« Vers une stratégie française utile à l’Europe » : Des hauts gradés de l’armée publient un manifeste

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Le Cercle de Réflexion Interarmées, qui regroupe une quinzaine de militaires de haut rang ayant quitté le service, prône une stratégie propre à l’Europe et non plus inféodée à l’Otan.

Dans deux premiers documents, que Breizh-info a publié, (”Il faut se libérer de l’emprise américaine et se rapprocher de Moscou” et « Du danger pour l’Europe de la stratégie nucléaire des États-Unis et de l’OTAN« ), le Cercle de Réflexion Interarmées a mis en évidence les risques mortifères que faisait courir, pour une UE soumise à l’OTAN, le bras de fer engagé par les États-Unis contre la Russie.

La troisième partie de cette étude, que nous publions aujourd’hui, vise à faire ressortir les initiatives que la France pourrait défendre pour contribuer au développement d’une stratégie propre à rassembler les pays européens. Ce nouveau chapitre se compose de quatre parties.

1- L’autonomie stratégique européenne, un nécessité rendue difficilement atteignable par de nombreux facteurs sclérosants.

2- Le piège du lien transatlantique: comment sortir de ce piège?

3- La France possible creuset de l’autonomie européenne grâce à ses atouts.

4- La France à la croisée des chemins: les actions à entreprendre.

Il est rappelé que le Cercle de Réflexion Interarmées est indépendant des instances gouvernementales et de la hiérarchie militaire.

1) L’autonomie stratégique européenne, un nécessité rendue difficilement atteignable par de nombreux facteurs sclérosants.

Préambule

Indépendance de décision et détermination sont l’apanage de la puissance. Elle répond, en effet, à une ambition, une confiance dans des atouts, autant qu’à une volonté d’affirmation. Elle procède de la définition d’objectifs internationaux, de la structuration des chemins et de l’organisation des moyens pour y parvenir. Sur le continent européen, si nous mettons à part le cas particulier du Royaume-Uni, seuls deux États, la France et la Russie, puissances nucléaires, peuvent prétendre à une réelle autonomie stratégique.

Une organisation internationale, malgré des abandons de souveraineté concédés par ses membres, ne répond à aucun de ces désirs. Inévitablement l’État le plus puissant et le plus déterminé impose ses intentions. Ce pouvoir, ainsi concédé, ne peut durer que dans la mesure où certains y trouvent un réel confort. Hors de l’hypothèse d’une rupture, les autres États se soumettent. Ils renoncent à accéder à un rôle majeur. Seule une réunion d’États partageant les mêmes intérêts et les mêmes objectifs, peut imposer un dialogue stratégique.

Au sein de l’Union Européenne, la France se heurte à l’alignement de ses partenaires – considéré par eux comme impératif – sur les États-Unis et leur instrument de domination militaire, l’OTAN. L’Allemagne, qui pourrait, en collaboration avec la France, contribuer à faire évoluer l’UE vers une stratégie propre, donne l’impression, pour l’heure, de chercher à devenir l’allié privilégié des États-Unis sur le continent européen, en s’orientant vers une intimité de son dispositif militaire avec le leur et en œuvrant pour banaliser les avantages géopolitiques actuels de la France.

Toutefois nous pouvons nous interroger sur le besoin d’impliquer l’UE dans une vision stratégique propre et une organisation militaire qui en découlerait. Les arguments ne manquent pas.

Le premier d’entre-eux est de mettre un terme au risque conflictuel que la politique des États-Unis fait courir, sur le continent, face à la Russie, mais aussi de disposer des forces suffisantes pour peser, dans le monde, sur les intentions, ou l’action souvent erratique, de Washington.

Le second est, évidemment économique. Il est patent que chaque pays, considéré individuellement, ne veut, ou ne peut, disposer aujourd’hui, des forces lui permettant de s’aligner sur les États-Unis, la Russie ou la Chine. Les priorités étant devenues davantage consuméristes, sociales, ou environnementales. Un non-dit chez tous les fidèles de l’OTAN est bien budgétaire.

Le budget militaire des États-Unis représente plus de 70% de la somme des budgets militaires des pays membres de l’OTAN.

L’alliance leur permet d’épargner des sommes considérables qui peuvent être investies ailleurs, sans doute au détriment de l’indépendance vraie. Mais que vaut-elle pour la plupart des membres de l’UE ?

Ils partagent, avec les États-Unis, les traits principaux d’une même civilisation mais n’ont cure des affaires du monde. Il ne faut donc pas s’étonner que l’industrie militaire française et européenne, ne puisse équiper pleinement les armées des pays membres. Une autonomie stratégique permettrait pourtant de lever un frein industriel, économique, scientifique et inévitablement politique. Ce dernier aspect prêtant cependant à débat, car ces pays, bien que partisans d’une Europe unie, récusent toute velléité d’une politique internationale distincte de celle des États-Unis. Ce qui les amène à réfréner les ardeurs visant à valoriser ces orientations souhaitables.

Le troisième argument est, précisément, politique. Il ne pourra y avoir de progrès dans l’amitié entre les nations européennes que si les pays, membres de l’UE, partagent des objectifs de sécurité et de rayonnement. Enfin, une souveraineté militaire devrait permettre de se tourner vers le véritable ennemi, commun à toutes les nations européennes, l’idéologie islamique intolérante et violente propagée par une immigration débridée et mal contrôlée.

Il faut admettre aussi quelques réalités profondes. L’UE actuelle s’est bâtie sur des bases marchandes et elle aboutira à un éclatement si elle est incapable de se réformer politiquement. En tant que telle elle n’a aucune influence au plan international. L’attitude de la Chine, à cet égard, est particulièrement significative.

Ainsi, lors de la crise de la Covid-19, elle a donné la priorité aux relations avec les États-Unis et avec les États, et apporté la preuve de sa piètre considération pour l’UE. De même dans sa volonté de rétablir les routes de la soie, elle ne traite qu’avec les pays et occulte une organisation dont la participation aux négociations pourrait se justifier.

Dans ce contexte, il est donc impossible de parler de défense européenne sans impliquer l’OTAN et les États-Unis. L’imbrication est telle et les intérêts de la plupart des pays européens tellement liés aux États-Unis, qu’évoquer une autonomie stratégique de l’UE relève d’un véritable défi ou d’une provocation.

La voie n’est pas tracée qui mènerait à une stratégie commune qui pourrait se démarquer de celle des États-Unis, malgré les structures mises en place, mais sans la volonté de les rendre efficaces. Malgré tout, la France pourrait œuvrer dans ce sens, mais à la condition de se référer à une solide vision à long terme, vis-à-vis de l’UE et de l’OTAN, préalable à sa liberté d’action, et de s’y tenir.

État de l’Union Européenne

Des scléroses nombreuses paralysent l’évolution de l’UE et l’accession à l’indépendance stratégique.

L’Union Européenne est loin de répondre aux principes d’une organisation démocratique. Elle est largement orientée vers l’économie, tout en imposant des règles politiques, juridiques et une relation de subordination aux États-Unis.

Des choix sous influence.

Selon une étude ESSEC intitulée « La présence et l’influence des lobbies américains à Bruxelles», Bruxelles, abritant les institutions européennes, est devenue, de ce fait, l’un des plus importants centres de décision du monde en matière de choix économiques.

Il ne s’agit cependant pas d’un atout de puissance, mais le résultat d’une évolution consentante et liberticide, pour les pays membres, au profit d’une technostructure sans légitimité régalienne.

L’UE se montre donc fragile face à l’action d’États extérieurs homogènes, forts et ambitieux.

Les États constitutifs ont perdu quasiment leur souveraineté législative sur les grands sujets: 80% des lois nationales sont issues des directives européennes. En fait la hiérarchie des normes place les traités et les directives européennes au dessus des constitutions qui doivent être adaptées à l’évolution du Droit européen.

La CEJ[2] a réaffirmé récemment sa place dans un communiqué où elle affirme être « la seule compétente pour constater qu’un acte d’une Institution de l’Union est contraire au droit de l’Union». Elle a en outre souligné que « des divergences entre les juridictions des États membres … seraient susceptibles de compromettre l’unité de l’ordre juridique de l’Union et de porter atteinte à la sécurité juridique », précisant que « les juridictions nationales sont obligées de garantir le plein effet du droit de l’Union ».

Cette affirmation, à la limite du chantage, est récusée par certains pays, comme l’Allemagne. [3] Elle fait fi de la notion pondératrice de « Subsidiarité ».

Le droit des personnes est lui-même soumis, dans certains cas, à des instances supra-nationales. Dès lors, il est parfaitement compréhensible que Bruxelles soit la deuxième capitale mondiale du lobbying derrière Washington. Là se trouve le pouvoir juridique.

On estime entre 2500 et 3000 le nombre de groupes d’intérêt qui y pratiquent cette forme de pression, parmi lesquels 70% défendent des intérêts privés. Les intérêts des États-Unis sont autant pris en compte que ceux des États membres. La puissance de leurs groupes de pression, dans la capitale européenne, est aujourd’hui un élément essentiel des relations transatlantiques.

Il faut savoir que dans les années 70, la Chambre de commerce Américaine (AmCham) s’est installée à Bruxelles. Cette organisation regroupe les dirigeants de 145 des plus grosses entreprises de ce pays, implantées en Europe, comme les géants d’internet, Google, Amazon, les banques d’affaire, Boeing, Procter & Gamble, Monsanto, Mac Donald’s ou encore General Motors…

Alors que les législations douanières étaient encore fortes, les dirigeants de l’Amcham, ont rapidement compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient tirer de la création d’un grand marché européen, préalable à la réalisation d’un vaste marché transatlantique. Ils mirent en œuvre de multiples groupes de travail, mobilisant, par domaine, quelques 650 correspondants[4].

Il est connu que le livre blanc sur le marché unique s’avère très proche du rapport « Europe 1990: un agenda pour l’action » rédigé par l’ERT (European Round Table), un groupe de pression suscité par les États-Unis.

Le succès des lobbies américains en Europe peut s’expliquer par l’efficacité de leur organisation et leur certitude de servir les intérêts supérieurs de leur pays.

Mais l’atout majeur de ces groupes de pression reste leur remarquable capacité d’expertise sur des sujets pointus et variés: elle leur permet de suppléer les insuffisances des parlementaires et de la Commission. Cette mainmise doit être rapprochée des intentions des « pères fondateurs » du Marché commun dont la proximité affective et intellectuelle avec Washington est désormais connue. Dans l’organisation européenne actuelle l’idée d’une stratégie autonome procède d’un vœu pieux…

La philosophie européenne, méfiante à l’égard des peuples et inévitablement technocratique et ploutocratique, porte en elle même son échec. À moins de la modifier fondamentalement, en s’appuyant sur les nations, il ne pourra y avoir d’horizon géopolitique indépendant.

Sans rejeter un partenariat avec les États-Unis, une première démarche dans le sens d’une souveraineté stratégique devrait passer par une très forte atténuation du rôle des groupes de pression, notamment d’outre-atlantique, dans les décisions européennes.

Une évolution insouciante de la réalité des peuples

L’imposition d’une réunion, contre nature, d’États, rend vite caduque toute tentative de position commune, tout en dévalorisant le rôle des nations. Elle débouche sur un affaiblissement global. Les pertes de souveraineté consenties ne se traduisent pas par une souveraineté plus forte de l’ensemble.

Il est salutaire de rappeler quelques réalités.

Le risque existe que les inconditionnels d’une Europe, qui pourtant affiche son déficit de puissance et son fonctionnement procédurier et bureaucratique, en même temps que, jusqu’à un passé récent, la rigidité de son système monétaire, expliquent que le seul moyen d’en corriger les lacunes serait d’avancer aveuglément vers une Europe fédérale.

La vision est doublement fausse.

D’abord parce qu’elle fait le pari, contre toute évidence, d’un affaiblissement des nations stimulant la capacité d’action de l’Union; ensuite parce qu’elle fait l’impasse sur la rivalité naturelle des puissances.

Notons que ces principes sur lesquels repose le fonctionnement de l’UE n’ont aucun équivalent dans un monde de près de 200 États. Comme l’écrivait Raymond Aron dans « Paix et Guerre entre les Nations », la nation reste la clé des rapports internationaux.

Cette antinomie entre le supranationalisme bruxellois et la nation se retrouve dans une formule de Léo Hamon, opposant le sentiment, toujours spontané et incontrôlable et la réflexion plus ou moins construite: « La France est ma patrie, l’Europe est ma raison ».

L’illusion des dirigeants européens a été de croire que la paix entre les nations pourrait découler du droit international, de l’augmentation des coopérations, des échanges économiques et commerciaux, ou encore de la conscience d’une solidarité humaine transnationale.

S’il est impossible de nier le rôle de ces facteurs dans une relative stabilisation de la planète, ni que des coopérations universelles seront de plus en plus sollicitées pour traiter de préoccupations communes, à l’instar des questions environnementales, la recherche de la puissance demeure toujours une constante des relations internationales. Le droit n’y changera rien. Il n’est après tout que l’expression provisoire de la réussite dans un rapport de forces. Il peut être contesté et modifié.

Les traités n’ont pas empêché la prolifération nucléaire en Inde, au Pakistan, en Israël, en Corée du Nord. Ils n’ont pas freiné l’expansion de l’OTAN vers l’Est, ni la récupération de la Crimée par la Russie ou la séparation, par l’OTAN, de la province du Kosovo de sa Serbie. Ils ne dissuadent pas la Chine de menacer militairement Taïwan, de mater les aspirations démocratiques à Hong Kong, de réclamer la souveraineté sur toute la mer de Chine du sud, plus grande que la Méditerranée, et d’empiéter sur la ZEE de tous les riverains.

En somme, les spéculations de l’allemand Emmanuel Kant (1724-1804) sur une paix perpétuelle entre les nations, née de la raison, cède toujours devant l’intuition de l’anglais Thomas Hobbes (1588-1679) qui, presque un siècle auparavant, affirmait que les relations internationales seraient toujours gouvernées par de l’émotionnel, de la rivalité, de la défiance et de l’orgueil national.

