Irlande du Nord. Les groupes paramilitaires loyalistes compteraient encore 12500 membres

Les groupes paramilitaires loyalistes compteraient encore 12500 membres en Irlande du Nord et inquiètent toujours les autorités britanniques.

C’est en tout cas le chiffre qu’il ressort d’une enquête de la police nord irlandaise, PSNI, et de l’agence de renseignement MI5, chiffre révélé à l’occasion d’un reportage de Spotlight diffusée courant décembre à la télévision britannique.

Le chiffre se diviserait entre 7500 membres de l’UVF, l’Ulster Volunter Force, et 7000 dans l’UDA, l’Ulster Defense Association, deux des principaux groupes loyalistes qui continueraient à recruter aujourd’hui, mais dans des activités qui n’ont plus grand chose à voir avec la défense de la couronne anglaise : bien que la majeure partie des membres de ces organisations ne soit plus ou peu active, une petite minorité inquiète les services car il est question notamment de trafics de drogue, de gangs, d’extorsion.

Au total en Irlande du Nord aujourd’hui, il y aurait une douzaine de groupes paramilitaires, dont 7 appartiennent au mouvement dissident républicain (qui continue lui aussi de recruter, même à la marge). Et 79 organisations criminelles (ou gangs) dont 26 ayant des liens avec les organisations paramilitaires citées plus haut.

Ces groupes inquiètent toujours fortement les autorités et notamment l’Independent Reporting Commission (IRC), autorités qui estiment qu’ils représentent « un danger permanent » pour l’Irlande du nord.

Mise en place par les gouvernements britannique et irlandais, l’Independent Reporting Commission (IRC) fournit une évaluation annuelle des progrès réalisés pour mettre fin aux affrontements en groupes paramilitaires, et oeuvre au démantelement progressif de ces organisations.

Histoire de l’UVF

L’Ulster Volunteer Force a assassiné plus de 500 personnes pendant les troubles en Irlande du Nord.

Elle a été créée en 1966 avec pour vocation première de défendre la population protestante face aux attaques républicaines et de l’IRA et a adopté les noms et les symboles du premier UVF, le mouvement fondé en 1912 par Sir Edward Carson pour lutter contre le Home Rule.

Mais ses premières victimes, une femme protestante et deux hommes catholiques, n’avaient aucun lien avec l’IRA.

Le meurtre de Peter Ward, la troisième victime, a attiré l’attention du public sur l’UVF et sur son chef d’alors, Gusty Spence. Gusty Spence a ensuite été reconnu coupable du meurtre et condamné à 20 ans de prison.

L’UVF a été impliquée dans diverses atrocités pendant les Troubles, notamment l’attentat à la bombe du McGurk’s Bar à Belfast, les meurtres commis par les bouchers de Shankill (Shankill’s Butchers) et le massacre de Loughinisland.

Elle a également été impliquée dans des conflits de territoire avec d’autres organisations paramilitaires, notamment l’UDA. Récemment, des archives déclassifiées ont montré que l’UVF avait insisté pour que l’UDA soit exclue d’une initiative visant à entamer des pourparlers de paix entre les loyalistes et l’IRA, l’organisation étant jugée par cette dernière « corrompue et remplie d’indicateurs de police ».

L’organisation a annoncé son désarmement en 2009, et semble ces dernières années être liée à la grande criminalité, notamment au trafic de drogue.

Histoire de l’UDA 

L’Association de défense de l’Ulster, créée en 1971, comptait des dizaines de milliers de membres à son apogée.

Elle a tué des centaines de personnes pendant les troubles en Irlande du Nord et a souvent revendiqué la responsabilité de meurtres sectaires en utilisant le nom de couverture des Ulster Freedom Fighters (UFF). L’UDA est restée une organisation légale jusqu’à son interdiction en août 1992.

Parmi les attaques notoires de l’UFF, on peut citer la mort par balle de cinq catholiques chez un bookmaker de Belfast en 1992 et le massacre de Greysteel l’année suivante.

Johnny Adair, ancien dirigeant de l’UFF, a été libéré de prison en 2005 après avoir purgé les deux tiers d’une peine de 16 ans pour avoir dirigé des activités terroristes au nom de l’organisation. Il avait été expulsé par l’UDA en 2002 et avait ensuite quitté l’Irlande, menacé de mort par ses anciens compagnons du quartier loyaliste de Shankill notamment.

En novembre 2007, l’UDA a publié une déclaration indiquant que « la guerre est terminée ». Elle a ensuite déclaré qu’elle avait mis fin à l’UFF et que toutes les armes de l’UFF étaient « inutilisables », sans toutefois les rendre.

La police nord irlandaise soupçonne toutefois depuis l’UDA d’être toujours impliquée elle aussi dans le crime organisé. Des menaces ont d’ailleurs été proférées visant des politiques et des journalistes enquêtant sur les activités actuelles de l’organisation.

Dans la mémoire collective protestante – cela se retrouve en peinture sur les murs des enclaves loyalistes de Belfast – l’UVF, comme l’UDA, restent avant tout des organisations qui ont défendu la population protestante attaquée durant la guerre civile par les commandos de l’IRA. D’où les fresques hommages, les mémorials, les chansons à la gloire de ces organisations, qui sont pour les loyalistes et une partie des unionistes d’Irlande du Nord y compris encore aujourd’hui ce qu’était l’IRA pour une partie des Républicains : des icônes.

Sur l’histoire du loyalisme en Irlande du Nord, voyez le reportage ci-dessous :

Niveau littérature, on se reportera à notre bibliographie sur la guerre civile en Irlande du Nord.

 

Photo d’illustration : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Une réponse

  1. « Le chiffre qui ressort » et non « qu’il ressort » ! Faute classique désormais résultant d’un apprentissage erroné à l’école je pense…

Les commentaires sont fermés.

- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

- Je soutiens BREIZH-INFO -

PARTAGEZ L'ARTICLE !

LES DERNIERS ARTICLES

ARTICLES LIÉS

ABONNEZ VOUS À NOTRE NEWSLETTER

Pas de pubs, pas de spams, juste du contenu de qualité !