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Left Right Loyalist, from one extreme to another. Voici un livre paru il y a déjà quelques années qui raconte l’histoire de Franck Portinari, gamin du nord de Londres, fan de football et des Tottenham Spurs, mêlé petit à petit à la tourmente politique et religieuse secouant l’Irlande du Nord.

L’auteur y explique ce qui a fait d’un fan de football un hooligan dans un premier temps, et d’un homme de gauche, idéaliste, un militant nationaliste britannique. Comment il a intégré les paramilitaires loyalistes à la suite de plusieurs séjours à Belfast, dans des enclaves loyalistes, comment il a fini par attirer l’attention de la police, des services spéciaux, du renseignement militaire, jusqu’à son arrestation, et jusqu’à son incarcération, en 1994.

Si, en Bretagne et en France, nous connaissons l’Irlande, et la lutte pour l’autodétermination de l’Irlande, essentiellement sous le prisme des républicains irlandais, nous savons souvent très peu de chose sur la question loyaliste, et sur ce peuple protestant d’Irlande du Nord (et ses soutiens dans le Royaume-Uni), qui, implantés depuis de nombreux siècles déjà sur la terre d’Irlande, lutte aussi pour sa survie, craignant de disparaître dans le cadre d’une Irlande dominée par les catholiques et les républicains. Un seul livre, jusqu’ici, aborde d’ailleurs la question en français, et nous avions interrogé Dominique Foulon, son auteur.

Franck Portinari, l’auteur du livre présenté ci-dessous (non traduit en Français), qui vit à Londres depuis toujours, et qui dirigeait la branche londonienne de l’UDA (UDA Ulster Defense Association), a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions, pour permettre aux lecteurs de mieux comprendre un conflit qui, s’il n’est plus officiellement d’actualité depuis les accords du Vendredi saint en 1998, a laissé une région, l’Irlande du Nord, fortement marquée par les stigmates de la guerre.

Et possiblement prête à s’embraser de nouveau, si les politiciens actuels venaient à faire les mauvais choix concernant la destinée de l’Irlande, de l’Irlande du Nord. Entretien avec un combattant loyaliste, qui milite depuis plusieurs décennies déjà « For God, and Ulster ».

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Breizh-info.com : Qu’est-ce qu’un loyaliste ?

Franck Portinari (UDA) : On dit souvent que si vous demandez à 10 loyalistes différents « qu’est-ce qu’un loyaliste ? », vous recevrez sans doute 10 réponses différentes. Dans les faits, le loyalisme se définit par une imbrication entre les identités britanniques, protestantes, unionistes. Et le fait de vouloir défendre, maintenir, promouvoir ces identités. Que ce soit sur le plan politique, culturel ou militaire.

Un loyaliste est plus engagé qu’un unioniste : c’est un combattant, il va au-delà de la revendication unioniste. Il est viscéralement attaché par ailleurs à la foi protestante, tandis que parallèlement, l’unionisme peut impliquer à la fois des protestants et des catholiques travaillant main dans la main au service du Royaume-Uni.

Traditionnellement, les catholiques ont apporté leur soutien aux organisations politiques qui font campagne pour une Irlande unie. On peut également les diviser en différentes catégories. Ceux qui choisissent des moyens pacifiques et démocratiques. Ou ceux qui choisissent d’autres alternatives, les combattants.

Breizh-info.com : Pourquoi ces mouvements ont-ils combattu ?

Franck Portinari (UDA) : Les combattant loyalistes ont vu le jour pour défendre leur communauté contre ceux – parmi les Républicains irlandais – qui ont fait le choix de l’affrontement, de l’insurrection contre l’État. Lorsque les républicains irlandais commencèrent à exporter leur terrorisme à Londres et dans d’autres villes anglaises, il a été nécessaire de s’y opposer. Dans un premier temps, cela s’est traduit par la mobilisation pacifique d’organisations protestantes et unionistes bien établies, traditionnelles, telles que l’Ordre orange et les Apprentice Boys of Derry. Bien que leurs activités soient considérées comme légales, quelques membres ont été condamnés à des peines de privation de liberté.

Pour le citoyen britannique moyen, ce conflit n’était pas compréhensible. Seuls ceux qui étaient unionistes d’un côté, républicains de l’autre, le comprenaient vraiment. La gauche britannique a par ailleurs activement soutenu le républicanisme irlandais, et la droite le loyalisme, l’unionisme. Parfois, cela conduisait à des affrontements violents dans les rues.

Les armes sont rangées désormais.

Breizh-info.com : Parlez-nous de votre engagement passé ?

Franck Portinari (UDA) : Au final, les militants et combattants le plus à droite se sont organisés et ont formé des groupes paramilitaires loyalistes. L’un de ces groupes était la Brigade londonienne de l’Association de défense de l’Ulster (UDA, Ulster Defence Association). Une brigade qui a travaillé à l’unisson avec les brigades existantes dans tout le Royaume-Uni. Une brigade qui a connu, à une époque, une baisse d’audience et de motivation, contre laquelle il a fallu prendre des mesures drastiques. Le responsable a été viré, et un noyau, dont je faisais partie, a restructuré le groupe. J’en ai été nommé chef.