Aujourd’hui, la stratégie extérieure de la Chine donne raison à Hobbes; elle s’affiche comme l’exemple le plus frappant de la persistance de l’affectif prévalant sur la raison. Son régime cultive avec force un puissant nationalisme anti-occidental. Il développe une ambition impériale à ses approches directes et propose, à ses partenaires – y compris européens – du projet des nouvelles routes de la soie, un modèle de gouvernance radicalement opposé aux principes des démocraties occidentales. Les Européens réagissent en ordre dispersé à ces prétentions universelles, parce qu’ils ne peuvent opposer à la Chine aucune cohérence politique, par déficit d’adhésion populaire et de stratégie commune.

Quand la France, l’Allemagne et la Commission, désignent Pékin comme un « rival systémique n », la Grèce, l’Italie, le Portugal et plusieurs pays d’Europe Centrale et Orientale, par intérêt financier à court terme, restent dans l’illusion de la neutralité et de l’honnêteté des échanges avec la Chine, ou tout au moins dans l’idée qu’ils pourront en maîtriser les conséquences.

Ces pays ont accepté de nouer des partenariats commerciaux et financiers avec les groupes étatiques chinois, y compris en laissant leurs capitaux prendre, pour tout ou partie, le contrôle d’actifs stratégiques, comme les ports et les réseaux de distribution d’électricité. Cette attitude montre, au-delà du défaut de clairvoyance ou de prudence, que l’absence de solidarité stratégique européenne est un des nombreux dangers qu’elle recèle. La France n’est pas exempte de ces actions suicidaires. Elle a laissé le Groupe Chinois Casil–Europe devenir actionnaire majoritaire de l’aéroport de Toulouse Blagnac, utilisé par Airbus industrie – parts rachetées depuis par le Groupe français Eiffage, et celui de Châteauroux proche d’un Centre de transmissions stratégiques majeures.

Même la Commission, pourtant consciente des risques qu’elle a, elle-même, identifiés et signifiés, en mars 2020, au président chinois, a cédé aux pressions de Pékin, à la fin avril, par crainte de représailles commerciales. Sans moyens de puissance, nés d’une union forte, elle ne pouvait faire autrement.

De même, la suppression, par Bruxelles, à la demande pressante de la Chine, des informations d’un de ses rapports sur les manquements de l’appareil politique chinois lors de la crise de la Covid-19, restera comme un des exemples criants d’une préoccupante faiblesse. Il s’agissait pourtant de vérités soulignant les freins mis aux nécessaires réactions au début de la pandémie et la désinformation globale orchestrée pour détourner les critiques et défendre l’image internationale du pays.

Nous constatons, à l’évidence, qu’avec les fondements actuels des institutions européennes, l’affirmation d’une volonté de résistance ne se vérifie pas, face à une puissance comme la Chine ayant un substrat culturel impérial et une unité de population.

Vu par les « pères fondateurs », et leurs successeurs, comme la première étape vers une société mondialisée, ou plus exactement «américanisée», sans nations, débarrassée des cadres historiques et identitaires, le montage européen utopique, sans frontières et désincarné, n’a réussi à secréter ni l’énergie, ni les institutions capables de rivaliser avec le système autocratique chinois, comme, d’ailleurs, avec n’importe quel autre ensemble humain homogène.

Pour conforter encore l’idée qu’au cœur des relations internationales se trouve bien la puissance et non le droit ou l’image virtuelle d’une communauté humaine, observons qu’en Europe c’est bien la puissance américaine ou russe, face à la faiblesse européenne qui provoque les schismes politiques.

En prenant du recul, nous constatons que la vision de la France est très isolée.

Dans cette Europe désunie, elle spécule toujours sur le couple franco-allemand dont la solidité n’est plus, à l’évidence, ce qu’elle était, pour resserrer la cohésion politique des États membres et avancer vers une Europe puissance.

Elle est confrontée à l’incertitude et alimente des projets irréalistes par l’espoir ou le rêve. Mais ni l’un ni l’autre ne confèrent les attributs concrets ni de la puissance, ni de la sécurité.

La France, pourtant, par sa longue histoire, devrait savoir que cette puissance ne peut résulter que de la conjonction de moyens matériels et immatériels et de la définition déterminée des buts, à l’intérieur d’un système cohérent.

Mais qui parmi nos dirigeants s’appuie sur l’histoire ?

L’UE ayant étouffé la voix des peuples ne dispose d’aucune légitimité et d’aucune maîtrise à l’international.

Il est évident que c’est la démocratie qui a amené la paix sur le continent et non pas l’organisation européenne. Pire, l’UE est devenue un danger pour la paix, en impliquant l’OTAN et les États-Unis dans sa vision internationale et en réduisant, de ce fait, l’effort de défense de chacun des pays. À l’opposé des recommandations du Rapport Harmel de 1967 et du Conseil de Cologne de 1999, qui militaient pour une politique de confiance Est-Ouest, les États-Unis, via l’OTAN, créent une suspicion, entretiennent une phobie et ouvrent une fracture dangereuse avec la Russie.

Nul ne peut être certain que dans les crises qui se profilent, les alliés extérieurs viendraient au secours de l’Europe. Il est bien connu qu’un allié n’est pas obligatoirement un ami et, quand bien même le serait-il, sa sécurité et ses besoins propres priment sur ceux des autres.

Face aux problèmes de ce monde, l’UE est incapable d’agir.

Elle s’achemine vers « un avenir triste et sinistre, voire un risque patent d’insignifiance militaire » comme le pronostiquait Robert Gates dans son discours d’adieux au GQG de l’OTAN en juin 2011.

Elle est, au plus, incantatoire. Elle s’est substituée à des États traditionnels qui, eux, avaient l’expérience des relations internationales et détenaient alors les moyens et la volonté de défendre les intérêts de leurs peuples. Ainsi, aujourd’hui, face à l’immigration invasive exploitée par le monde islamiste, elle est incapable d’apporter une réponse. Pire, les conséquences des accords de Schengen aggravent la situation en empêchant tout filtrage efficace à l’intérieur de son espace.

Tout migrant pénétrant dans un des pays signataires, peut, sans grande difficulté, circuler et se diriger où bon lui semble dans l’espace Schengen. À vrai dire cette faiblesse est également exploitée par des ONG qui, sous prétexte d’humanisme, contribuent à entretenir ce flux dangereux pour l’équilibre des sociétés et la protection de notre civilisation.

La signature, en juillet 2018, par les États européens, dont la France, du pacte de Marrakech sur la gestion des flux migratoires, certes non contraignant, n’a fait que confirmer auprès des populations l’aveuglement des autorités sur le sujet.

Décuplant les effets de la mondialisation, qui n’est rien d’autre que l’américanisation du monde, l’UE, agent indirect de Washington, provoque le mécontentement des peuples, face à des décisions auxquelles ils ne participent pas: immigration de masse, concurrence débridée, abandon des services publics, laminage des avancées sociales, destruction du tissu industriel, effondrement de l’agriculture, chômage.

L’absence de volonté commune à l’égard de ces risques et méfaits amène des réponses différentes des États, créant ainsi des situations diverses…

Toutes sortes de maux que les Français, probablement pour partie à tort, mais très souvent à juste titre, attribuent au Léviathan européen. Ils ne sont pas les seuls.

Claude Cheysson, ministre des Affaires étrangères du président Mitterrand, disait: « Je constate que beaucoup de grandes étapes de la construction européenne n’auraient sans doute pas été franchies s’il avait fallu préalablement les approuver par référendum ».

Chaque fois que l’expérience a été tentée, aux Pays-Bas, en Irlande, en France, au Royaume-Uni, elle s’est effectivement traduite par un échec pour l’UE.

Ce refus d’entendre les peuples est éminemment dangereux. Aveu d’une conception antidémocratique de la politique, il peut provoquer des réactions incontrôlables que l’organisation subira. Il est indispensable de prendre en compte ce risque. Seule une «Europe des Nations» évitera le risque que porte en elle une organisation évoluant vers un pur fédéralisme en opposition avec le sentiment national des peuples. La France se doit d’œuvrer dans ce sens en incitant ses partenaires à respecter les peuples.

Il ne s’agirait, après-tout, que d’observer les principes sur lesquels repose la démocratie. Cette volonté fédéraliste forcée aggrave les oppositions entre nations, car les peuples européens ne semblent pas disposés à communier au sein d’une structure étatique commune. C’est un simple constat. Une fois encore l’UE pêche par son caractère technocratique, hors des réalités sociales et historiques.

De plus ce système, par essence, affaiblit les États qui finissent par montrer leurs insuffisances, suscitant ainsi des contestations, parfois violentes, et des revendications auxquelles ils ne peuvent répondre que par de fausses promesses ou des replis détériorant davantage leur image.

Il devient urgent de réformer l’UE en modifiant fondamentalement son fonctionnement de telle sorte que les États conservent la possibilité d’accepter ou de refuser des directives et que les aspects fondamentaux, tenant aux souverainetés, fassent l’objet d’accords ou de partenariats entre États volontaires, hors des structures de Bruxelles, dont le rôle serait de les encourager, voire d’apporter sa caution, mais aucunement de les définir, et encore moins de les imposer.

Il est indispensable, aussi, de changer l’état d’esprit de cette énorme administration et de la réduire: elle ne doit plus agir « en-soi » mais dans l’intérêt des États. Le danger serait considérable de confier à une organisation internationale les aspects les plus charnels de la souveraineté. Autant il paraît utile et de bonne politique que les gouvernements puisse s’entendre sur des intérêts communs – sécurité, coopération industrielle, relations internationales..- autant il est inepte d’en confier l’élaboration à une administration incapable de prendre en considération les besoins réels de chacun et ses intérêts géopolitiques.

Ajoutons encore le manque de pertinence, jusqu’à un passé récent, d’une politique financière commune, alors que les États affichent des développements et des obligations différents. En période de récession ou de crise, la politique du plus riche n’est pas obligatoirement celle qui convient à tous.

Malgré quelques intentions affichées, la sécurité est sous traitée aux USA.

Comme le montrent les différents traités et décisions prises lors des conseils européens, l’UE s’est efforcée de bâtir une politique européenne de sécurité commune, sans pour autant parvenir à une indépendance stratégique.

Le traité de Maastricht, entré en vigueur en 1993, définit des objectifs, non plus seulement économiques, mais politiques et de sécurité (PESC). Le Traité d’Amsterdam, (en vigueur le 1er mai 1999) prévoit le renforcement de la PESC conformément à l’article 17 du traité UE. Le Conseil européen de Cologne, de juin 1999, opte pour l’acquisition d’une capacité politique, diplomatique, militaire et industrielle. Il en établit les besoins et initie toute la construction organique de la PESC.

La notion de Politique Européenne de Sécurité et de Défense est lancée et le Rapport de la présidence sur le renforcement de la PESC, très clair et volontariste. « Cela requiert la poursuite d’un effort de défense soutenu, la mise en œuvre des adaptations nécessaires et notamment le renforcement de nos capacités en matière de renseignement, de projection, de commandement et de contrôle. Cela exige également des efforts pour l’adaptation, l’entraînement et la mise en cohérence des forces européennes nationales et multinationales. …Nous sommes déterminés à favoriser la restructuration des industries européennes de défense dans les États concernés. Avec les industriels, nous œuvrerons à une collaboration plus étroite et plus efficace des industries de défense. Nous chercherons à améliorer encore l’harmonisation des besoins militaires ainsi que la programmation et la fourniture des armements, de la façon que les États membres jugeront appropriée.»

Cependant cette déclaration qui aurait pu être regardée avec optimisme, par les partisans d’une Europe puissance, est entachée par une affirmation rappelant que « L’Alliance atlantique reste le fondement de la défense collective de ses membres ». L’UE, velléitaire, ne se libère pas de la contrainte otanienne et américaine.

Le traité de Nice de 2001 apporte quelques affinements, mais le fond reste inchangé.

Le traité de Lisbonne, de décembre 2007, englobe les intentions au sein des objectifs de l’action extérieure de l’Union. Il s’agit, en fait, surtout, d’un ensemble d’affirmations générales et éthiques qui n’engagent nullement l’UE et visent davantage à encourager une intégration de tous les pays dans une économie mercantiliste sous une « gouvernance mondiale ».

Un titre de « Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité », prévu dès le traité de Nice, est concédé à un notable. Il ne détient aucun pouvoir réel.

Une fois encore nous constatons, dans la rédaction de ce texte, l’influence de l’ultra-libéralisme et du transnationalisme promus par les États-Unis et leurs grands groupes industriels et financiers.

Depuis 2001, il existe, auprès de ce Haut Représentant, un État-major militaire de l’Union Européenne: ses fonctions sont réduites à l’évaluation de situation, l’alerte et la planification stratégiques. Il reçoit ses directives du Comité militaire de l’Union Européenne composé des chefs d’état-major des armées de chaque pays membre. La faiblesse de ses effectifs tout comme sa subordination complexe, limitent son rôle. Il constitue à ce jour la seule structure militaire permanente intégrée de l’UE.

L’organisation de la sécurité dépend donc de la vision que les États peuvent en avoir. Elle est inévitablement otanienne. En Juin 2017, est enfin créé le Fonds Européen de la défense avec deux volets- «Recherche» et «Développement et acquisition» et une première «aumône» en guise de budget.

Pour résumer, le chemin a été tracé, souvent par de vrais concepteurs. La France est restée le trublion. Mais jusqu’à ce jour elle n’a pu réellement peser, ligotée par son inclusion dans les «structures intégrées de l’OTAN». Elle doit parler plus fort et plus clair.

L’Europe est un tout humain, historique, culturel, économique. La Russie en fait partie. Elle n’est pas l’ennemi à abattre. Très clairement, il n’y a pas plus de PESC que de PSED, mais une bureaucratie budgétivore dans une Europe dédiée au commerce et satisfaite d’une collusion avec les États-Unis.

Pour moduler la formule choc de l’actuel président français « l’OTAN est en état de mort cérébrale », il parait plus juste de dire que le lobe européen a été victime d’un AVC.

Relations Europe – États-Unis

Il s’agit, d’être pleinement conscient de plusieurs aspects, regardés aujourd’hui comme intangibles. Tous sont imposés par Washington.

Sous l’emprise d’un empire.

