appartiennent tous les deux à la majorité de Chesnais-Girard. Encore faut-il que Le Drian parvienne à convaincre les uns et les autres à faire liste commune. En décembre 2015, les choses brillaient par leur simplicité : il y avait un leader incontesté, Le Drian, et tous les courants de la gauche se rangeaient derrière lui. Sauf les écolos dont il ne voulait pas entendre parler. Sa forte autorité lui permettait de monter sa liste comme il l’entendait, sans avoir de comptes à rendre à quiconque. En 2015, alors ministre de la Défense, il s’était permis de l’emporter aisément sans faire campagne. Il s’était contenté d’envoyer aux électeurs une carte postale par le canal du facteur. Son image de « socialiste » très centriste avait fait le reste.
Le Drian ne fait plus figure de « duc de Bretagne »
Mais, en 2020, le poids politique en Bretagne du ministre des Affaires étrangères n’est plus celui de l’ancien ministre de la Défense – pendant la période Hollande – qui cumulait ce ministère avec la fonction de président du conseil régional. Il a vieilli, il est moins présent sur le terrain breton, il ne fait plus figure de « duc de Bretagne ». L’époque où Le Drian était en campagne permanente grâce à une présence fréquente dans les médias bretons appartient au passé.
La claque des municipales à Lorient
Ce qui s’est passé aux municipales dans son ancien fief de Lorient montre bien qu’il ne fait plus la pluie et le beau temps. Faute d’avoir été capable de préparer la suit en on a vu deux listes pouvant se réclamer de Le Drian s’affronter. Une première, cataloguée LREM, était soutenue par Jean-Yves Le Drian (Ouest-France, Bretagne, jeudi 5 mars 2020), et une deuxième soutenue par le maire sortant, Norbert Métairie – un ancien lieutenant de Le Drian. Particularité des deux listes : elles sont toutes les deux dirigés par un adjoint sortant. On comprend tout de suite que Le Drian a perdu la main et n’est plus le patron à Lorient. Résultat des courses : la liste LREM soutenue par Le Drian obtient 17,80% des voix au premier tour et … 12,27% au second. Et, immense surprise, la liste de droite l’emporte. Or la mairie de Lorient était la propriété des socialistes depuis 1965… Commentaire de Laurent Tonnerre, la tête de liste LREM : « Jean-Yves Le Drian ? Il voulait être discret dans son soutien. Il ne voulait pas tant que ça que la gauche fasse l’union. Il nous a incités à faire ce que l’on pouvait… » (Ouest-France, Morbihan, lundi 29 juin 2020). Il est vrai que Le Drian a fait le service minimum : « Sa photo, accompagné d’un mot manuscrit, [apparaissait] sur la profession de foi du candidat LREM Laurent Tonnerre, un ex-socialiste » (Le Canard enchaîné, 4 mars 2020).
Pour le journaliste Philippe Créhange, « la défaite historique de la gauche à Lorient, partie divisée, referme la longue page du « Ledrianisme » en Bretagne. Héritier du plus breton des ministres mais ne s’étant jamais considéré comme son fils spirituel, Loïg Chesnais-Girard sait désormais que Le Drian n’est plus un sésame. Depuis plusieurs mois déjà, on sentait le jeune padawan s’éloigner peu à peu de la figure populaire. Ces municipales donnent le vrai top départ de son émancipation » (Le Télégramme, Bretagne, mardi 30 juin 2020).
Bernard Morvan
Crédit photo : DR
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