À notre grand regret, la plupart des opérations que nous proposions au commandement général (Inner Council) à Belfast étaient refusées, sans doute en raison d’un travail de noyautage important mené par les services de sécurité étatiques. Au fil du temps, nous avons réussi à livrer des armes à ceux qui étaient prêts à les utiliser.

Alors que les premiers pourparlers en vue d’une solution pacifique au conflit commençaient à avoir lieu (NDLR : nous sommes avant les accords du Vendredi saint intervenus en 1998), il est devenu évident que les services de sécurité encourageraient la division et la méfiance au sein des brigades les plus actives. Cela a conduit à l’arrestation de deux membres de la brigade de Londres pour possession d’armes, dont je faisais partie. J’ai été condamné à 5 ans de prison. Je raconte mon expérience dans mon livre Left Right Loyalist, from one extreme to another.

Breizh-info.com : Et aujourd’hui, après toutes ces années de combat ?

Franck Portinari (UDA) : Je suis actuellement en train de publier un livre qui explique comment la lutte a continué après ma libération. Les médias et nos opposants de gauche ont souvent fait des commentaires sur le fait que la majorité des membres de la brigade de Londres étaient de droite. Je ne vois aucune raison de le nier. Nous avions grandi dans une société multiraciale et nous avions été témoins des effets néfastes qu’elle avait sur notre nation. Ajoutez à cela, un mouvement républicain irlandais combattant soutenu par la gauche, et vous comprendrez que nous résisterons toujours à ceux qui menacent notre mode de vie.

Aujourd’hui, c’est une autre menace qui plane sur notre existence en tant que peuple distinct. Elle se présente sous la forme actuelle de l’Union européenne. Une Union qui nous refuse le droit de nous gouverner en tant que nation indépendante. À l’heure où nous parlons, les fonctionnaires de la Commission européenne et les députés grassement payés du Parlement européen tentent de renverser les aspirations démocratiques de la majorité des citoyens britanniques. Une ligne est maintenant tracée dans le sable.

Le citoyen n’a jamais été autant informé à propos de ceux qui entendent contrôler sa vie. Les élites mondiales et leurs représentants dans l’oligarchie ont dévoilé leurs cartes. Les manifestations, la contestation, la désobéissance, les troubles sont désormais les seuls moyens d’expression pour une grande partie de la population. Des temps très intéressants sont à venir.

Breizh-info.com : Quelle est l’actualité de l’UDA aujourd’hui ? Quelle relation avec les autres groupes loyalistes ?

Frank Portinari (UDA) :  L’UDA souhaite tourner le dos à son passé violent. Malgré le fait que des groupes républicains dissidents irlandais provocateurs existent toujours. Une récente voiture piégée à Londonderry a explosé pour provoquer une réaction des Loyalistes.

L’accent est maintenant mis sur le renforcement des communautés loyalistes. Les jeunes sont encouragés à s’instruire, à s’éduquer et à ne pas se laisser entraîner dans la criminalité. Malheureusement, dans certaines quartiers, la criminalité le trafic, ont remplacé la lutte au service de la communauté.

La génération plus âgée qui a pris part aux Troubles est déterminée à offrir une alternative aux générations à venir. Cela se manifeste à travers des projets qui reflètent l’histoire et la culture de l’Irlande du Nord.

Certains ont également choisi de se lancer dans l’arène politique. The Ulster Political Research Group (groupe de recherche politique sur l’Ulster) est maintenant le nouveau visage de l’ancienne Ulster Defence Association (UDA). L’UVF a pris le même chemin, via le parti unioniste progressiste.

Le sectarisme (la rivalité catholique/protestante) existe toujours, mais la recherche de la paix et d’un avenir meilleur est ce que recherche majoritairement la population de notre province.

Breizh-info.com : Pensez-vous que le Brexit et ses conséquences puissent raviver les tensions, les violences ?

Frank Portinari (UDA) : La menace de violence qui a été associée au Brexit est en quelque sorte une tactique alarmiste.

C’est un procédé honteux, exploité et utilisé par des politiciens sans scrupules et des représentants du monde des affaires.

Les républicains irlandais dissidents n’ont pas besoin du Brexit pour poursuivre leur campagne activiste. Leur objectif c’est l’Irlande unie. Mais la majorité des citoyens d’Irlande du Nord ne souhaitent pas retourner à un climat de mort et de destruction.

Des décennies de haine et de méfiance font qu’il faudra beaucoup de temps pour guérir les blessures.

Le peuple a désormais besoin de représentants politiques qui concrétisent nos souhaits pour l’avenir.

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