C’est dans la nature de tous les regroupements humains de vouloir étendre leur territoire et affirmer leur suprématie. C’est toujours cette ambition qui s’exprime par la guerre et la conquête. Victorieuse, elle repousse les frontières d’un pays et l’amène à dominer d’autres territoires habités par des peuples différents. Avec les États-Unis il n’en est rien.

Leur domination extérieure n’est pas territoriale. Elle est d’une toute autre nature, beaucoup plus insidieuse parce qu’elle offre une sorte de confort dans l’abaissement, sans porter atteinte à l’indépendance officielle des pays ralliés. C’est un mouvement inscrit dans la durée mais grandement dangereux, car ce pays est menaçant face à ceux qui ne partagent pas sa vision universaliste, ou lorsqu’il imagine un risque de concurrence.

Le Général Mark Milley, Joint Chiefs of Staff (JCofS) depuis le 20 septembre 2019, l’a affirmé brutalement: « Je veux être clair avec ceux qui tentent de s’opposer aux États-Unis…. Nous possédons la capacité de nous déployer rapidement et nous détruirons n’importe quel ennemi, n’importe où, n’importe quand ! ».

Si cet État fédéral a profité de sa contribution majoritaire à la victoire sur les forces allemandes et nippones en 1945, ce ne fut pas en annexant des terres, mais bien en imposant des règles dans les relations internationales, in fine, à son seul profit. Organisations diverses, militaires, financières ou économiques, ont assuré, sous l’hypocrite destination affichée de servir l’humanité, la domination du système américain sur une large partie de la planète.

C’est ainsi qu’est né l’empire des États-Unis d’Amérique car il s’agit bien d’un empire auquel l’Europe se subordonne.

N’oublions pas, aussi, que l’organisation européenne a renoncé à toute ambition stratégique dès sa fondation. Elle s’est bâtie pour éviter la guerre entre ses membres. Cette paix, ardemment souhaitée, nécessitait un garant, un protecteur. Il ne pouvait s’agir que de la puissance des États-Unis.

Hormis la France du général de Gaulle, les autres pays européens se sont mis d’accord pour déléguer leur direction politique et militaire à leur allié d’outre Atlantique.

La Russie important partenaire et faux ennemi

Dans cette vision impériale, l’attitude des États-Unis à l’égard de la Russie, cherchant à en faire un ennemi de manière totalement artificielle, a sans doute pour but de justifier la poursuite du développement de leur complexe militaro industriel et le maintien des États européens sous leur domination militaire, donc politique.

Leur budget de la Défense s’établit à 750 milliards de dollars, alors que celui de la Russie se monte à 65 milliards de dollars, loin derrière celui de la Chine et de l’Arabie saoudite ou encore de l’OTAN de 1036 Md$ jusqu’à un passé récent. Bien sûr les pouvoirs d’achat diffèrent et peuvent tempérer ces rapports, mais globalement les sommes investies par les États-Unis au profit de leurs armées sont sans commune mesure avec celles dont disposent les armées russes.

Les États-Unis ont défini et affiché une stratégie, face à la Russie, – cf. Nuclear Operations – Joint Publications 3-72 Juin 2019/ JCofS – impliquant d’emblée l’emploi de l’arme nucléaire tactique à faible énergie, certes sur le sol russe, et précisément pour cela, ouvrant à une riposte à laquelle la France ne pourrait échapper.

La Russie, qui pourtant ne propage plus aucune idéologie, est nommément désignée comme l’ennemi. La France, qu’elle le veuille ou non, subit cette conception américaine et son concept de dissuasion est mis en péril. Elle ne peut à la fois, assurer la défense de ses intérêts vitaux par une stratégie dissuasive propre et dépendre des États-Unis, seuls maîtres de l’engrenage de la bataille de l’avant vers l’option nucléaire, comme membre de l’organisation militaire intégrée.

Cette approche est d’autant plus périlleuse que l’arme nucléaire avait toujours été regardée comme permettant « l’équilibre de la terreur », visant un non-emploi.

Pour la France, son utilisation tactique avait pour but de lancer à l’adversaire un ultime avertissement en concentrant la frappe sur ses seules forces. Pourtant, demain, comme hier et aujourd’hui, la dissuasion nucléaire sera au cœur de l’équilibre du monde. L’Europe ne pourra en faire l’impasse.

La fidèle subordination des pays européens aux États-Unis, hormis, dans ce domaine, de la France et du Royaume-Uni, tient, depuis 1949, à cette réalité. La France est maintenant, depuis le Brexit, formellement et légalement, le seul pays de l’UE à disposer de cette puissance atomique. C’est très certainement un atout.

Réalités et intentions sous-jacentes

De plus cette politique agressive suscite un rapprochement contre nature entre la Russie et la Chine, potentialisant ainsi une menace. De ce fait, elle pourrait devenir réelle, même si chacun de ces deux pays ne porte en lui aucune volonté d’agression militaire contre l’Occident. Dans les années passées, la Russie a rétabli sa souveraineté sur sa province de Crimée [5] qu’une décision administrative soviétique – 1954 – lui avait retirée. Retrouver l’intégrité de son sol ne peut décemment lui être reproché pas plus, toute chose égale par ailleurs, qu’il ne pouvait être reproché à la France, après la défaite de 1870, de tout faire pour ramener en son sein l’Alsace-Moselle.

De même, s’agissant de l’Ukraine qui doit son indépendance à la seule bonne volonté de Moscou, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître, d’une part, que le berceau de la Russie se trouve autour de Kiev et que, d’autre part, 17,2% de sa population est russe et fidèle à la mère patrie.

Les États-Unis risquent de nous entraîner dans une guerre contraire à nos intérêts.

Il est révoltant de savoir que si nous refusons leur vision inique nous ferons partie de « l’axe du mal ».

Cependant le but des États-Unis pourrait être tout autre. En maintenant par toutes sortes de ruses l’idée d’un ennemi en Europe, ils consolideraient la subordination de leurs alliés et leur besoin sécuritaire. En effet, imaginons que la Russie soit reconnue comme ne présentant aucun danger pour la paix sur le continent, Washington, dans cette hypothèse, aurait bien du mal à s’opposer à un rapprochement entre l’UE et Moscou et à justifier pleinement l’existence de l’OTAN. L’ensemble ainsi constitué, représenterait un adversaire économique et politique majeur.

La Russie doit donc rester l’ennemi. En effet, si l’Europe mettait en œuvre les intentions affichées, lors du Conseil de Cologne en 1999, dans son annexe III, Washington aurait bien du mal à réorienter sa vision géopolitique : « L’Union considère la Russie comme un partenaire essentiel pour atteindre cet objectif [paix durable sur le continent] et elle est déterminée à coopérer avec elle. Elle propose que le partenariat stratégique se développe dans le cadre d’un dialogue politique et de sécurité permanent,/…./. Ce dialogue permettra une concertation renforcée dans toutes les instances pertinentes dont la Russie et les États membres sont membres, en particulier l’ONU et l’OSCE…»

Notes de texte.

[2] Cour Européenne de Justice

[3] S’agissant du programme d’achats d’actifs lancé par la Banque centrale européenne, les juges allemands, en avril 2020, ont lancé un ultimatum à la BCE. «Si le Conseil des gouverneurs n’adopte pas une nouvelle décision démontrant de façon substantielle et compréhensible que les objectifs de politiques monétaires poursuivis par le PSPP (programme de la BCE sur l’acquisition d’obligations souveraines sur les marchés secondaires) ne sont pas disproportionnés par rapport aux effets économiques et budgétaires qui en découlent, la Bundesbank ne pourra plus participer à la mise en place et à l’exécution du programme», écrit la cour dans son jugement. Autrement dit, elle cesserait ses achats d’actifs. En outre, la banque centrale allemande pourrait appliquer cette règle aux titres qu’elle détient déjà en portefeuille.

[4] étude ESSEC: « la présence et l’influence des lobbies américains à Bruxelles » 05 avril 2015.

Les Lobbies; https://agone.org/elements/europeinc/enligne/4/index.html; Observatoire de l’Europe industrielle; «Comment les multinationales construisent l’Europe & l’économie mondiale» : 12/04/2005,

https://www.vie-publique.fr/questions-reponses/271843-cinq-questions-sur-laction-exterieure-de-lunion-europeenne

[5] Le « Khanat » de Crimée est annexé à l’Empire russe depuis 1783. En 1954, Nikita Khrouchtchevtransfère la Crimée à la RSS d’Ukraine de manière symbolique.11 mars 2014 le parlement de Crimée déclare l’indépendance de la république de Crimée (réunissant la république autonome de Crimée et Sébastopol). Le 18 mars 2014, à la suite d’un référendum tenu le 16 mars, le gouvernement russe annonce que la république de Crimée (correspondant à l’ancienne république autonome de Crimée) et la ville de Sébastopol, deviennent deux nouveaux sujets de la fédération de Russie et le gouvernement ukrainien retire ses troupes de Crimée.Au niveau international, les États-Unis, l’Union européenne et d’autres pays s’opposent à la Russie, l’accusant de violer le droit international et la souveraineté de l’Ukraine. L’Assemblée générale de l’ONU adopte le 27 mars 2014, une résolution, non contraignante, qui dénonce le référendum en Crimée et le rattachement à la Russie; 78 pays s’abstiennent de voter la résolution.

2) Le piège du lien transatlantique: comment sortir de ce piège ?

L’OTAN subordonne l’UE aux États-Unis

L’OTAN n’est pas une organisation respectueuse des spécificités de ses membres, mais un instrument à la main des États-Unis, imposant leurs normes dans tous les domaines et incitant leurs partenaires à s’équiper, pour beaucoup, de matériel américain de premier rang, en contradiction avec un partenariat industriel et commercial qui pourrait profiter à notre pays ou aux autres États européens. Il serait parfaitement légitimé par les fondements de la « construction européenne ». L’OTAN facilite la domination des États-Unis sur l’ensemble des pays occidentaux qui en sont membres et apporte une justification aux interventions militaires décidées par Washington.

Dans les 14 pays de l’est européen et des Balkans, l’équipement en matériels venu des usines d’outre-atlantique est privilégié pour le remplacement de matériels anciens le plus souvent d’origine soviétique. Les choix de la Pologne, dont le budget de défense est le plus important parmi ces pays, ont souligné, notamment dans le domaine aéronautique, le lien très fort entre appartenance à l’OTAN et équipement en matériel américain. Acheter un matériel majeur d’armement à l’étranger est un choix très lourd engageant l’avenir pour des décennies, notamment au travers de la formation des personnels, et du soutien matériel et intellectuel.

Les procédures FMS[6], d’appuis à l’exportation de matériels militaires, permettent aux pays qui les utilisent de se reposer sur la logistique des forces armées américaines. Elles constituent un moyen efficace de contrôler l’usage que font les pays bénéficiaires de leurs matériels. Autant dire que les décisions d’aujourd’hui hypothèquent l’avenir.

Toute occasion peut être bonne pour transformer l’incitation à acheter américain en obligation.

Ainsi l’obligation faite à la Belgique d’acheter un escadron de JSF 35 et à l’Allemagne de 45 F 18 Super Hornet et 15 E 18 Growler pour être admis, par Saceur, comme porteur pouvant délivrer la Bombe B 6, s’apparente à de la vente forcée. En effet :

– le raid nucléaire OTAN ne relèverait, dans sa décision et dans son plan de frappe, que du seul Saceur, aux ordres du président des États-Unis,

– les chasseurs–bombardiers des 6 armées de l’air impliquées ne seraient que des «mules» – pour reprendre l’appellation des porteurs de drogue – chargées d’une bombe – B 61 – sur ordre du seul président des États-Unis. Constatons que cette arme a été retirée partout du service par l’USAF sauf en Europe – en particulier pour son infime probabilité de pénétration des défenses sol-air d’aujourd’hui et de demain.

Cela étant, il ne faut donc pas s’étonner que l’industrie militaire française et européenne, ne puisse équiper pleinement les armées des pays membres.

Pire, sur la décennie, la balance commerciale armements avec les États-Unis se trouve dans un rapport de 1 à11 :

– ventes de l’Europe aux États-Unis: environ 7 milliards $
– ventes des États-Unis à l’Europe: environ 77 milliards $

Pour faire bonne mesure, ce 10 octobre 2020, la Finlande, pays de l’UE depuis le 1er janvier 1995, et les États-Unis officialisent la négociation d’un achat, au plus tôt, de 74 F18 Super Hornet et E 18 Grawler ou 60 JSF 35, avec toute leur dotation en munitions air-air et air-sol, pour un total # 13 Milliards $. Tous matériels et équipements produits dans des standards identiques par nos entreprises européennes.

La totalité des États européens, membres de l’OTAN, se soumet à la volonté des États-Unis.

Certains cherchent à se positionner comme de bons disciples et à relayer la volonté de Washington. Au sein de l’Alliance, sans contrarier Washington, ils poursuivent leur propre intérêt.

Un pays, comme l’Allemagne, dévoile son ambition, au sein de l’OTAN, mais aussi en Europe, d’être le relais fidèle des États-Unis. « Prouver » son « rôle central » dans l’alliance militaire transatlantique est affirmé comme un « intérêt essentiel » pour l’Allemagne. Il est certain que son tropisme historique vers la Mittel-Europa la pousse aussi à agir dans ce sens.

Ainsi, voyait-elle, dans l’exercice Defender 2020, perturbé à cause de la crise de la Covid-19, une occasion de garantir la capacité opérationnelle du Commandement de soutien interarmées (JSEC)[7] allemand, lui permettant de se rapprocher de sa prétention à devenir la première puissance militaire d’Europe.

Elle se situe donc résolument au delà des problèmes de maintien en condition du matériel et d’entraînement que connaît actuellement la Bundeswehr.

Dans la revue InfoBrief Heer publiée par le Förderkreis deutsches Heer (FKH), un groupe de réflexion défendant les intérêts de l’armée allemande, il est écrit que « l’implication du JSEC dans cet exercice otanien, sert à la « préparation » du commandement en vue d’une «coopération opérationnelle complète ».

Selon le FKH, « l’intention à long terme » est la «création d’un réseau de forces armées multinationales» sous la direction du JSEC, en tant que « noyau d’une intégration militaire encore plus étroite en Europe ». De cette manière l’Allemagne « respecterait les aspirations politiques énoncées dans le Livre Blanc de 2016, d’assumer sa responsabilité de direction ».

