De l’ascension à la soumission : souvenirs de Potsdamer Platz [L’Agora]

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Après l’assassinat de Samuel Paty par un islamiste, pourquoi tarde-t-on tant à en venir au « point Godwin » ? D’ordinaire, ce moment où l’on jette à la figure de l’adversaire une référence à Hitler ou au nazisme est vite atteint dans les débats politiques. Aujourd’hui, rien. Il y aurait pourtant matière.

Octobre 1930, voici tout juste 90 ans. L’ascension du national-socialisme en Allemagne commence à inquiéter les partis classiques et les démocraties occidentales. Aux élections de septembre, le NSDAP a obtenu 18,25 % des voix. Ses partisans manifestent dans les rues, des incidents éclatent. C’est alors qu’il aurait fallu combattre le mal à la racine, assurent rétrospectivement une foule d’historiens, de sociologues et de donneurs de leçons. Aujourd’hui, on pourchasse le nazisme avec énergie, mais c’est un peu tard. En 1930, il était encore possible de l’éradiquer.

Pour cela, indéniablement, il aurait fallu enfreindre des principes démocratiques et des valeurs  de tolérance, renforcer drastiquement les mesures répressives déjà en vigueur. Vu la suite des événements, pourtant, selon beaucoup d’avis rétrospectifs, le jeu en aurait valu la chandelle… Pour l’heure, en 1930, les modérés préfèrent éviter de jeter de l’huile sur le feu. Des accommodements raisonnables sont possibles. Il y a des extrémistes chez les nationaux-socialistes, évidemment, mais la plupart d’entre eux sont d’honnêtes pères de famille en quête d’ordre et de probité. Pas d’amalgame !

D’ailleurs, les autorités morales du mouvement donnent des gages de modération. Ce ne sont pas des Bisounours, leurs propos sont durs, mais ils se contentent de paroles verbales, après tout. Aucun d’entre eux ne préconise de tuer qui que ce soit, ils voudraient seulement éradiquer certaines convictions et imposer certains comportements. « Je n’ai rien contre les juifs respectables tant qu’ils ne se reconnaissent pas dans le bolchevisme », dit Hitler lui-même à partir de ce mois d’octobre 1930(1).

Jeunes de quartiers

La culture de l’excuse se développe. On incrimine la pauvreté, les difficultés économiques : la grande crise des années 1930 bat déjà son plein. Ligotée par les traités de paix, l’Allemagne doute de parvenir à s’en sortir un jour. On peut comprendre que les nombreux jeunes au chômage, mal insérés, éprouvent des tentations extrémistes.

Et puis, les troubles sont surtout des effervescences de gamins énervés cherchant à provoquer la police. « Les manifestants nazis étaient pour la plupart des adolescents appartenant au prolétariat des bas-fonds, qui se dispersaient en piaillant dès que la police agitait la matraque de caoutchouc », racontera plus tard un témoin oculaire(2) (qui note la présence de jeunes guetteurs avertissant de l’arrivée de la police dans leur quartier : « le même garçon se tenait en sentinelle toujours au même endroit, entre la Prinz-Albrecht-Strasse et la Potsdamer Platz, c’était visiblement un chômeur payé »).

Et puis, tous les torts ne sont pas du même côté, les nazis ont aussi leurs victimes. Horst Wessel, 22 ans, a été assassiné par des communistes quelques mois plus tôt. L’émotion demeure vive, c’est humain. Mais elle retombera, ce serait « une erreur de choisir une interprétation trop noire de ce qui, après tout, pourrait n’être qu’une phase très transitoire de la politique allemande »(3). Le plus urgent est l’apaisement, pour maintenir les nationaux-socialistes modérés dans le giron de la république.

Moins de deux ans et demi plus tard, Adolf Hitler deviendra chancelier d’Allemagne, dans des conditions très démocratiques. L’Allemagne aura fait soumission.

Erwan Floc’h

(1) Frederick Lewis Schuman, The Nazi Dictatorship: A Study in Social Pathology and the Politics of Fascism, New York, Knopf 1935.
(2) Harry Kessler, Les Cahiers du comte Harry Kessler, 1918-1937 (Paris, Grasset, 1972), p. 247-248, cité par Richard Overy, Chroniques du IIIe Reich, Bruxelles, Ixelles Éditions, 2012.
(3) Caesar C. Aronsfeld, The Text of the Holocaust: A Study of Nazi Extermination Propaganda, 1919-1945, Marblehead, Micah Publications, 1985.

Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place.

Illustration : licence Pixabay
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1 COMMENTAIRE

  1. Tout le monde sait que le grand homme du 20ème et 21ème siècle est Adolphe Hitler et que s’il n’avait pas existé il faudrait l’inventer.

    C’est l’arcane, l’alpha et l’oméga de toutes choses sous le soleil depuis 1930.

    Pour parler plus sérieusement, il semble bien maintenant que la boucle est bouclée et que la République touche à sa fin.

    Si la France a disparu avec De Gaulle et la 5ème République avec Nicolas Sarkozy qui la remplaça par la 6ème République, soit la Constitution €uropéenne, la République est en train de finir comme elle a commencé : par des décapitations.

    « Qui se sert de l’épée, périra par l’épée ».

    Maintenant il suffit d’attendre pour que ça tombe tout seul.

    Le 13 juillet 1954, De Gaulle rencontre secrètement le comte de Paris, Henri d’Orléans, à Saint Léger en Yvelines, dans la résidence du gouverneur honoraire de la banque de France, Emmanuel Monick.

    Il dit ceci au comte : « Si la France doit mourir, c’est la République qui l’achèvera (…). D’ailleurs ce n’est pas le régime qui convient à la France. Si la France doit vivre, alors la monarchie aura son rôle à jouer(…) en l’adaptant, en lui donnant un sens, elle peut-être utile ».

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