L’affichage d’une telle volonté, montre, à l’envi, non seulement un désir d’influence, voire de direction des autres armées européennes, mais surtout le souhait d’une plus grande intégration otanienne sous la tutelle des États-Unis. Cette détermination est, évidemment à mettre en perspective avec l’ambition, non dissimulée, d’affaiblir la position militaire et géopolitique française, fragilisée par la naïveté ou l’idéalisme de ses responsables, en « mutualisant » la dissuasion nucléaire et en accédant, d’une manière ou d’une autre, au siège permanent de la France au conseil de sécurité.

Cette attitude est confortée par la prééminence économique actuelle de l’Allemagne sur la France obtenue grâce à la maîtrise financière de l’euro et des mesures structurelles sévères.

« Lors de la 27ème Conférence des Armées Européennes, organisée à Wiesbaden le 24 octobre 2019, au quartier Général de l’US Army en Europe, le chef d’État-Major de l’armée de Terre (deutsches Heer) et son homologue américain ont signé un accord bilatéral de « vision stratégique » dont l’objectif est de porter leur interopérabilité à un niveau inégalé à ce jour ».

Cet accord devrait permettre d’ici à 2027 à un régiment allemand d’opérer sous le contrôle d’une brigade de l’US Army, à l’égal d’une unité nord américaine; de même une division pourrait connaître un identique positionnement. Cela au prétexte qu’une plus grande interopérabilité entre l’armée allemande et celle des États-Unis est essentielle, pour faire face aux multiples menaces auxquelles l’OTAN est confrontée.

Cet accord suppose que les unités allemandes et américaines aient des systèmes d’information compatibles et des procédures communes. Il est aussi question d’initiatives partagées en matière de combat collaboratif et de munitions. Selon le général Ben Hodges, ex-Commandant en chef de l’US Army, cet accord devrait permettre de déboucher sur un statut analogue à celui de l’Alliance des Services de Renseignements américain, australien, britannique, canadien et néo-zélandais, les FVEY (Happy few Five Eyes)[8]:

« la clé réside dans les changements politiques et technologiques nécessaires »

Alors que toutes les forces engagées dans l’OTAN sont, par nature interopérables, et toutes aussi rompues « au combat collaboratif et à la standardisation des munitions », que l’armée allemande choisisse l’intégration complète de grandes unités dans les forces américaines, démontre une volonté préoccupante de subordination et de démarquage par rapport aux autres membres de l’alliance. Il est certain que les États-Unis voient dans cet accord la préfiguration de ce qui devrait se réaliser avec les autres armées européennes.

Certains pourraient dire que cet alignement allemand procède d’un sentiment de culpabilité rémanent pour avoir provoqué le second conflit mondial et laissé une image douloureuse, d’autres, au contraire, d’un désir de réaffirmation… En tout état de cause, il prive la France, sur ce sujet majeur, de son partenaire initial.

Cette politique est sans doute circonstancielle. Elle ne doit pas nuire à l’avenir d’une indispensable coopération entre les deux pays. D’autant plus que la France, depuis longtemps, dispose, elle aussi, de forces pouvant être associées avec les forces américaines.

Mais face au concret des situations, il serait risqué de compter sur une indéfectible solidarité de l’Allemagne avec la France.

La France, dans la crise opposant la Grèce à la Turquie, membre de l’OTAN, s’est trouvée initialement seule pour soutenir la Grèce, à la fois membre de l’UE et de l’OTAN. Pire, l’Allemagne au lieu de se ranger du côté de ces deux pays membres de l’UE, a voulu s’ériger en arbitre.

Il faut malheureusement constater que l’Allemagne est, quelque part, l’otage de sa forte minorité turque et que les États-Unis, maîtres de l’OTAN, demeurent tributaires de la Turquie, partenaire otanien, face à la Russie. Avec cinq millions de Turcs sur son territoire, plus de 20 milliards de commerce avec Ankara chaque année et un besoin impérieux de gaz pour assurer sa sortie du charbon et du nucléaire, l’Allemagne n’a pas vraiment les moyens de s’attirer l’hostilité d’Ankara.

Elle ne soutient pas la Grèce, la France et désormais l’Italie, dans leur opposition aux ambitions turques sur l’extension des eaux territoriales de la Turquie au détriment de la Grèce, sur fond de recherche pétrolière. Cette situation est pourtant éminemment périlleuse. Elle a déjà vu un incident entre la frégate française Courbet et la frégate turque Oruçreis le 10 juin 2020, quand bien même il était officiellement lié au non-respect de l’embargo des Nations Unies sur la Libye par la Turquie.

L’Allemagne provoque ainsi la création d’une fracture au sein de l’UE et de l’OTAN.

Quant aux États-Unis, ils ne déjugent pas l’Allemagne, leur principal allié, d’autant plus que la Turquie, autre allié, leur est indispensable sur le flanc sud de la Russie mais aussi, pour des raisons d’approvisionnement pétrolier. Au total l’OTAN brille par son mutisme !

Cette crise fait craindre un attentisme préoccupant tant de l’OTAN que de l’UE. et laisse mettre en doute la solidité de ces deux organisations dans la défense et la sécurité de l’un ou l’autre de leurs membres.

Quant aux États de l’ancienne Europe de l’est, ils sont reconnaissants aux États-Unis de les avoir délivrés de la tutelle soviétique et considèrent que seule une forte alliance avec eux peut les protéger d’une éventuelle menace russe.

Les faits nous amènent à relever l’étroite subordination de l’UE à l’OTAN.

Avant même l’institution de l’UE, à Maastricht, en 1992, c’est l’OTAN qui arrêta, lors du sommet de Rome, un certain nombre de critères auxquels devraient se conformer les premiers candidats à l’adhésion. Sortant de son rôle militaire et de défense, elle se comporta en référence morale et fixa ce qu’elle entendait par « bonne conduite » en matière d’économie, de régimes politiques, de droits de l’homme, ou encore de contrôle démocratique des forces armées.[9] L’UE, en construction, reprit fidèlement tous ces critères.

Il est remarquable de noter que dans la très grande majorité des adhésions, la chronologie montre que, soit l’OTAN précède l’UE, soit qu’existe une quasi-synchronisation. De facto, pour les pays candidats, leur acceptation par l’OTAN garantit leur entrée dans l’UE: pour preuve les calendriers respectifs d’adhésion: Hongrie, Pologne, République Tchèque admises dans l’OTAN en 1999, et dans l’UE en 2004; Estonie, Lettonie, Lituanie, Slovaquie, Slovénie dans l’UE et l’OTAN, simultanément, en 2004. Procédé évidemment contraire aux accords Reagan-Gorbatchev, de ne pas attirer dans l’OTAN les pays de l’est! Une erreur ou provocation diplomatique entraînant une défiance compréhensible et durable de la Russie envers l’«Ouest» et le désir de se faire respecter.

Une forte osmose entre les deux organisations est indéniable et, hélas, inévitable. Elle est notoire dans l’attitude à l’égard de la Russie où l’UE s’aligne sur la politique de pression, de sanctions et de marginalisation voulue par les États-Unis relayées par l’OTAN. L’UE se trouve ainsi associée aux politiques interventionnistes américaines en Europe comme hors de l’Europe.

L’UE, semble avoir délégué la conduite de sa politique extérieure à l’OTAN et, par voie de conséquence, aux États-Unis.

Outre le risque de voir les peuples européens entraînés dans un conflit contraire à leurs intérêts, l’OTAN, porte en elle-même, une sévère menace.

La Turquie, laisse peser sur l’Europe une grave hypothèque face au risque migratoire. Ayant rejeté son organisation laïque, ce pays s’est rapproché des fondamentalistes musulmans, agents du terrorisme islamiste. Il exerce un chantage vis-à-vis de l’UE, menaçant de ne plus retenir une émigration musulmane de masse.

Ce chantage lui a rapporté quelques milliards d’euros de contrepartie. De plus l’UE vient de lui accorder une « rallonge de 485 M€ » pour retenir les migrants. Notons aussi que sur les 300 imams étrangers prêchant en France, 150 sont turcs.

Or la Turquie demeure, selon les textes, un allié, qui plus est candidat à l’intégration dans l’UE dont elle obtient toutes sortes d’aides pour le maintien d’un statu quo. L’UE laisse ainsi la Grèce, seule, pour protéger militairement les limites de l’Union en mer Égée. Nous sommes confrontés à une dangereuse incohérence.

La philosophie politique américaine en arrière-plan des attitudes au sein de l’UE.

La philosophie des États-Unis d’Amérique d’abolir, ailleurs, les États-nations, est en fait déterminante dans leur relation avec l’Europe.

Elle est exprimée par le transnationalisme de quelques notables ou institutions qui, au nom d’une pseudo-obsolescence de ses structures historiques, souhaitent une organisation globalisante dirigée par les banques et les géants économiques. Elle serait, inévitablement et solidement, fédérée par Washington. Cette philosophie, impérialiste, lourde d’hypocrisie, est une constante de la politique américaine.

Ainsi, lors de l’affaire du Rwanda, les États-Unis, agissant en sous-main, souhaitaient l’éclatement des pays de l’Afrique des Grands lacs au profit d’un ensemble nouveau dirigé à partir de Kampala, de langue anglo-saxonne, et aux ordres de Washington. De même leurs interventions au Proche-Orient visaient à créer un chaos préalable à leur domination. De cette situation ils espéraient tirer profit en restructurant, dans une unité singulière, selon leur volonté, les États issus des accords Sykes-Picot de 1916.

S’agissant de l’ « Europe » il est désormais patent que les initiateurs de son organisation étaient directement influencés par les États-Unis.

Enfin le système ultra-libéral, très largement d’inspiration anglo-saxonne, a conduit les gouvernants français, au mépris de toute prudence, à concéder à l’étranger, hors UE, des pans importants de notre souveraineté et de notre autonomie. Au nom d’une mondialisation, mal comprise, et d’une utopie européiste et pacifiste, c’est notre liberté et la dimension de la France qui ont été engagées.

Par voie de conséquence l’indépendance militaire, voire notre capacité à appliquer notre doctrine de dissuasion sont, sinon empêchées, du moins fortement contrariées.

Quant à la crise de la covid-19, elle a démontré les énormes failles dans la sécurité sanitaire du pays. Cela a fait comprendre que d’autres piliers de notre sécurité dépendaient désormais de décisions étrangères.

À titre d’exemple, si un système d’armes, contient au moins un composant américain, il tombe sous le régime de la réglementation ITAR[10]. Les États-Unis s’arrogent, alors, le pouvoir d’en interdire la vente à l’export à un pays tiers qui ne leur convient pas. Or beaucoup de sociétés françaises intègrent des composants en provenance de ce pays, notamment électroniques, dans de nombreux matériels aéronautiques et spatiaux. Cette procédure leur donne la possibilité de contrôler nos exportations si elles sont en concurrence avec les leurs – ou en divergence avec leur politique extérieure.

Cette politique est parente de l’application de « l’International Emergency Economic Powers Act », loi fédérale américaine de1977, qui sanctionne financièrement toute société traitant avec des pays dont l’attitude ne convient pas à Washington. Ainsi, en 2014, la BNP subit une pénalité de 9 Md$ pour le financement d’usines Peugeot en Iran.

Un autre exemple récent de cette dépendance peut être trouvé dans l’interdiction faite par l’Allemagne à l’exportation du missile air-air longue portée METEOR de MBDA vers l’Arabie saoudite, au prétexte qu’elle participe au système de propulsion et la charge militaire.

Ajoutons la totale dépendance vis-à-vis de l’étranger pour l’approvisionnement de toutes nos armées en munitions, bonnes de guerre, de petits calibres. Nous pouvons imaginer les conséquences, si la France, pour ses besoins propres, dans une politique internationale ou intérieure indépendante, ne convenant pas à ses alliés, avait un besoin impératif de ces armements.

Ajoutons enfin que l’allégeance à l’OTAN nous a amené à ne pas développer certaines branches de notre défense qui aujourd’hui nous rendent dépendants des États-Unis ou d’autres pays, dans nos interventions outre-mer.

Comment sortir de ce piège ?

Les enseignements que nous pouvons tirer de ces faits sont déterminants pour définir une politique de défense de la France qui pourrait inspirer quelques pays européens, à condition qu’ils veuillent bien accepter l’idée de cette nécessaire évolution de leurs rapports entre-eux et avec les États-Unis

– soit nous abandonnons la trajectoire de l’histoire de France en acceptant un alignement complet sur Washington et en admettant que l’Allemagne, sur le continent européen, en devienne le pilote et l’allié privilégié des États-Unis. Certes, l’Allemagne a l’avantage de sa position géographique centrale en Europe, de ses performances économiques et d’une population nombreuse – 83 millions d’habitants au 31 décembre 2019 – mais vieillissante, malgré un apport sur l’année de 300 000 migrants à l’origine d’un léger rebond de la natalité.

– soit nous mettons tout en œuvre pour recouvrer l’essentiel de notre souveraineté et la maîtrise de notre sécurité. La France, avec son poids historique sur l’Europe, son universalisme reconnu, sa dimension internationale et en particulier militaire qui fait d’elle la seule puissance nucléaire européenne – et du meilleur niveau- peut prétendre à une primauté.

Dans cette dernière hypothèse il est bien évident qu’elle devra exercer une forte pression sur ses partenaires et sur l’UE dont une des armes pourrait être la menace d’une séparation. Cela n’implique en aucune façon un isolationnisme, un divorce d’avec l’OTAN, mais l’établissement de relations harmonieuses et sans subordination au sein de l’Alliance.

Cependant comment la France peut-elle se faire entendre ?

La communauté nationale se révèle vulnérable à toutes sortes de violences, sans traitement militaire, et l’appareil d’État est affaibli, sa marge de manœuvre réduite par une crise économique et sociale extrêmement difficile à maîtriser, générée par la pandémie de la covid-19. De plus son horizon politique est subi. Il est en effet dominé par l’établissement d’une Europe aux contours mal définis, contrainte par la tutelle des États-Unis et le retour d’une influence grandissante de la Russie sur la scène internationale.

La position de la France n’est pourtant pas désavantageuse, même si elle a bien du mal à conserver sa liberté d’action. C’est plutôt la faiblesse de l’Europe qui est préoccupante.

Dans l’hypothèse d’une fidélité à la voie historique, il faut être conscient des obstacles précédemment évoqués et des contraintes internes.

Il sera très difficile de convaincre nos voisins de la justesse de cette orientation. L’Allemagne suit sa propre ambition de puissance et s’aligne délibérément sur les États-Unis. Le Royaume-Uni, ayant quitté une UE trop pesante et trop germanique, liée à Washington, ne s’opposera jamais aux États-Unis avec lesquels il partage bien des aspects culturels, linguistiques, économiques et politiques.

Notons toutefois que la France et le Royaume-Uni se sont entendus en octobre 1995 pour une dissuasion concertée. Les autres pays de l’UE n’ont aucune velléité de s’affranchir des chaînes otaniennes. Le dispositif actuel leur convient.

Seule la France a des raisons de mener une politique de défense autonome. Sans remonter le cours de l’histoire, il est évident qu’elle demeure une grande puissance avec ses spécificités et une légitimité pour rayonner et défendre ses intérêts dans le monde. Elle dispose de la première armée d’Europe, d’un des premiers budgets de défense, mais au-delà du budget, il faut surtout voir la réalité des capacités opérationnelles. Constatons que son armée est la seule à laquelle les États-Unis confient le commandement d’une «task force» intégrant l’US Navy, l’US Army et l’USAF; qu’elle est la seule puissance nucléaire crédible et légale en Europe, et enfin que la France est membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Elle risque toutefois d’en perdre lentement les caractéristiques en continuant à s’aligner sur une politique européenne qui lui échappe. Son influence n’a cessé de décroître. Elle ne joue plus un rôle moteur. Le seul exemple de la progressive substitution de la langue anglo-saxonne au français, langue d’origine de l’Europe, est la preuve magistrale de ce déclin. Ainsi madame Ursula von der Leyen, ancienne ministre de la Défense allemande et, depuis juillet 2019, présidente de la commission européenne, utilise presque systématiquement la langue anglaise dans ses interventions, alors qu’elle est aussi francophone.

Bien sûr, certains de nos dirigeants ont une part de responsabilité, en ayant accédé à tous les abandons culturels, par patriotisme assoupi, américano-tropisme ou myopie géopolitique. Il n’empêche que le symbole est fort.

Les atouts de la France sont pourtant considérables, mais aujourd’hui, par facilité ou adhésion de certains politiques à cette vision mondialiste évoquée, ils ne sont que très peu mis en valeur, voire pas du tout. Certaines évidences doivent être soulignées.

L’Europe, orientation principale et naturelle de notre pays, n’est cependant pas son seul horizon.

La Russie n’est pas notre ennemie. Elle est probablement, dans l’histoire européenne, le pays contre lequel la France s’est le moins battue. Son élite, traditionnellement, longtemps francophone est demeurée francophile. De plus la France, en tant que nation, a des intérêts qui ne sont pas ceux de ses alliés.

Rien, même au sein de l’OTAN, n’interdit une politique propre; sauf à nous démontrer une incompatibilité avec des règles acceptées.

Le rapport Harmel au Conseil de l’Alliance Atlantique des 13 et 14 décembre 1967, l’exprimait. Il laissait aux États une totale liberté d’action en définissant les futures tâches de l’Alliance. Ainsi sa recommandation n°8 stipule que « En tant qu’États souverains, les Alliés ne sont pas tenus de subordonner leur politique à une décision collective.

L’Alliance fournit un forum et un centre efficace pour les échanges d’informations et de vues; ainsi, chacun des Alliés peut-il arrêter sa politique à la lumière d’une connaissance approfondie des problèmes et des objectifs de tous les autres».

Les faits ne traduisent pourtant pas ces affirmations

La montée en puissance de la Chine est inexorable; et sans doute demain l’Inde suivra. La qualité de sa dissuasion, l’importance donnée à sa Marine en sont des signes avant-coureurs. Les États-Unis en sont conscients, et redoutent un monde multipolaire: « les systèmes multipolaires sont intrinsèquement sujets à la compétition, la confrontation, l’instabilité et à des guerres entre États…Nous entrons dans cet avenir multipolaire, le conflit entre les États-nations est pratiquement certain à plus ou moins long terme». (Gal M Milley US JCofS). En cela il est rejoint par nos propres Chefs d’État-major des trois armées qui prédisent aux élèves officiers, comme par exemple le Chef d’État-major de la Marine, « que leur génération aura sans doute à livrer bataille sur mer » – Amiral P. Vandier – École Navale-Septembre 2020.

Pour les États-Unis, le maintien de leur position dominante, d’abord sur le monde occidental puis face à la Chine, ne peut se poursuivre qu’avec tout le potentiel d’une Europe soudée à eux dans une OTAN aux ordres. Cela implique dès aujourd’hui de recréer aux frontières de l’Est l’ennemi russe, réincarnation du vieil épouvantait soviétique, capable d’inquiéter les Européens. Les exercices de l’OTAN depuis 2017 permettent de mettre en exergue une menace guerrière et de créer une psychose. Cette supposition aventureuse va jusqu’à envisager un échange de frappes nucléaires tactiques sur le sol européen dont la présence effective de missiles « upgraded », et la doctrine d’emploi affichée, renforcent la crédibilité.

Notes de texte

[6] Foreign Military Sales: FMS; vise à faciliter les ventes d’armement d’État à État (du moins, ceux qui sont autorisés par le département d’État), via la Defense Security Cooperation Agency (DSCA) du Pentagone. Les FMS «font progresser les objectifs de sécurité nationale et de politique étrangère car elles renforcent les relations bilatérales dans le domaine de la défense, soutiennent la constitution de coalition et augmentent l’interopérabilité entre les forces américaines et alliées». Chaque transaction est, au préalable, soumise à une demande d’autorisation du Congrès

[7] Joint Support and Enabling Command: La création du Commandement interarmées du soutien et de la facilitation (JSEC) et celle de son QG jumeau, le Commandement de forces interarmées (JFC) de Norfolk, a été entérinée par les ministres de la Défense des pays de l’OTAN en février 2018. Le JFC de Norfolk contribue à garantir que les voies maritimes entre l’Amérique du Nord et l’Europe restent sûres, le JSEC couvre ce que l’on appelle la « zone arrière » en Europe.. Le JSEC fait partie de la structure de forces de l’OTAN et relève du commandement opérationnel du Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR)

[8] Système « Échelon ». FVEY (Five Eyes) désigne l’alliance des services de renseignement de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis, reliés entre eux par l’accord UKUSA qui prévoit la coopération entre les différents services assurant la collecte de renseignements électromagnétiques.

[9] « Élargissement de l’OTAN. Pour pouvoir adhérer à l’Alliance, les pays doivent respecter les valeurs énoncées dans le Traité de l’Atlantique Nord, et satisfaire à un certain nombre de critères politiques, économiques et militaires Il leur est demandé d’avoir un système politique démocratique fonctionnant bien et reposant sur une économie de marché ; de traiter les communautés minoritaires de manière équitable ; de s’engager à régler les conflits de manière pacifique ; d’être capables et désireux d’apporter une contribution militaire aux opérations de l’OTAN ; et d’être attachés au caractère démocratique des relations entre civils et militaires et des institutions »

[10] Internatiional Traffic of Arms Reglementation: Réglementation américaine sur le trafic d’armes au niveau international ITAR désigne un ensemble de règlements du gouvernement fédéral américain servant à contrôler les importations et exportations des objets et services liés à la défense nationale, tels que recensés sur la « Liste des matériels de guerre et assimilés américains » (United States Munitions List, USML)

3) La France possible creuset de l’autonomie européenne grâce à ses atouts

Si nous voulons bien regarder les atouts dont peut disposer notre pays, nous constaterons qu’ils sont notables.

L’arme nucléaire : Outre le fait que sa possession a conforté le siège de la France comme membre permanent du conseil de Sécurité de l’ONU, demain, comme hier et aujourd’hui, la dissuasion nucléaire sera au cœur de l’équilibre du monde. L’Europe ne pourra en faire l’impasse. « Un pays qui n’a pas la puissance atomique est obligé de s’en remettre pour sa sécurité et son indépendance à un autre qui l’a!» affirmait le Général de Gaulle. C’est bien la situation de l’Europe depuis 1949. La France est maintenant, depuis le Brexit, formellement, légalement le seul pays de l’UE à disposer de cette puissance atomique.

Ce fut et c’est un atout pour elle, et pour l’Europe. En effet peut-on imaginer une situation où les États européens voisins alentour de la France seraient menacés dans leur survie sans que la France ne le soit aussi ? C’est  cette constatation, cette évidence irréfutable, partagée par la France et la Grande Bretagne, qui les a conduites, en 1995, à concevoir et bâtir une dissuasion concertée qui ne peut que les renforcer.

La maîtrise de l’espace

En matière de défense la France a toujours été en pointe et a su partager avec ses alliés.

Véronique (VERnonElectrONIQUE), petite fusée née au centre militaire de VERNON en 1948, est devenue la rayonnante Ariane. Son premier lancement aura lieu de la modeste base spatiale Kourou en 1968.

 

Avec l’Amérique, la Russie, et avant la Chine, la France a su maîtriser les puissants propulseurs à poudre indispensables à une dissuasion nucléaire «tous azimuts» et de portée stratégique, comme le voulait le Général de Gaulle. Hier la France était un acteur majeur européen de la militarisation de l’espace, avec ses satellites de transmission et d’observation et toute la chaîne d’exploitation. « Aujourd’hui, nos alliés et nos adversaires militarisent l’espace. Et alors que le temps de la résilience se fait de plus en plus court, nous devons agir. Nous devons être prêts. » Florence Parly, 25/07/2019.

La France est au rendez vous de «l’Arsenalisation» de l’espace, traduction française de la «weaponisation» américaine, au moins dans une dimension d’autodéfense.

L’Armée de l’air intègre l’espace à son domaine d’action. Sont donc créés un Commandement organique et opérationnel, les centres d’opérations qui assurent la mise en œuvre des moyens spécifiques. Le segment spatial est rénové et renforcé de 9 satellites couvrant les trois domaines; observation/imagerie, renseignement, communications, plus l’alerte et, désormais, les moyens spatiaux d’auto défense – dans la conformité du traité de 1967.

La France est partageuse. C’est aussi un outil, un atout national à usage européen.

La France, carrefour du Monde

Tout d’abord, la position géographique de la France métropolitaine en fait un carrefour séparant, ou unissant, l’Europe germanique et l’Europe latine, l’Amérique à l’Europe, l’Europe à l’Afrique. Ce statut la rend indispensable dans les relations intra-européennes et internationales.

Imaginons, un instant, que la France, à l’instar du Royaume-Uni, quitte l’ « Europe ». Les conséquences seraient sismiques et aboutiraient à la fin de cette organisation internationale.

À ce simple constat, il faut ajouter sa puissance économique. La France est décriée, souvent par ses propres citoyens, mais elle demeure la cinquième puissance économique au monde et, depuis la fin des années quatre-vingt, après avoir été la première, la deuxième en Europe derrière l’Allemagne.

Notons cependant qu’un PIB ne définit pas la puissance. Si cela était, la Chine aurait pu être la première puissance mondiale depuis le XIXème siècle et la Russie, avec un PIB voisin de celui de l’Italie ou de l’Espagne, ne disposerait pas du statut qui est le sien.

Ces seuls atouts pourraient lui permettre de peser sur la politique de l’UE à condition qu’elle veuille bien parler fort, menacer, imposer et revenir dans la ligne gaullienne d’une Europe des nations. Ce serait radicalement en contradiction avec les usages actuels…

Mais la France a bien d’autres atouts dans sa main.

La France: 1er domaine sous-maritime au monde, 2ème domaine maritime. [11]

SNLE Le Téméraire. (photo Marine nationale)

Mais la France n’est pas seulement européenne. Elle est américaine, africaine, océanienne, antarctique…Son sol se trouve réparti sur l’ensemble de la planète. Elle dispose d’une immense Zone Economique Exclusive – ZEE – et plus encore pour la zone sous-marine associée. La possession d’innombrables îles et archipels – «ces poussières d’Empire» trop souvent oubliées – ajoutés aux côtes métropolitaines, lui concèdent, depuis 1994, ce formidable espace maritime.

Son domaine sous-maritime, avec une zone d’exploitation exclusive du plateau continental à 350 Nm des côtes, est le premier du monde avec 11 614 000 km² et sa ZEE – avec son extension à 200 Nm des côtes, la deuxième au monde avec 11 035 000 km², derrière celle des États-Unis :11 351 000 km².

L’outre-mer français offre ainsi un énorme capital de ressources et de développement. Cette superficie marine pourrait s’accroître de 1 million de km2 si des demandes de la France venaient à être validées. La France est ainsi le pays qui se répartit sur le plus grand nombre de fuseaux horaires. Ses terres relèvent de 12 fuseaux contre 10 pour les États-Unis et 9 pour la Russie.

Ce domaine gigantesque demeure largement inconnu ou sous-estimé des autorités. Outre la richesse halieutique, ses fonds marins recèlent d’immenses quantités de matières premières allant du pétrole aux terres rares.

Aujourd’hui, face à la demande, l’exploitation des terres rares est devenue stratégique.

La Chine, avec la Corée du Nord, sont les premiers producteurs mondiaux actuels des terres rares. La Chine seule extrait 120 000 t sur les 170 000 t mondiales. Elle peut aisément spéculer sur les coûts, et établir un contrôle sur toute l’industrie. [12]

Mais qui s’en soucie? L’actualité nous montre qu’il s’agit d’une richesse encore bien mal connue, voire sous-estimée des autorités, en conséquence très largement sous exploitée ou même inexploitée. Ces régions, lointaines mais pourtant, terres françaises, ne reçoivent pas l’attention qu’elles méritent.

Ainsi Tromeli : îlot français de l’Océan indien, apparemment de peu d’utilité, simple banc de sable, venteux, sans source d’eau, de 1,5 km de long sur 0,7 km de large, juste bon pour des missions de scientifiques ou météorologues avec quelques soldats pour faire flotter le drapeau tricolore! Or, un œil averti et vigilant a découvert qu’un traité de gestion conjointe, signé de façon aussi confidentielle qu’inconsciente le 1er juin 2010, allait livrer, cette micro-terre française de l’Océan indien, à l’Île Maurice, avec une ratification définitive, prévue pour le 18 janvier 2017.

Une campagne, avec pétition en ligne, menée par Philippe Folliot, vice-président de la Commission de la Défense a eu raison de cet invraisemblable projet. 280.000 km² de domaine maritime et les richesses du sous-sol sous-marin ont ainsi été ainsi sauvés.

Le risque avéré, au-delà des îlots de Tromelin ou Clipperton, était d’ouvrir la porte aux revendications d’autres pays sur les autres îles et territoires français, des Terres australes à l’île de la Passion au large du Mexique…

L’indifférence de la France métropolitaine à l’égard de l’avenir de la Nouvelle Calédonie est pour le moins étonnante. Ce territoire, pleinement français, subit depuis de nombreuses années l’agitation politique de quelques représentants de la collectivité canaque, enfermés dans des traditions hors d’âge. L’indépendance aurait été dramatique pour l’ensemble de la population et fait perdre à la France une position majeure dans le Pacifique et de considérables ressources minières.

La Chine y a déjà pris pied. Canaques et Caldoches ont rejeté jusqu’à présent l’indépendance. Pour le moment elle reste dans le giron français.

La course aux ressources rares pour nos industries de la communication sera fatalement facteur de contestations et de conflits. « D’ici 20 ou 30 ans, si nous ne les exploitons pas économiquement, il y aura des revendications de nos territoires d’outre-mer » alerte Bernard Planchais, ancien Directeur général délégué de DCNS, devenue Naval Group.

Le contrôle des espaces maritimes, hérités de plus de quatre siècles d’explorations, de découvertes, de combats navals et de campagnes lointaines, est une des clefs actuelles de la puissance et de l’influence de la France sur la scène internationale.

Ajoutons que les moyens insuffisants de notre Marine Nationale l’empêchent d’en assurer la surveillance.

Ce type de question s’est déjà posé à l’émergence du Nucléaire dès 1945.

Ainsi, pourquoi ne pas créer, pour leur exploitation, un organisme équivalent au CEA de l’époque gaullienne; il permettrait une formidable mise en valeur de ces ressources.

L’ordonnance du 18 octobre 1945, signée par le général de Gaulle, alors chef du gouvernement, marque la création du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA). Il avait pour vocation de contribuer à l’indépendance du pays en « prenant toutes les mesures utiles pour mettre la France en état de bénéficier du développement de cette branche de la science ».

Le CEA est à l’origine de notre dissuasion nucléaire, puis du développement de notre industrie nucléaire électrogène, apportant à la fois indépendance politique et énergétique et, par voie de conséquence notre statut actuel.

S’agissant de la dissuasion, avec le général Ailleret, le général de Gaulle en avait défini la doctrine. La France doit être indépendante. Mais ce privilège s’est acquis intelligemment et patiemment: notre pays mit six ans pour sortir de l’organisation militaire de l’alliance atlantique. Et cette durée fut mise à profit pour apprendre le plus possible…Il ne faut pas oublier, l’attitude particulièrement hostile, à l’époque, des «Européens» et parmi eux de quelques Français.»[13]

La maîtrise de toutes les technologies associées à l’exploitation de ces minerais stratégiques et à leur industrialisation serait pour la France et l’Europe un formidable défi à relever, analogue à celui du nucléaire en son temps.

Maîtrise des techniques de liaisons sous-marines et des échanges intercontinentaux

90% des échanges mondiaux transitent par voie maritime de surface. À ce transit visible il faut ajouter les très névralgiques, autant que vulnérables, échanges d’informations par les autoroutes sous-marines. Par ces voies transitent les milliards de mégabits de nos messages, familiaux, économiques ou militaires.

Les 90 % d’échanges commerciaux matériels, transitant par la mer, dépendent des communications intercontinentales numériques, qui, quant à elles, passent à 99% par la mer. Elles utilisent environ 430 câbles sous-marins en service [14].

Entre 2015 et 2020 nous devrions voir leur triplement! C’est un domaine technique dans lequel la France excelle. Elle dispose de la filiale câblière « Orange-marine » de l’opérateur éponyme et d’Alcatel Submarine Networks (ASN). Ils sont les leaders mondiaux depuis la fabrication jusqu’aux interventions sur les réseaux de câbles sous-marins.

Ces réseaux deviennent enjeu de pouvoir. Leur sécurité est essentielle car l’économie mondiale et la sécurité des pays en dépendent. Ce n’est pas seulement pour imposer sa loi en mer de Chine que la Chine met à la mer tous les quatre ans, le tonnage de toute la marine française, mais pour assurer la protection de ses propres communications.

Notre pays a donc tout intérêt à préserver ses possessions outre-mer pour valoriser ce potentiel minier et les perspectives d’utilisation des espaces maritimes. Or, pour l’heure, polarisés par une vision erronée des possibilités des relations avec les pays européens, ces régions, pleinement françaises, ne reçoivent pas toute l’attention qu’elles méritent. Elles sont pourtant un élément important d’une évolution vers une confirmation de puissance et une autonomie stratégique.

Dans ces domaines déterminants, la France pour l’heure, semble ne pas faire l’effort sécuritaire que ces trésors méritent.

Autres atouts aujourd’hui délaissés ou insuffisamment développés
La France en Afrique

En 1960 l’ AOF et l’AEF accédaient à l’indépendance, dans la joie et le calme; pas de guerre, de famine, d’épidémie, les plaies millénaires de l’Afrique. Après une brève et limitée tentative d’union – ex Sénégal et Soudan français devenant Fédération du Mali – , se sont créés des États indépendants dirigés par des Présidents sur un modèle « à la Française ».

À l’accession à l’indépendance tous connaissaient la paix, à l’intérieur, entre ethnies, et à l’extérieur avec les voisins. Le standard français de 1960 était la règle dans les domaines de la santé, de l’enseignement, des infrastructures, de l’énergie, des voies de communication, des ports et des aéroports. Des accords de défense, pays par pays, avec la France, devaient assurer la sécurité extérieure. En conséquence les armées locales allaient devenir des gardes prétoriennes de sécurité et d’honneurs, structurées autour de l’ethnie du président, ce qui n’empêcha pas les coups d’État.

États sans nation et nations sans peuple, ces pays virent resurgir, les clivages historiques entre ethnies. Les fractures religieuses s’aggravèrent séparant durablement animistes, musulmans et chrétiens. Inévitablement l’autoritarisme et la prévarication gangrenèrent pouvoir et administrations. Cette dégradation des situations amena l’Armée française à intervenir 55 fois, depuis 1960, dans tout cet espace africain, selon les principes des « missions de Petersberg», d’interposition, de rétablissement de la paix, d’évacuation de ressortissants.

La France ne peut délaisser l’Afrique au plan politique, économique ni sécuritaire.

Au plan économique la concurrence est rude. Du Canada, qui a acquis le monopole du marché de l’or, à la Chine [15] présente dans tous les secteurs, des forêts du Congo aux bases militaires à Djibouti, elle est confrontée à l’implacable loi des marchés, à la libre-concurrence internationale.

Analyser les facteurs de réussite de ces pays devrait nous permettre de valoriser nos propres positions, car la France investit beaucoup, mais sans doute mal.

Elle y guerroie en permanence, y sacrifie des combattants et, en retour, est souvent confrontée à des critiques, voire à des campagnes de dénigrement de son action.

La France ne peut pourtant pas abandonner le Sahel et laisser AQMI, le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) et leur chef Iyad ag Ghali parvenir au pouvoir au risque de la création d’un dangereux foyer islamiste dans cette zone. Les conséquences pour l’Afrique, mais aussi pour la France et l’Europe seraient vraisemblablement très lourdes.

Dans ces opérations il est certain que la France ne dispose plus des avantages de l’immersion de jadis. Elle n’a plus sa connaissance juste de la précarité de la vie des populations ni l’osmose culturelle spécifique, ethnie par ethnie, que ce continent exige.

Nos soldats s’engagent sans compter en actions civilo-militaires multiples, systématiques mais sans le suivi, et surtout sans la permanence qui permet l’établissement de liens de confiance avec les populations.

L’aide publique au développement, pourtant déterminante si elle est structurée et contrôlée, a longtemps baissé. Elle est passée de 7, 17 Md€ en 1994, à 5, 35 Md€ en 2012. Cependant l’objectif du pouvoir actuel est de consacrer 0,55 % du revenu national brut français à l’APD d’ici 2022 (Voir Note 15).

La corrélation de notre aide à la démocratisation des pays et des mesures financières arbitraires n’ont pas aidé l’Afrique (1990, discours de François Mitterrand à la Baule, 1994, dévaluation du franc CFA, 1999, passage à la référence euro). Après de telles décisions, les Africains se sont sentis trahis, et nos atouts en ont été, pour le moins, altérés.

Nous pouvons nous interroger sur la pertinence d’investir davantage dans l’Afrique lusophone ou anglophone ou encore en Afrique du Sud (la plus grande concentration d’entreprises françaises de toute l’Afrique) plutôt qu’au Sahel, riche de potentiel humain, économique et minier, où l’armée française se bat. Notons aussi que le financement des moyens militaires des pays du G5 tarde toujours à arriver.

Le Tchad est un acteur militaire majeur du G5 Sahel mais dans le même temps Total l’abandonne, alors que les ressources pétrolières y sont avérées, pour devenir le deuxième producteur en Angola et au Nigeria. Il est urgent de rétablir une cohérence entre l’action économique, qui ne doit pas se limiter à une course aux bonnes affaires pour nos grandes sociétés internationales, et l’engagement militaire qui, lui, épuise nos forces et les rend vulnérables à la critique.

Enfin la France doit convaincre l’Europe et singulièrement l’Europe du nord, que nos capacités financières sont à même de contrer la pratique de la Banque mondiale; quitte à en profiter pour adapter nos moyens humains et institutionnels. L’enjeu est vital; aujourd’hui 1,3 milliards de malheureux sont à nos portes, en 2050 ils seront 2,5 M.

La Francophonie et la Connaissance

C’est un fait, l’utilisation d’une langue oriente vers la culture portée par elle et prédispose son locuteur à regarder vers le pays diffuseur principal de cette langue, avec toutes les conséquences positives au plan du commerce, de l’économie en général et de l’influence.

Le globish english a envahi les relations commerciales – ce n’est pas forcement une bonne nouvelle pour l’anglais de Shakespeare et de Cambridge – et la langue française dans le monde n’est plus la langue d’expression des princes, empereurs et diplomates.

Mais, en regardant de plus près, le français et avec lui la pensée française, non seulement se maintiennent, mais progressent.

La Francophonie – exclusivité française, – s’accroît régulièrement, non seulement par la natalité africaine, mais par l’entrée de pays non principalement francophones, surtout pour les idées, la culture, la pensée politique (jeunes au Vietnam, en Chine) ou pour des pratiques comme le droit (code civil comme notarial – Vietnam, Chine) et la connaissance. On peut critiquer les choix de programmes, parfois inadaptés pour les pays récepteurs, mais le réseau presse, RFI radio, TV5 est important, lu, écouté, regardé souvent comme une ouverture unique sur le monde occidental et une autre forme de pensée qui attire les jeunes générations ou ravive la mémoire des plus anciens.

Ainsi, le Vietnam est un atout majeur pour la Francophonie et la France dans cette partie du Sud Est asiatique. Tout son enseignement supérieur est resté calé sur le modèle «Normale Sup» (en particulier Cachan plus versé dans le domaine de la technologie); son Droit (y compris notarié) est intégralement le Droit français depuis 1984 (avec la création de la Maison du Droit à Hanoï)…

Il se bat, aujourd’hui, pour faire reconnaître le français comme langue officielle de l’ASEAN au même titre que l’anglais.

La langue française est bien un atout, mais encore faut-il que les pouvoirs publics en prennent conscience et la défendent.

Un autre atout remarquable est bien l’aura, l’attrait à l’international, de notre enseignement supérieur et singulièrement de nos grandes écoles. Il est universel puisque la demande émane de candidats des cinq continents.

Le prestige de notre enseignement supérieur (classé 1èr par Shangaï pour ses formations en mathématiques) repose précisément sur la spécificité du principe des Grandes Écoles, en premier lieu les écoles scientifiques. Elles sont reconnues pour instruire, depuis de générations, des ingénieurs généralistes de haut niveau destinés à conduire des travaux ou des chantiers pluridisciplinaires complexes (ainsi Princeton a demandé aux Écoles Centrales de créer sur son campus une « Centrale Princeton »).

Ces futurs ingénieurs étrangers accèdent à nos enseignements.

– soit chez eux, dans les antennes locales de nos Grandes Écoles où nos professeurs détachés y délivrent exactement notre enseignement, et souvent sur une plus grande échelle; la moyenne des promotions y est alors de 1000 à 1500 élèves par année,

– soit en Masters 1et 2, spécialisés, bâtis spécifiquement pour les étudiants locaux – le Syllabus scientifique est le Syllabus national, mais complété par un enseignement de la langue et de la culture française. Les étudiants ont été pré-sélectionnés dans leur pays, préparés au français et titulaires d’un Bachelor. Pour répondre à la demande en nombre et disciplines, les Grandes Écoles et Instituts universitaires spécialisés en proposent, en moyenne, 60 nouveaux par an. Ils sont tous labellisés «France» (labellisation lancée en 2004 pour donner une plus-value internationale au Master) par l’AERES – l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur. Nos Industriels – Dassault, Thalès, MBDA… et centres de recherche – IBM.. y sont associés.

Armée et diplomatie : couple indissociable

La France dispose, par héritage de son long passé diplomatique et d’implication dans les affaires du monde, de moyens de rayonnement. Son réseau diplomatique est le second au monde derrière celui des États-Unis.

Même si notre diplomatie s’est souvent alignée sur celle des USA ces dernières années, [16] la France s’est grandie en s’opposant aux décisions américaines lors de la guerre d’Irak en 2003.

S’il y a une institution dans l’ensemble régalien qui exprime une volonté de puissance c’est bien la Défense. Les capacités d’action militaire, coercition ou interposition, demeurent l’un des atouts majeurs de notre politique étrangère et de notre considération dans le monde. Même si elles constituent toujours la première force militaire d’Europe, par leurs capacités matérielles et opérationnelles, nos armées n’ont cessé de décliner dans leurs ressources et donc dans leurs dotations en matériel depuis la fin des années soixante où elles représentaient 5% du produit national. Elles n’en représentent, aujourd’hui, que 1,8%.

Les successeurs du général de Gaulle, sans doute moins bien préparés aux responsabilités que lui, n’ont cessé de saper ce formidable moyen d’action internationale.

Ils ne voyaient, dans le ministère en charge des armées, qu’un ministère dépensier. Aveuglés par leur esprit comptable et technocratique, ils n’ont jamais admis le fait que la Défense était le principal promoteur public du progrès scientifique et technologique, une formidable vitrine et un stimulateur de l’économie.

Un pays n’est respecté que s’il est craint ou admiré.

Il n’est pas étonnant que les partisans d’une Europe intégrée veuillent mutualiser ce qui est considéré comme une charge et, plus exactement, se rallier à la protection des États-Unis – pour partager le fardeau – . Ils voient naïvement dans cette attitude un facteur d’économie et occultent le facteur essentiel de sécurité. Ils risquent de se heurter au souhait des États-Unis de voir la part financière de l’Europe augmenter dans le budget de l’OTAN.

Enfin il y a le génie français qui au cours des siècles n’a cessé d’étonner le monde. Encore faut-il, aujourd’hui, le laisser s’exprimer…

Notes de texte

[11] p 19 La France 2ème domaine maritime et 1er domaine sous-maritime au monde !

https://www.inter-invest.fr/actualites/dom-tom/00050/la-france-possede-le-plus-grand-domaine-sous-maritime-au-monde

[12] Les terres rares sont un ensemble de 17 éléments métalliques (le scandium, l’yttrium et 15 lanthanides) pratiquement toujours associés dans leurs gisements naturels. Leurs propriétés électroniques, catalytiques, magnétiques et optiques sont très voisines. Ces éléments sont devenus incontournables dans l’automobile, l’aéronautique, la défense et toutes les nouvelles technologies.

Ces métaux sont relativement abondants dans la croûte terrestre mais avec des taux de dilution dans les minerais support de 1gr/t de minerai; d’où une extraction et un raffinage très coûteux et polluant (rejet de métaux lourds, d’acide sulfurique, de radioactivité), au total des quantités disponibles très faibles par rapport aux besoins stratégiques mondiaux.

Les USA ayant renoncé à leur exploitation, en particulier pour des raisons écologiques, la Chine fut d’abord maître du marché – 120 000 t/an sur une production mondiale de 170 000 – et maintenant détient le quasi-monopole de toute la «chaîne de valorisation ».

[13] EDOUARD VALENSI – L’Harmattan, juin 2013 314pp

[14] La France, avec Orange Marine et ses navires câbliers, déploie et assure la maintenance de ces infrastructures à travers le globe. Pour mémoire, dans l’histoire de cette technologie, la France a été un acteur premier et majeur.

A cette compétence historique il faut ajouter Alcatel Submarine Networks (ASN). entreprisefrançaise du finlandaisNokia par sa filiale française Nokia Networks France depuis 2016.

ASN conçoit, fabrique, pose (590 000 km) et assure la maintenance (300 000 km) de câbles sous-marins et des équipements connexes, en parfaite autonomie. ASN vend, pose, entretient en moyenne 40 000 km de câble et a engrangé, en 2016, 750 M€ de commandes. C’est une compétence française de longue date.

[15] La France en Afrique, un partenaire d’affaires de moins en moins particulier; Les exportations françaises ont régressé dans les pays des deux zones CFA; la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) et l’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA), y compris sur les théâtres ivoirien, sahélien et centrafricain où l’armée a été engagée. Selon le baromètre du Conseil français des investisseurs en Afrique, l’Hexagone n’arrive qu’au septième rang des pays préférés des leaders d’opinion francophones du continent. Sandrine Berthaud-Clair Publié le 06 février 2020.

« La politique économique de la France en Afrique » La fin des rentes coloniales? Philippe Hugon , Politique africaine 2007/1 (N°105), pages 54 à 69. https://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2007-1-page-54.htm

[16] Éric Denécé – éditorial publié par le CF2R et l’IVERIS 2017

4) La France à la croisée des chemins, les actions à entreprendre

À l’issue des constats précédents, un concept de défense pour la France apparaît nettement. Il pourrait peut-être inspirer une Europe future et totalement réformée.

Un besoin de courage, préalable à toute action. Les ennemis qu’on veut imposer à la France ne sont pas les siens.

La façon actuelle de penser sa politique internationale n’est pas conforme à sa nature. Les règles européennes qu’elle a acceptées jusqu’à présent entravent ses capacités. Elle n’inspire plus une organisation dont pourtant elle est à l’origine; elle la subit. Dans le cadre étroit des alliances et des sujétions qu’elle a acceptées, elle perd sa souveraineté et ce qui a fait sa spécificité, sa grandeur et son influence.

Elle n’a rien à attendre d’une Union Européenne vassalisée aux États-Unis et, à l’intérieur de cette organisation, elle ne peut se fier totalement, actuellement, à l’Allemagne qui, grâce à sa proximité politique et militaire avec Washington, poursuit, avec constance, la consolidation de sa place de leader européen. À moins d’agir délibérément ou de faire preuve d’un total aveuglement, il n’y a rien à espérer de ce côté pour l’instant.

Elle ne garantit pas, non plus, nos frontières face au danger considérable de l’invasion migratoire tiers mondiale et musulmane, dont on peut se demander si elle en est consciente . Elle n’a pas assuré la paix sur le continent. De nombreux conflits se trament à sa périphérie et la démocratie, davantage que les traités, est à l’origine de rapports pacifiés entre ses membres.

Quant aux aspects financiers, ils servent les intérêts de l’Allemagne qui a tiré profit de l’euro, succédané (ersatz?) du Mark. N’oublions pas que la BCE se trouve à Francfort et que seule la Cour fédérale peut se permettre de lui enjoindre d’appliquer certaines règles…

La France, si elle veut rester elle-même, doit modifier radicalement son attitude. Comme l’écrit Hubert Védrine dans son essai « Et après? » (Éditions Fayard juin 2020, page 131)  « Finalement, c’est d’abord et avant tout à la France de se reprendre en main, de reprendre le contrôle de son destin, en prenant les décisions adéquates, en s’y tenant assez longtemps, quels que soient les aléas électoraux, pour qu’elles donnent des résultats. Bien sûr, il s’agit toujours d’exercer une influence dans le monde, d’y défendre nos intérêts et nos idées, de convaincre en Europe, mais, dans la situation actuelle, c’est par la France que cela commence

Il n’est pas question de rejeter les amitiés. Le monde occidental partage des valeurs qui méritent d’être promues et défendues. En revanche notre pays doit recouvrer l’essentiel de sa souveraineté et de sa liberté d’action afin de mettre en œuvre une géopolitique favorable à ses intérêts. Elle pourra, de cette manière, influencer ses voisins et atténuer les options extrêmes de quelques-uns de ses amis, tant il est vrai que la puissance exprimée est le seul véritable moyen de se faire écouter et suivre.

En conséquence attitude vis-à-vis de l’OTAN

Notre pays vis à vis de l’OTAN peut suivre deux orientations.

Après le constat effectué, la logique serait de quitter l’organisation militaire de l’Alliance atlantique. La France l’a déjà fait en 1966, sous l’autorité du général de Gaulle, ce qui lui a permis de développer une stratégie propre et les outils de haute qualité indispensables à son accompagnement. Ce choix éviterait à la France d’être associée aux dérives irresponsables des États-Unis et libérerait sa parole.

Un rapprochement avec la Russie, gage d’une paix durable sur le continent européen, en serait facilité. Ce pays n’aurait plus de raison véritable à une conjonction avec la Chine. La situation serait sans doute propice à une modification de l’attitude de l’OTAN, des États-Unis et de toute la géopolitique mondiale.

À cette condition la France justifierait la création d’une alliance européenne qui pourrait s’associer avec les États nord-américains et d’autres États sous un sigle revu. La France retrouverait son statut de puissance indépendante.

Il nous faut, cependant, rester conscient que les obligations actuelles – politiques d’intégration, partage des responsabilités dans l’OTAN – sont des entraves à une autonomisation complète.

Aussi s’en libérer nécessitera du temps, de la souplesse et de l’argent.

En attendant, la France peut aussi tenter de faire évoluer l’OTAN de l’intérieur, même si la perspective est ardue au regard de l’ensemble du constat fait précédemment.

En effet, pour la majorité des pays de l’Union Européenne, l’OTAN continue, par sa capacité d’intimidation, à assurer un rôle pacificateur dans l’espace continental. En agissant ainsi, ils se soumettent aux États-Unis dont l’approche est pour le moins dominatrice. C’est à un rééquilibrage stratégique entre les deux rives de l’Atlantique qu’il faut tenter de procéder.

Il est toutefois possible que la France se démarque des décisions les plus contestables de l’OTAN et en annonce les raisons. Cette démarche française s’ajoutant au problème posé par la présence, au sein de l’Alliance, d’une Turquie erratique, voire agressive envers ses autres membres, pourrait inciter plusieurs pays membres à envisager, puis demander une évolution de l’Organisation.

Actions vis à vis de l’UE

Mais auparavant, la France devra faire évoluer l’Union Européenne; œuvre de longue haleine, pour laquelle elle pourrait trouver des relais auprès de quelques États, peut être les plus petits, peu préoccupés par une position de meneur dans les relations internationales, et pour lesquels, en ces temps de doute sur l’engagement américain au profit de l’Europe, sauf à vouloir y relancer un conflit , la capacité militaire et la dissuasion française seraient attractives. Il pourrait s’agir des pays baltes, ou de nos voisins belges, les seuls à nous suivre à Barkhane… C’est par ces petits pas que l’idée d’un pôle européen de l’OTAN pourrait véritablement être défendue et progresser.

Nous sentons bien que l’évolution sécuritaire et son renforcement exigent de revoir fondamentalement l’organisation européenne et de construire des relations d’État à État ou de groupes d’États à État; comme le rappelaient et le recommandaient le Rapport Hamel de 1967 et le Conseil de Cologne de 1999.

Il est impératif de revenir sur tous les abandons de souveraineté, sources de danger.

Cette nouvelle politique devrait encourager des coopérations industrielles et financières équitables, en restaurant, au préalable, des protections aux limites des pays participants. Elle devrait permettre à chacun des États d’assurer la sauvegarde de son propre tissu économique. Dans ces conditions seulement, la France recouvrera une influence qui l’amènera à proposer, avec confiance, des coopérations d’ordre militaire à des voisins et partenaires.

Il est bien certain qu’il s’agit là de modifications fondamentales concernant, non seulement l’UE et la France, mais aussi les relations mondiales. L’affaire est donc considérable.

Le rôle de la France doit s’établir dans une voie différente sans aucune hostilité à l’égard de quiconque, mais en œuvrant avec fermeté pour la promotion de ses intérêts, de ses idées et de la paix.

Aujourd’hui la première menace à laquelle la France doit faire face n’est sûrement pas russe, mais islamique.

Sans oublier un risque majeur et « classique » qui pourrait surgir, ni la menace interne qui se propage sous le prétexte des droits de l’homme et des minorités , la France doit axer sa défense sur la lutte contre cette idéologie religieuse radicale. Elle doit s’y préparer sur son sol et dans les pays qui lui sont proches. Il n’est pas inutile de rappeler que nos voisins subissent, eux aussi, cette menace…

Cette révolution, au sens étymologique de retour au point de départ, devra balayer les errements de quelques dizaines d’années. Ils nous ont conduits à une impasse qui pourrait provoquer une révolution, au sens, cette fois, de bouleversement fondamental. Simultanément il sera bon de concentrer les efforts des Français sur eux-mêmes et de proposer à nos voisins des formes de coopération respectueuse des souverainetés et des cultures.

La crise du Covid-19 qui a fortement secoué les habitudes et dérives mondialistes et mis en exergue l’existence immuable des nations, peut aider à cette refondation.

En effet, face au danger, le refuge sécuritaire a été immédiatement la nation. Chacun a pu constater les graves conséquences des abandons de souveraineté, non seulement dans le domaine des industries de santé, mais, par déduction, dans l’ensemble des besoins régaliens.

Une des pires des conséquences de cette mondialisation pourrait se trouver dans la perte de la souveraineté alimentaire et médicale. Il serait criminel que les dirigeants persistent dans une mondialisation outrancière en occultant l’évidence des faits.

Les premiers pas à faire : repenser la souveraineté

Il est vraisemblable qu’il faille, objectivement, faire le bilan des accords de Schengen, Maastricht et Lisbonne et réfléchir à de nouvelles formes de rapprochement entre les États européens. Elles devront ménager les équilibres entre les nations et respecter les caractères propres à chacune, tout en obtenant l’approbation des peuples. Elles devront donc s’appuyer sur des conjonctions d’intérêts réels sans jamais imposer des contraintes susceptibles d’éveiller des hostilités.

Il est certain que la sécurité et la Défense pourront alors être regardées comme porteuses de solidarités intra-européennes et que la relation avec les États-Unis et l’OTAN pourra être pensée selon un nouveau rapport.

Le monde d’aujourd’hui est fait d’interdépendances. Elles peuvent être le stimulateur de solidarités, mais ne doivent, en aucune façon, devenir des prétextes à subordinations à un État ou à des systèmes inévitablement sensibles aux pressions du plus fort. Pour cette raison elles doivent prendre la nature de partenariats.

Nous ne devons pas négliger quelques signes porteurs d’espoir. Les actions dans ce sens devront être encouragées.

Les coopérations

Ainsi, il ne faut pas minorer des coopérations qui ont été mises en place, certes prudemment, mais avec de réels succès. Elles peuvent entretenir l’espoir de la renaissance d’une volonté européenne d’autonomie stratégique. Nous y trouvons des organismes sans liens apparents, comme la Brigade franco-allemande, le Corps Européen, l’EUROMARFOR, des programmes d’équipements communs comme Hélios, l’hélicoptère Tigre, le programme Horizon, l’A400M, le Commandement européen du transport militaire, l’Escadron franco-allemand de C130 J à Evreux, l’Agence Spatiale Européenne, le centre d’exploitation d’images satellitaires…ou encore le partage de laboratoires du CEA- applications militaires- au profit de nos dissuasions respectives entre la France et la Grande Bretagne (programme Épure).

Derrière la diversité des démarches entreprises au cours des dernières années se cachent bien des tâtonnements, pourtant c’est ainsi que la prise en charge progressive de la sécurité européenne pourrait se développer.

Des actions pourraient s’avérer porteuses de sens et constituer le facteur déclenchant de cette évolution, comme ouvrir la participation à l’Euromarfor de la Grèce, ou prendre l’initiative de renoncer à participer, pour tout ou partie, aux manœuvres de l’OTAN selon le thème.

Cette attitude signifierait bien que notre pays refuse de se soumettre à la vision américaine d’une bataille nucléaire sur le sol européen. Nos partenaires, assurément, en prendraient acte et pourraient évoluer dans leur vision et influencer la conception du Pentagone. Il y aurait, là, incontestablement, le signe avant-coureur d’une perception différente de l’Alliance.

Simultanément, la France pourrait tenter de faire avancer concrètement le format limité de «l’Initiative européenne d’intervention » lancée en 2018 par 9 pays, l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la France, la Finlande, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni.

Dans un contexte politique européen très éclaté, où l’objectif d’une Europe puissance, condition de son efficacité stratégique, paraît illusoire, la France pourrait surtout exprimer ouvertement que son implication étroite dans l’OTAN porte atteinte à notre liberté et à une vision démocratique des relations inter-étatiques. Cette affirmation pourrait déboucher sur l’ouverture d’un dialogue avec Moscou.

Les coopérations industrielles de l’armement

Mais ce sont probablement les coopérations dans le domaine industriel qui infléchiront lentement l’ensemble de la politique d’alignement vers l’autonomie.

L’industrie d’armement européenne (hors Russie) est la deuxième au monde derrière celle des États-Unis. La France et le Royaume-Uni sont suivis de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne, et de la Suède. Parmi les pays de l’est européen, seule la Pologne cherche à se doter d’une industrie significative.

Cette industrie est cependant morcelée, malgré de nombreux rapprochements conduits depuis 20 ans. Les sociétés, de statuts et de tailles très variables, intègrent souvent des participations étatiques au capital, directes ou indirectes. Les gouvernements sont donc impliqués. La britannique BAE Systems, est la plus importante avec 85 000 employés et un chiffre d’affaires à plus de 90% dans le domaine de la Défense.

L’industrie européenne couvre pratiquement tous les besoins des armées, mais elle conserve des capacités redondantes conduisant à des compétitions internes et à des lancements de programmes concurrents, comme le Typhoon et le Rafale, le Leclerc versus Ariette, Leopard, Challenger, ou pour le futur de l’aviation de combat, les programmes SCAF (France, Allemagne et Espagne) et Tempest ( Royaume Uni et Italie).

Elle devra toutefois, très logiquement, continuer à respecter les normes OTAN, pour se maintenir aux mêmes standards afin de conserver une interopérabilité entre tous.

Cela implique d’accepter de faire les efforts nécessaires de financement, des études et des développements, et de s’engager, résolument, dans l’équipement de leurs forces armées par leurs productions. Une coopération industrielle avec des objectifs harmonisés serait de nature à peser sur leurs choix en équipements militaires.

Il y a donc une stratégie à mettre en place, pour se doter des compétences nécessaires sur la longue durée et développer une industrie et des accords industriels avec les américains sur les composants électroniques névralgiques. En effet, l’industrie de défense européenne devra s’affranchir des contraintes ITAR si elle veut continuer à exporter, l’exportation étant indispensable à son propre équipement .

La France s’est engagée dans cette voie depuis des décennies, dans le cadre du maintien de sa B.I.T.D [17]. Elle peut inviter l’Europe à la suivre.

Un rapprochement progressif avec la Russie dans l’industrie de défense

Ce serait un marqueur particulièrement notable d’une volonté de souveraineté.

Ne nous méprenons pas, l’idée peut s’exprimer et manifester un souhait profond de rapprochement, mais la réalisation prendra, assurément, du temps. Pourtant cette coopération conférerait à l’Europe une dimension avantageuse.

En effet la Russie, désirant, à nouveau, jouer un rôle majeur dans l’industrie de défense, après une phase de reconstruction, a regroupé, dans un conglomérat de 130 000 employés – ALMAZ-ANTEI -la production des matériels terrestres et des missiles. Elle a aussi constitué un conglomérat de 100 000 personnes – la compagnie Aéronautique Unifiée (OAK) – pour celle des avions. Elle produit aussi des hélicoptères et sa construction navale est performante. De plus la Russie a hérité de l’URSS des compétences qui n’existent pas en Europe occidentale, comme dans le domaine du transport lourd (avions et hélicoptères) ou des hydravions.

A l’inverse, la Russie est intéressée par des technologies et des matériels développés en Europe occidentale. Elle n’avait pas hésité à commander en France deux BPC pour sa Marine, qui finalement ont fait l’objet d’une annulation de contrat, avant leur livraison, à la suite des tensions provoquées par l’annexion de la Crimée. Cette affaire s’est réglée, en 2015, par une négociation satisfaisante pour les deux parties et la Russie a hérité de toute la technologie de ces navires.

Cependant, la situation globale se montre complexe car ces coopérations existantes ou envisageables dépassent l’UE et l’OTAN. Trois pays font partie de l’Union européenne, mais pas de l’OTAN (Suède, Finlande et Autriche). D’autres font partie de l’OTAN, mais pas de l’Union européenne (Royaume-Uni, Norvège, Turquie, Monténegro, Macédoine du Nord). La Suisse, dont l’industrie de défense n’est pas négligeable, ne fait partie ni de l’Union Européenne ni de l’OTAN. À l’exception des trois États baltes, les pays nés de la dislocation de l’URSS, sont dans la même situation. Dans ces conditions, la voie probablement la plus raisonnable pour instaurer une autonomie stratégique européenne, serait le développement de grands programmes d’investissements de défense en Europe, sur la base d’accords multilatéraux, entre les principaux pays aux capacités industrielles fortes (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Espagne, Suède et peut être Pologne). Ils permettraient d’accélérer la restructuration de l’industrie à la condition d’une démarche suffisamment construite.

Il s’agit aussi de s’éveiller au puissant rôle des données

Elles sont aujourd’hui un des principaux facteurs de souveraineté. Un État qui n’est pas souverain dans le champ numérique expose ses fonctions vitales.

Quand la France lance des appels d’offres afin d’acquérir des solutions numériques, des ordinateurs, et des logiciels, ce sont généralement des sociétés étrangères qui les emportent. D’autant qu’il arrive, fréquemment, que ces acquisitions ne fassent pas l’objet d’appels d’offres. L’invraisemblable octroi, à Microsoft, de l’hébergement des données de la gigantesque plateforme destinée à centraliser l’ensemble des informations de santé des Français, en est un exemple. Une demande d’enquête pour favoritisme a d’ailleurs été lancée, auprès du ministère de la Santé, par un collectif de sociétés françaises.

Le danger stratégique est grand: les hébergeurs américains sont assujettis au « Patriot Act » et au « Cloud Act » qui autorisent la NSA et la CIA à mener leurs investigations dans les serveurs situés sur leur territoire. Or la France et l’Europe possèdent des solutions au moins aussi performantes: ainsi la société française OVH Cloud qui a permis l’hébergement des dossiers Wikileaks, ou Qwant le moteur de recherche français qui n’opère pas de transferts de nos données personnelles.

À défaut de préférence nationale, il serait souhaitable de s’orienter vers une préférence européenne et un équivalent du « Patriot Act ». Certains États ont bien compris les enjeux technologiques. La Chine a défini l’objectif de 100% de solutions nationales, les États-Unis, la Russie et le Japon également. Seule l’Europe n’a pas encore fixé de directives dans ce sens.[18]

Il est clair que la France doit redevenir souveraine dans les domaines stratégiques, santé, données numériques au même titre que défense, et justice. La souveraineté stratégique doit également s’appliquer aux cabinets-conseils. À titre d’exemple la dévolution des opérations de déconfinement à une société privée américaine, Bain & Company, a abouti à confier l’ensemble des données sanitaires nationales à une entreprise privée étrangère.

Toujours dans cette politique de pas-à-pas il semble urgent de vivifier notre politique nucléaire.

Grâce au CEA, la France a pu assurer son indépendance pendant des décennies et développer à la fois des centrales et sa force de dissuasion, de la connaissance médicale, particulièrement en neurologie, grâce à ses supercalculateurs et leurs ingénieurs et chercheurs.

Aujourd’hui une course au nucléaire civil est engagée entre la Chine, la Russie et les États-Unis qui ambitionnent de retrouver leur primauté et renforcer leur autonomie énergétique.

La France, en avance dans la technologie des surgénérateurs, a dû en abandonner la technologie pour satisfaire un groupe de pression minoritaire. Depuis Russes et Chinois maîtrisent cette technologie. Or, il est indubitable que la sécurité énergétique et toutes les applications qui en découlent dépendent du nucléaire et non pas d’énergies aléatoires. Il serait utile de reprendre l’esprit initial de l’accord EURATOM de 1957.

Ces différentes propositions ne sont nullement exhaustives, mais elles visent à démontrer que le retour à une souveraineté nationale est possible. Des actions proprement françaises peuvent être engagées et d’autres doivent se faire en coopération avec les États européens, membres ou non de l’UE.

Ce n’est qu’avec un retour à une souveraineté nationale inspirant nos voisins et s’appuyant sur des coopérations, que l’UE, pourra assurer sa sécurité, être écoutée dans le monde et influencer le cours des relations internationales. En un mot être une Puissance.

***

En conclusion

Les problèmes rencontrés pour l’établissement d’une stratégie européenne de défense vont bien au delà de l’Europe, des États-Unis et de l’OTAN. Ils concernent en particulier la relation nouvelle à établir avec la Russie et par ricochet la Chine. Si le monde se désorganise et tend à se recomposer sur de nouveaux modèles, il est inconséquent de confier aux États-Unis le soin de défendre un ordre ancien selon des méthodes souvent inappropriées et dangereuses. Il est également déraisonnable, voire immoral de perpétuer une politique qui vise à substituer des sujets consommateurs à des citoyens avertis et responsables.

La ligne de conduite de la France doit s’attacher, en entretenant loyalement le fonds commun de la solidarité occidentale, ses valeurs et ses principes démocratiques, à préserver une liberté d’appréciation et d’action suffisante pour identifier les orientations émergentes du monde à venir, promouvoir celles qui lui sont favorables, ainsi qu’à l’Europe rénovée, et équilibrer la puissance nord-américaine par un véritable rapprochement avec la Russie.

Tel doit être l’enjeu de notre stratégie cherchant à encourager une politique visant à réguler l’influence des États-Unis en Europe, tout en préservant notre indépendance et notre rôle dans le monde.

La France mérite mieux que l’Europe actuelle. Elle est née et s’est construite pour éclairer et guider.

Certains, il y a quelques années, imaginaient que l’Europe serait un « levier de puissance pour la France ». Il n’en a rien été. Notre pays s’est fourvoyé dans des subordinations nuisibles. Un retour à une conception plus juste et pertinente des rapports intra-européens, en privilégiant à nouveau les nations et en secouant le joug américain, constituerait la base d’une sécurité commune.

Dans cette perspective la France pourrait, elle, être un levier de puissance pour l’Europe.

Notes de texte

[17] Base Industrielle et Technologique de Défense; ou Industrie de Défense; ou Industrie de Souveraineté. Désigne l’ensemble des industries nationales d’un pays prenant part aux activités de défense; appelée «industrie de défense» ou de souveraineté ». Au sein de l’Union européenne, la France milite pour le renforcement de la BITD. Traditionnellement, la BITD est divisée en trois groupes d’entreprises selon leur production :
– équipements stratégiques, systèmes d’armes et équipements létaux,
– stratégiques non létaux mais permettant le fonctionnement des équipements de l’armée nationale, comme le carburant.
– produits qu’utilisent les armées pour fonctionner; médicaments, vivres…
Une BITD se caractérise généralement par une dualité d’usage; civil et militaire.

[18] Jean-Pierre Marongiu: Souveraineté technologique: l’exigence stratégique d’une préférence nationale. Marianne N° 1215 du 26 juin au 2 juillet 2020.

Pour le Cercle de Réflexions Interarmées :

Général (2S) Henri Roure, général (2S) Jean-Serge Schneider, ingénieur Général de l’Armement (2S) Louis A. Roche, général (2S) Marc Allamand, général (2S) Jean Claude Allard, capitaine de Vaisseau (ER) Alexis Beresnikoff, général (2S) Grégoire Diamantidis, Monsieur Marcel Edouard Jayr, contre-Amiral (2S) François Jourdier,  général (2S) Christian Renault, général (2S) Jean-Claude Rodriguez, général (2S) Jean-Pierre Soyard, général (2S) François Torres.

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6 Commentaires

  1. J’ai fait un rêve: Une armée, d’un pays quasi vendu à une puissance étrangère, destituait le président félon et organisait des élections pour en finir avec la peur du covid et que plus jamais, les escrocs, les demeurés et les traîtres ne replongent leurs doigts crochus dans la terre des ancêtres pour la vendre au plus offrant.
    Mai bon, ce n’était que le rêve d’un petit et modeste habitant de cette terre qui se demande si le mot liberté sera encore dans le dictionnaire l’année prochaine.

  2. Analyse très pertinente des opportunités dont dispose la France.Elle nous ouvre des perspectives plus encourageantes que celles que nous subissons depuis plusieurs mois et nous assurerait un avenir moins sombre que le nouvel ordre mondial si cher au personnage qui préside au destin du pays. Que vos réflexions deviennent réalités.

  3. D’un point de vue militaire, les seuls « gradés » dans l’Armée sont les caporaux et les caporaux-chef (respectivement brigadier et brigadier-chef). Au lieu de dire « haut-gradés » comme à Libé et à Médiapart, merci d’utiliser – en connaisseur – les termes « Officiers Généraux », ou alternativement « officiers de haut rang ».

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